Bruxelles, 09/06/2011 (Agence Europe) - À la veille du Sommet UE/Russie qui se tient ce vendredi 10 juin à Nizhny-Novgorod (EUROPE n° 10393), le Parlement européen a pointé une nouvelle fois ce que beaucoup considèrent comme une véritable plaie dans les relations avec Moscou: la situation insatisfaisante de l'état de droit, des droits de l'Homme et des libertés fondamentales en Russie. « Il est urgent et nécessaire que la Russie mette en œuvre les principes fondamentaux de la démocratie, de l'état de droit, du respect des droits de l'homme et de la liberté des médias comme base de coopération », soulignent les députés européens dans une résolution commune déposée par les cinq principaux groupes politiques (PPE, S&D, ADLE, Verts/ALE, ECR) et votée jeudi 9 juin à Strasbourg. Les dirigeants russes sont appelés « à prendre des mesures concrètes en vue d'améliorer la situation en matière de droits de l'homme et de protéger les journalistes, les défenseurs des droits de l'homme, les minorités et les représentants de l'opposition contre la violence et les actes d'intimidation ». Dans ce contexte, les élus européens se disent aussi « préoccupés » par le verdict prononcé le 26 mai 2011 par la cour d'appel de Russie à l'encontre de Mikhaïl Khodorkovski et de son associé Platon Lebedev, estimant que ce procès était « motivé par des raisons politiques ». Le PE condamne donc « l'ingérence politique qui a eu lieu dans le procès » mais se félicite, en même temps, de la décision du président Dmitri Medvedev de faire examiner cette affaire. Le PE regrette aussi que, contrairement à ses obligations en tant que membre du Conseil de l'Europe de défendre la liberté de réunion, « la Russie continue d'interdire et de disperser violemment les rassemblements pacifiques de citoyens », comme ce fut le cas de la Gay Pride organisée à Moscou. En vue des prochaines élections de la Douma (parlement russe), le PE demande que ce scrutin soit « libre et équitable » dans le respect des normes électorales du Conseil de l'Europe et de l'OSCE. Certains préparatifs à ces élections suscitent déjà des craintes dans le chef du PE qui affirme que « certaines procédures d'inscription pour les partis politiques et les listes de candidats se sont révélées injustifiées » et qu'elles constituent dès lors « un obstacle à des élections libres et équitables ». Moscou est aussi exhortée à permettre à l'OSCE ou au Conseil de l'Europe de mettre sur pied une mission d'observation des élections à long terme. Catherine Ashton est invitée à insister sur ce point lors du sommet.
Partenaire stratégique. Malgré ses craintes et critiques, le PE reste néanmoins « convaincu que la Russie demeure l'un des partenaires les plus importants de l'UE pour la construction d'une coopération stratégique », lit-on dans la résolution. Les dirigeants russes et européens sont appelés à saisir l'occasion du sommet pour progresser dans des dossiers importants en cours qui attendent leur finalisation, notamment: - les négociations sur la conclusion d'un nouvel accord de partenariat et de coopération (il faut aboutir à un accord « global et juridiquement contraignant » qui englobe non seulement les aspects politique, économique et social mais aussi toutes les questions liées à la démocratie, à l'état de droit et au respect des droits de l'homme, notamment des droits fondamentaux qui doivent faire partie intégrante de l'accord) ; - le Partenariat pour la modernisation ; - la mise en place des quatre espaces communs ; - l'adhésion de la Russie à l'OMC (le PE y est favorable à condition que Moscou respecte toutes les règles de l'organisation, « notamment le renoncement à toute mesure protectionniste ») ; - le dialogue UE/Russie sur la poursuite de la facilitation des visas (le PE soutient la suppression à long terme des visas, mais selon une méthode progressive axée sur le contenu et les avancées concrètes).
Énergie: « pas une arme politique ». Dans le domaine de l'énergie, le PE estime que la politique énergétique de la Russie vis-à-vis de l'UE et des pays situés dans le voisinage commun « permettra de déterminer le sérieux de l'intention affichée par la Russie de suivre la voie de la modernisation et de la démocratisation ». L'approvisionnement énergétique de l'UE ne devrait pas être utilisé par Moscou comme un « instrument politique », insiste le PE.
Débat. Au cours du débat (mercredi 8 juin) qui a précédé le vote de la résolution, le commissaire Stefan Füle (qui remplaçait Catherine Ashton) a estimé que les relations avec la Russie se sont améliorées au cours des deux dernières années même si « de nombreuses questions restent ouvertes », notamment dans le domaine du développement démocratique et des droits de l'homme. Les prochaines élections à la Douma seront une occasion de vérifier la volonté de la Russie de consolider le processus de démocratisation, a-t-il dit. M. Füle a aussi évoqué la suspension, par la Russie, des importations de légumes frais en provenance de l'UE suite à l'affaire de la bactérie E-coli (Eceh). L'UE, a-t-il dit, ne va pas évoquer au sommet cette « interdiction injustifiée » mais il y a bon espoir que cette question sera rapidement résolue au niveau des experts. En matière d'énergie, l'UE insistera sur les nécessaires réformes en ce qui concerne le gaz et l'électricité, ainsi que sur des normes strictes pour la sécurité nucléaire, a déclaré M. Füle. Plusieurs parlementaires ont insisté sur l'importance des prochaines élections, qui ne doivent exclure aucun parti et pouvoir se faire en présence d'observateurs librement acceptés. De même, la Russie est invitée à accepter les disciplines que comporte l'adhésion à l'OMC et à ne pas utiliser l'énergie comme une arme politique. Beaucoup d'investisseurs se plaignent de l'incertitude juridique qu'ils rencontrent en Russie, a remarqué l'Autrichien Johannes Swoboda (S&D). La Russie est un partenaire important mais difficile, reconnaissent d'autres, tels que le conservateur britannique Charles Tannock qui conclut cependant: « Qu'on le veuille ou non, il faudra traiter avec l'ours ». (H.B./L.G.)