MM. Van Rompuy et Barroso: quelle visibilité extra-européenne ? Les présidents de l'UE aux niveaux les plus élevés sont-ils vraiment connus dans le monde? Deux exemples récents invitent à se poser la question. Je me réfère aux présidents du Conseil européen et de la Commission européenne, en place pour une longue durée. En Chine, aussi bien les autorités que les moyens d'information ne situaient pas clairement le rôle de M. Van Rompuy, qui était en visite officielle, car ils sont davantage habitués à avoir comme interlocuteurs un Commissaire européen ou le chef d'État ou de gouvernement d'un État membre. Son discours de Shanghai n'a eu, selon les observateurs sur place, aucun écho ; il est vrai qu'il insistait sur les droits de l'Homme, l'État de droit, la justice sociale… Quant à M. Barroso, à l'occasion de sa visite récente au Vatican, il ne figurait pas dans la liste des personnalités ayant accès au Pape. C'est frustrant mais c'est ainsi: la visibilité de l'UE ne se répercute pas sur les deux fonctions qui la caractérisent en tant qu'entité supranationale.
Je crois que les raisons en sont multiples et se superposent. La confusion sémantique entre le Conseil européen et le Conseil de l'Europe est permanente, et elle est gênante car la différence entre les deux organismes est radicale aussi bien sur le plan de la composition que des pouvoirs. Tous les pays candidats à l'adhésion à l'UE font partie du Conseil de l'Europe, ainsi que la Russie, qui n'a aucune intention d'adhérer, et la Turquie, candidate éternelle. La confusion entre les deux dénominations est fréquente non seulement dans les opinions publiques, mais aussi dans la presse et (parfois) dans le monde politique. Je crois que davantage de clarté est indispensable. En revanche, je ne pense pas que l'unification des deux présidents européens, formule qui a le soutien de personnalités de premier plan, serait efficace pour cet aspect.
Je n'ai pas de solution, je me limite à indiquer le problème. Si quelqu'un connaît un remède…
Pouvoirs et devoirs de Mme Ashton. Ainsi qu'elle l'avait déjà annoncé au Parlement européen, la Haute Représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité a ouvert dimanche un bureau de l'UE à Benghazi (Libye), afin d'établir, a-t-elle souligné, un contact direct avec un peuple qui est en train de se battre pour la démocratie et pour un meilleur avenir, ajoutant que c'est un signal qui indique la volonté de l'UE de ne pas se limiter aux mots de soutien, mais d'agir. Cette initiative, annoncée à titre personnel, concrétise des pouvoirs que le Traité de Lisbonne attribue au Haut Représentant et que Mme Ashton a le devoir d'exercer.
Jean-Guy Giraud, président de l'Union des Fédéralistes européens France, avait souligné que les dispositions du Traité vont au-delà de l'impression donnée par cette rubrique. Si un groupe d'États membres décide une mission politico/militaire, le Haut Représentant y est associé et il «veille à la coordination des aspects civils et militaires». M. Giraud estime regrettable que ces dispositions n'aient pas été respectées dès le début de l'opération en Libye ; à son avis, Mme Ashton aurait pu être accusée de « carence ».
Cette rubrique a déjà exprimé l'opinion selon laquelle Catherine Ashton devient de plus en plus efficace et concrète, ayant mis de côté certaines fonctions prévues par le Traité (vice-présidente de la Commission européenne) et faisant la sourde oreille à certaines demandes du Parlement (autonomie d'initiative par rapport aux chefs d'État ou de gouvernement). L'initiative de Benghazi le confirme.
Une évidence acquise. La constatation que l'Union économique et monétaire ne boite plus car sa jambe économique commence à marcher (voir cette rubrique d'hier) n'avait pas l'ambition d'être une découverte, mais de réaffirmer, par un exemple significatif, à quel point est fausse l'affirmation selon laquelle la construction européenne est bloquée. Les institutions de l'UE sont bien conscientes de ce qu'elles sont en train de faire.
Un exemple ? Le communiqué du Conseil Écofin du 17 mai indiquait qu'il avait discuté « l'avancement des négociations avec le Parlement en matière de gouvernance économique », l'objectif étant de « renforcer cette gouvernance (…) dans le cadre de la réaction de l'UE aux problèmes mis en lumière par les turbulences qui ont touché récemment le marché des dettes souveraines ». Le Conseil rappelait que les textes en discussion avec le PE concernent la surveillance et la coordination des politiques budgétaires et économiques des États membres et les voies pour « remédier aux déséquilibres économiques excessifs de la zone euro », exprimant le souhait que la négociation avec les parlementaires soit conclue en temps utile, pour que les règlements soient en vigueur en juin. Les débats souvent vifs et les polémiques portent sur la nature et le fonctionnement des instruments en gestation ; l'objectif en lui-même de la gouvernance économique au niveau européen, donc le volet Économie de l'UEM, est une évidence acquise. (F.R.)