Bruxelles, 19/05/2011 (Agence Europe) - Les ministres de l'Emploi et des Affaires sociales de l'UE ont adopté, jeudi 19 mai à Bruxelles, leurs conclusions sur un cadre européen pour les stratégies nationales d'intégration des Roms jusqu'en 2020 ainsi que l'avis du Comité de la protection sociale (EUROPE n°10361). L'objectif est d'améliorer leur situation sur le territoire des États membres, les Roms étant toujours confrontés à une grande pauvreté, à une profonde exclusion sociale, à des obstacles dans l'exercice de droits fondamentaux et aux discriminations. Ce qui se traduit par un accès limité à un enseignement, à des emplois et des services de qualité, de faibles niveaux de revenus, des conditions de logement médiocres, une mauvaise santé et une espérance de vie réduite. Cette situation ne touche pas seulement les Roms, mais elle a également un coût économique pour la société dans son ensemble, notamment en raison du gaspillage de capital humain et de la perte de productivité qu'elle engendre. C'est pourquoi, le ministre d'État hongrois Zoltan Balog a appelé à « investir dans la politique sociale pour que tous nos citoyens puissent bénéficier de structures sociales et d'emplois ».
Pour la vice-présidente de la Commission Viviane Reding (Justice, Droits fondamentaux, Citoyenneté), le défi de l'intégration socio-économique des Roms « est un gros défi à relever. Il y va de l'intérêt de tous les pays ». Ceci amène aussi au respect des droits fondamentaux, a ajouté Mme Reding. Comme le lui a demandé le Parlement européen, la Commission fera un rapport sur l'évolution de la situation, avec l'aide de l'Agence des Droits fondamentaux, a confirmé Viviane Reding.
Le commissaire Laszlo Andor (Emploi, Affaires sociales, Inclusion) a salué les conclusions du Conseil qui « jettent les bases d'un pas en avant et montrent la nécessité d'une action aux niveaux national, régional et local (…) Elles ne sont pas la fin d'un processus mais le début d'une mise en œuvre. Elles vont dans le bon sens de notre engagement en faveur des Roms ». Laszlo Andor a rappelé que le PE avait apporté en mars dernier une contribution substantielle à cette problématique et que le Comité économique et social européen (CESE) adoptera, la semaine prochaine, son avis sur l'appropriation sociétale de l'intégration des Roms. Sur base des stratégies nationales d'inclusion des Roms, la Commission prépare un rapport sur leur intégration qui sera présenté au printemps prochain, a annoncé le commissaire Andor. D'ici fin 2011, les deux commissaires présenteront des « stratégies solides et convaincantes ».
Dans ses conclusions, le Conseil Emploi/Politiques sociales (EPSCO) invite notamment: a) les États membres à: (1) intégrer dans leur PAN (plans d'action nationaux) non seulement les Roms mais aussi tous les groupes vulnérables dans la société et à surveiller les progrès effectués en ce sens ; (2) élaborer, actualiser ou étoffer, pour la fin 2011, leurs stratégies nationales d'intégration des Roms ; (3) veiller à ce que les fonds disponibles de l'UE soient utilisés conformément aux politiques d'intégration des Roms aux niveaux national, régional et local ; (4) identifier et mettre en œuvre les mesures nécessaires pour améliorer l'accès aux fonds de l'UE en faveur de l'intégration sociale et économique des Roms et veiller à ce que ces fonds soient effectivement utilisés ; (5) nommer un point de contact national pour garantir le suivi efficace des stratégies nationales d'intégration des Roms ; (6) promouvoir la participation active de la société civile rom pour faire progresser leur intégration ; b) la Commission à poursuivre les travaux de la Task Force sur les Roms de manière à inscrire leur intégration dans toutes les politiques de l'UE ; c) la Commission et les États membres (en étroite coopération et conformément à leurs compétences respectives) à: (1) faire en sorte que les différents fonds de l'UE disponibles interagissent d'une manière plus intégrée et plus souple dans le futur, en fournissant un cadre approprié pour mener des actions à long terme en faveur de l'intégration des Roms ; (2) améliorer la mise en œuvre des fonds de l'UE utilisés en faveur de l'intégration des groupes marginalisés et défavorisés, y compris les Roms, et renforcer leur efficacité ; (3) renforcer le rôle de la plate-forme européenne pour l'insertion des Roms, ce qui permettra d'intensifier l'échange de bonnes pratiques entre les États membres ; (4) favoriser les changements positifs à l'égard des Roms en améliorant la sensibilisation à la culture, à la langue et à l'identité roms et en combattant les stéréotypes, la xénophobie et le racisme ; (5) promouvoir la contribution active des Roms à tous les niveaux de l'élaboration des politiques, renforcer les moyens des ONG oeuvrant en faveur de l'intégration des Roms et encourager une meilleure collaboration de la société civile.
Au cours du débat, la Pologne (qui prendra la présidence de l'UE en juillet) a dit qu'elle poursuivra les initiatives déjà mises en œuvre par la Commission et veillera à une utilisation efficace des fonds européens aux niveaux national, régional et local. Elle concentrera ses travaux sur la protection de l'enfance et l'aide aux enseignants. La Pologne a saisi l'occasion pour annoncer une journée de commémoration de l'holocauste à Auschwitz, le 2 août, date de la fermeture de la partie rom de ce camp de concentration. L'Estonie et l'Italie se sont félicitées des conclusions « équilibrées » du Conseil. L'Espagne et la Belgique ont insisté pour que soit rompu le cercle vicieux de la pauvreté intergénérationelle. En matière d'éducation, tous les Roms doivent recevoir « une éducation de base forte », ceci afin de renforcer la confiance entre eux mais aussi avec les autres ethnies, estime la Suède. La France a appelé à assurer le respect des droits fondamentaux des femmes et à améliorer les conditions de vie des femmes et des filles Roms. La France, la République tchèque, la Belgique, les Pays-Bas ont plaidé pour une meilleure utilisation des fonds structurels, surtout du FSE et du FEDER (pour les logements ou encore des lieux publics difficiles d'accès). Dans le cadre du FSE, l'action de l'Italie vise à lever toute discrimination entre autres dans les régions à objectif de convergence. La Slovaquie va créer des centres communaux où l'orientation professionnelle peut être prodiguée avec une aide de 20 millions d'euros du FSE. Le programme finlandais, adopté en 2009, recoupe les propositions de la Commission. Il y a de 10 à 12 000 Roms en Finlande et les conclusions du Conseil permettront à Helsinki d'établir une véritable stratégie d'inclusion des Roms. Au Portugal, il y a déjà des médiateurs Roms, ce qui facilite le dialogue interculturel. L'Italie dispose d'une antenne nationale anti-discrimination rom. L'Autriche a reconnu le groupe des Roms depuis 1995 comme groupe ethnique à part entière. (G. B.)