Une stratégie controversée. Il ne faut pas chercher d'excuses: l'absence de décision européenne, cette semaine, sur le nouveau soutien à la Grèce n'est pas due au drame du directeur général du FMI, mais à quelques divergences entre les pays de la zone euro et surtout à la volonté de connaître d'abord les mesures supplémentaires qu'Athènes mettra en œuvre pour concrétiser son engagement à rétablir l'équilibre budgétaire. Ces mesures viennent d'être précisées. La décision européenne n'interviendra qu'en juin prochain, ce qui n'est pas trop tard car les échéances de remboursement auxquelles la Grèce doit faire face se situent en 2012 (voir notre bulletin n° 10380). Mais le vrai débat porte désormais sur la question de fond: est-il croyable que la Grèce puisse faire face à ses engagements ? Et par quelle stratégie ?
Toutes les stratégies possibles ont été soumises à des analyses approfondies par les spécialistes (souvent en désaccord entre eux) et quelques conclusions paraissent largement acquises: a) la sortie de l'euro n'est pas prise en considération pour plusieurs raisons, la plus évidente étant que les dettes devraient de toute manière être remboursées en euros, avec un coût pharamineux en monnaie nationale. Seul le rejet populaire des disciplines indispensables rendrait inéluctable l'abandon (voir cette rubrique d'hier); b) la restructuration de la dette dans le sens normal de ce terme est impraticable, car elle comporterait des inconvénients sans fin, ainsi que le prouvent des études approfondies qui m'ont paru convaincantes ; c) la stratégie retenue en principe réside dans une opération qualifiée de reprofiling en anglais, terme traduit en français par «rééchelonnement» (ou même «reprofilage», mot inconnu dans les dictionnaires), consistant essentiellement à retarder les remboursements et assouplir les conditions avec l'accord des créanciers, appelée aussi restructuration douce.
Le reprofiling implique une discipline rigoureuse et une avalanche de mesures, déjà décidées en principe et à présent précisées. La liste des privatisations comporte: concessions pour les autoroutes, fréquences pour les télécommunications, activités énergétiques, les chemins de fer, l'aéroport d'Athènes et la cession d'un grand nombre d'immeubles. M. Papandréou a réaffirmé que l'objectif est d'en obtenir 50 milliards d'euros à consacrer à la réduction de la dette publique. L'Eurogroupe évaluera en juin les résultats.
Les critiques des socialistes sont-elles toutes justifiées ? Je constate, comme tous, les attaques virulentes du groupe socialiste du Parlement européen aux programmes d'austérité que l'Eurogroupe et le FMI imposent aux pays défaillants (je néglige les positions extrêmes, à gauche comme à droite, favorables à la sortie de l'euro, attitude licite à la condition d'en accepter les conséquences). Les socialistes ont raison de se battre afin que l'austérité ne pèse pas essentiellement sur les épaules des travailleurs. Mais ils ne doivent pas oublier que ce sont des gouvernements socialistes qui, en Grèce comme au Portugal, en Irlande comme en Espagne, ont estimé indispensable et sage la réduction des déficits budgétaires (souvent provoqués, en Grèce et ailleurs, par des majorités de droite précédentes). Les socialistes devraient soutenir les gouvernements qui s'efforcent de rendre à leur pays le rôle qui leur revient dans la zone euro, en réfléchissant à cette phrase d'un des promoteurs des programmes de stabilité: « L'assainissement de nos finances publiques est un impératif pour retrouver notre souveraineté nationale ». D'ailleurs, les exigences de justice sociale et de croissance économique sont de plus en plus prises en considération au sein de l'Eurogroupe ; par exemple, certains gouvernements ont réclamé la faculté de garder les dispositions nationales en matière de hausse automatique des salaires. Quant à la révision de l'âge de la retraite, c'est une répercussion logique de l'augmentation progressive de la durée de la vie ; le Royaume-Uni a déjà décidé, en se fondant sur les calculs des experts, qu'en 2020 l'âge de la retraite sera porté à 66 ans (le fait que le R.U. n'est pas dans la zone euro n'a dans ce cas aucune signification). Rejeter le glissement de la retraite signifie imposer un très lourd fardeau aux jeunes de demain. L'austérité implique aussi que les citoyens payent les impôts (habitude qui n'existe pas partout) et combattre d'autres abus bien connus, parmi lesquels le gonflement artificiel de la fonction publique ou son inefficacité. George Papandréou a dit en se référant à son pays: « c'est le pays qu'il faut restructurer, pas la dette ».
Témoignages. Certes, les socialistes ont raison de réclamer encore plus de sévérité et d'efforts pour combattre les abus des catégories privilégiées. Une refondation radicale du fonctionnement du monde de la finance est en cours, Cette rubrique y reviendra demain, en rendant compte d'un « message » de Jacques Delors et d'autres témoignages et prises de position. (F.R.)