Budapest, 17/05/2011 (Agence Europe) - Les eurodéputés et les élus ACP membres de l'Assemblée parlementaire paritaire (APP) ont été unanimes, mardi 17 mai à Budapest, à se réjouir qu'Alassane Ouattara, président démocratiquement élu de Côte d'Ivoire, ait enfin pu accéder au pouvoir à l'issue d'une crise post-électorale de plus de quatre mois et à déplorer « le lourd tribut » que le peuple ivoirien a dû payer pour cela. Tous condamnent les tentatives de l'ancien président Gbagbo et de ses partisans d'usurper par la violence la volonté du peuple ivoirien, et sont conscients de l'immensité de la tâche qui attend Alassane Ouattara dont l'investiture aura lieu le week-end prochain. La réconciliation nationale qui passe notamment par l'impunité zéro au niveau national et international (CPI) pour les coupables des massacres et de crimes dans les deux camps constitue, selon eux, l'urgence absolue et la condition sine qua non au redressement de ce pays et à sa stabilité durable. La résolution de compromis qu'ils adopteront mercredi 18 mai sur la situation en Côte d'Ivoire relaiera ce message de solidarité et de vigilance, dont le débat, mardi en plénière, a précisé les grands axes.
Dès l'ouverture de l'APP, Louis Michel (ADLE, belge), coprésident, avait condamné « les derniers massacres qui, le week-end dernier, ont fait plus de 200 morts parmi les défenseurs du président Ouattara». Il avait ajouté: « Son plus grand défi ne sera pas le redressement économique mais celui de la réconciliation », une réconciliation sans ingérence extérieure, a-t-il précisé. « Pour cela, justice devra être faite pour les violations des droits de l'Homme commises de part et d'autre. Nous devons lui apporter tout notre soutien dans sa volonté de réconciliation et d'apaisement ». Pour David Matongo, coprésident ACP (élu de Zambie), ce qui s'est passé en Côte d'Ivoire est « au cœur même de la transformation démocratique en Afrique ». Détracteur des despotes qui s'accrochent au pouvoir envers et contre tout, il a rappelé que « ces élections qui étaient censées mettre un terme à la guerre civile dans un pays au potentiel économique considérable avaient débouché sur une crise post-électorale indûment longue et sanglante ».
Mme Carvalho (PPE) a appelé à « tous les efforts possibles pour ramener la paix et la cohésion sociale et géographique » du pays ainsi qu'à davantage d'aide humanitaire. Elle s'est félicitée de ce que les exportations ivoiriennes de cacao aient pu reprendre « avec un premier bateau sorti du port » le 8 mai. M. Gbaou, élu ivoirien, s'est réjoui que « le pire ait pu être évité », mais a rappelé que « tout reste à faire »: la relance économique ; la réinsertion des combattants, la prise en charge des besoins sociaux de base. Il s'est réjoui de la visite prévue d'une délégation de l'APP en Côte d'Ivoire, qui « permettra de mesurer les besoins en reconstruction». Et d'ajouter: « L'heure est à la reconstruction mais celle-ci ne saurait se faire sans la réconciliation (via la commission 'paix, vérité et réconciliation'), et il n'y aura pas de réconciliation sans justice. Les enquêtes sont en cours sur les atrocités commises ».
M. Neuser (S&D) a remercié l'ONU et la force française Licorne d'avoir ouvert la voie à un dénouement, tout en déplorant qu'il ait fallu « la force militaire et des morts » pour que Gbagbo soit délogé. Déplorant que la force diplomatique n'ait pas été suffisante et que les casques bleus soient si mal équipés, que les sanctions de la CEDEAO n'aient pas suffi, il a appelé à « un meilleur mécanisme » pour prévenir pareil scénario à l'avenir. Selon lui, cette crise prouve que « si les élections sont importantes, elles ne suffisent pas à garantir la démocratie: il faut une société civile et des autorités locales fortes, un engagement à réformer la justice et la sécurité ». M. Kollie, élu du Liberia, a lancé un « SOS » pour attirer l'attention de la communauté internationale sur la situation des réfugiés qui ont quitté la Côte d'Ivoire (125 000 au Liberia) tout en remerciant la Commission européenne pour son aide. « Il faut qu'ils puissent envisager un retour. S'il ne sont pas bien traités en Côte d'Ivoire, ils iront dans un pays voisin », a-t-il averti. Un élu de RDC a enfoncé le clou en précisant que « certains réfugiés sont des combattants qu'on doit chercher à désarmer ». Mme Nedecheva (PPE) a, elle aussi, plaidé pour le désarmement de la population, et pour que les résultats d'une commission d'enquête internationale indépendante de l'ONU soient suivis d'effets. Mme Hajaig, élue sud-africaine, a tenu à « féliciter Ouattara qui fait ce qu'il peut pour panser les blessures ». Le programme « paix, justice et réconciliation », qui s'inspire de ce qui a été fait en Afrique du Sud, « devrait être approuvé par le parlement et le peuple. Pour un processus équilibré et impartial, il ne faut pas aller trop vite », a-t-elle dit. Mme Bearder (ADLE) a estimé que « les mots » soigneusement choisis dans la résolution de compromis de l'APP « ne peuvent traduire l'horreur vécue par les Ivoiriens ».
Au nom de Catherine Ashton, le représentant du SEAE s'est dit en phase avec les parlementaires. « L'UE considère qu'il est nécessaire de combattre les causes profondes du conflit pour la paix juste et durable, sinon ce sera la poursuite de l'instabilité politique. Le problème de 'l'ivoirité' appelle un règlement politique », a-t-il dit. La réforme du secteur de la sécurité, l'équilibre dans le partage du pouvoir dans le gouvernement d'unité nationale, la lutte contre la corruption et la justice pour sanctionner les violations des droits de l'homme des deux parties sont également essentiels. « Il est important de soutenir le processus de paix et de réconciliation en sanctionnant les coupables ». Le représentant de la Commission européenne a rappelé que 30 millions d'euros ont été mobilisés en aide humanitaire et 180 millions d'euros pour un paquet « post-crise » en Côte d'Ivoire. (A.N.)