Bruxelles, 17/05/2011 (Agence Europe) - La décision de l'UE d'imposer, pour la première fois, des mesures contre des subventions chinoises, en l'occurrence aux exportations vers l'UE de papier couché fin, fait grand bruit. Tout en refusant de qualifier de guerre commerciale ses frictions actuelles avec l'Europe, la Chine a déjà enclenché des représailles, en annonçant des droits supplémentaires contre l'amidon européen.
Les frictions commerciales avec l'UE ne peuvent pas être qualifiées de « guerre commerciale », a estimé mardi le porte-parole du ministère chinois du Commerce, Yao Jian. Il n'est pas surprenant que la Chine et l'UE aient des différends commerciaux, compte tenu du volume de leurs échanges bilatéraux ces dernières années, a-t-il insisté, précisant que, même si un différend d'ordre juridique peut persister sur certains produits, dans l'ensemble, la proportion des différends devrait se situer entre 1% et 3%.
Les autorités chinoises ne cessent de protester depuis la décision de l'UE le 14 mai d'imposer, pour la première fois, des droits antisubventions, en plus de taxes antidumping, contre les importations de papier de haute qualité en provenance de Chine. Ces nouvelles mesures de défense commerciale, qui ont pris effet le 14 mai pour une durée de cinq ans, iront de 4% à 12% pour les mesures antisubventions, et de 8% à 35,1%, en fonction du producteur, pour les mesures antidumping. Après une enquête de 15 mois, l'exécutif européen a conclu que la Chine subventionne « de manière significative » son industrie du papier couché fin par l'octroi de prêts à taux avantageux et d'avantages fiscaux. La Commission a en outre conclu à des pratiques de dumping. « Pour la première fois, l'UE prend des mesures contre des subventions ciblées et stratégiques octroyées par le gouvernement chinois à un secteur industriel spécifique », expliquent les services du commissaire Karel De Gucht. L'objectif étant de restaurer une situation de concurrence au profit des producteurs européens.
Reste que cette action, qui vient s'ajouter à plusieurs mesures de défense commerciale prises par l'UE depuis début 2011, n'est pas du goût de Beijing, qui la juge « excessive ». Et même si les mesures antidumping que l'UE applique sur une cinquantaine de produits chinois affectent, selon la Commission, moins de 1% de ses échanges avec la Chine, Beijing met en doute la méthodologie européenne consistant à utiliser les preuves apportées par un pays de remplacement et rejeter les informations fournies par les firmes chinoises. Et n'hésite pas à agir en représailles. Lundi 16 mai, le ministère chinois du Commerce a en effet annoncé sa décision de frapper les exportations européennes d'amidon de taxes antidumping supplémentaires, comprises entre 7,7% et 11,19%. Décision prise après une enquête de deux mois et demi sur la fécule de pomme de terre importée depuis l'UE, lancée à la demande de l'association de l'industrie de l'amidon de Chine, qui représente 98% de la production chinoise, conforme aux lois de la Chine et aux règles de l'OMC, et qui a pris en compte les données fournies par les entreprises de l'UE, a confirmé mardi le porte-parole du ministère chinois du Commerce.
De son côté, le groupe de réflexion European Center for International Policy Studies (ECIPE) voit dans la décision de l'UE d'imposer des droits antisubventions, qui plus est basée, selon lui, sur des « preuves incertaines », le début d'une guerre commerciale. Dans un document publié le 13 mai, le chercheur Hosuk Lee-Makiyama juge « faibles » les preuves contre la Chine, dont les producteurs détiennent seulement 4% du marché européen et pourraient, selon lui, « difficilement porter préjudice aux producteurs européens ». « C'est la première fois que l'UE impose des taxes antisubventions contre la Chine. C'est le début d'une nouvelle guerre commerciale inévitable entre l'UE et la Chine, qui a le choix pour faire des représailles à l'encontre de produits européens subventionnés », insiste M. Makiyama, qui considère en outre que « des taxes punitives seulement appliquées par l'UE n'arrêteront pas des subventions déloyales en Chine ». Face au risque de guerre commerciale, le chercheur de l'ECIPE prône « une politique restrictive sur des taxes antisubventions dans l'UE, où de telles mesures ne sont pas utilisées pour donner du temps aux industries européennes en déclin, et seulement dans de rares cas d'urgence de grave danger contre des industries concurrentielles ». (E.H.)