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Bulletin Quotidien Europe N° 10380
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Initiatives de M. Barnier et de Mme Ashton: aspects positifs et objections

Au moment où des événements dramatiques perturbent le fonctionnement normal de l'UE, il est utile de constater que sa vitalité est confirmée par des initiatives de personnalités institutionnelles.

Initiative Barnier: appui et perplexités. Le commissaire Michel Barnier a lancé, à titre personnel, un projet en trois volets: réunir dans une seule personne les fonctions de président du Conseil européen et de président de la Commission ; concrétiser la politique étrangère et de défense par une coopération structurée au titre du Traité de Lisbonne; créer une force européenne de protection civile (voir notre bulletin n° 10375).

Le premier volet attire l'attention et soulève en même temps des objections. La personnalité à désigner comme président unique de l'UE serait proposée par les chefs d'État et de gouvernement et investie par un Congrès réunissant le Parlement européen et des représentants des parlements nationaux des États membres, sans exclure qu'un jour il soit élu directement par les peuples. Projet ambitieux. Les perplexités sont liées au fait que, dans la dialectique communautaire, les rôles des deux présidents sont bien distincts: la Commission a l'exclusivité des propositions et son président doit logiquement défendre et soutenir devant le Conseil ce qu'elle a proposé, alors que le président du Conseil européen doit tenir compte des positions nationales et rechercher éventuellement les compromis. Si la même personne exerce les deux fonctions, quel sera son objectif ? Défendre les projets de la Commission ou tenir compte des positions des différents États membres ?

La situation actuelle, avec deux présidents qui s'expriment dans le monde au nom de l'UE, avait créé au départ des difficultés et l'amorce de quelques conflits de compétences ; mais M. Van Rompuy et M. Barroso ont trouvé un modus vivendi raisonnable et constructif ; ils se rencontrent chaque semaine, ils signent parfois ensemble des prises de position et même des documents, tout en respectant leurs compétences et leurs responsabilités respectives. Le mélange des rôles risquerait de nuire à la liberté d'initiative de la Commission ; ou bien, si celle-ci exerce son autonomie de jugement et son audace, le président unifié serait en difficulté pour présider le Conseil européen, où il faut concilier les positions de tous les États membres.

Les deux autres aspects du plan Barnier devraient recevoir un large appui, car le moment est mûr pour utiliser les potentialités du Traité de Lisbonne, du moins entre les États membres qui le souhaitent. Dernier détail: le Commissaire a repris les termes Fédération des États nations pour définir la nature de l'UE.

Les compétences de Mme Ashton ont des limites. Le discours solennel prononcé la semaine dernière par Catherine Ashton devant le Parlement européen (voir notre bulletin n° 10376) était un véritable plaidoyer pour une démocratie qui ne soit pas de surface (droit de vote, presse libre), mais qui implique aussi la liberté religieuse, l'égalité femmes/hommes, etc. Son ton était plus ferme que d'habitude, et le Parlement européen, qui l'avait très vivement critiquée auparavant, a joué un rôle d'aiguillon, en l'incitant à agir, à prendre position au nom de l'Europe sur tous les dossiers d'actualité, même les plus brûlants, à devenir l'inspiratrice, la garante et la porte-parole de la politique européenne de sécurité et de défense. Elle devrait oser et prendre des initiatives ; en bref, selon Elmar Brok, « diriger au lieu de suivre ».

Le Parlement lui demande trop. Il est vrai que Mme Ashton apparaît davantage à l'aise depuis que le service diplomatique qu'elle dirige devient opérationnel ; mais elle ne peut pas et ne pourra jamais définir et annoncer des positions européennes en devançant les chefs d'État ou de gouvernement. Il est compréhensible que le ministre belge des Affaires étrangères craigne qu'en fait tout soit décidé par les chefs des grands pays, sans tenir compte des autres, et qu'il souhaite un rôle européen plus réel et visible pour la Haute Représentante. Mais des limites existent à la liberté d'initiative de Mme Ashton.

Cette rubrique avait déjà dénoncé l'absurdité du cumul théorique de ses trois fonctions - vice-présidente de la Commission, présidente du Conseil « Relations extérieures », chef du service diplomatique - en estimant qu'elle devait se concentrer sur la troisième. C'est bien ce qui arrive: sa vice-présidence de la Commission est devenue une fiction et l'idée qu'elle puisse définir et exprimer de façon autonome les positions de l'UE est une illusion. Ce n'est pas elle qui décidera l'intervention militaire en Libye ou les sanctions contre le tyran de Syrie ! Mais sa présence active dans les enceintes internationales est de plus en plus nécessaire, en s'appuyant sur le service diplomatique, gonflé peut-être au-delà des exigences, mais de plus en plus opérationnel. Le renforcement de la place de l'UE à l'ONU est aussi, indirectement, son succès. Elle pourrait avoir surmonté la période ou l'on s'attendait à une démission ou à un vote de méfiance du PE. Dans les limites de son rôle, et avec M. Vimont à ses côtés, son efficacité devient évidente. (F.R.)

 

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