Bruxelles, 23/03/2011 (Agence Europe) - Le Sommet social tripartite pour la croissance et l'emploi se réunit ce jeudi 24 mars dans la matinée à Bruxelles. Sur la table des discussions, des thèmes qui sont au menu de la réunion des chefs d'État et de gouvernement: situation économique, adoption d'un paquet de mesures visant à préserver la stabilité financière, fondements d'une croissance durable et créatrice d'emplois. Le Sommet social tripartite se penchera également sur les priorités de l'examen annuel de la croissance présenté par la Commission, sur la mise en place d'une gouvernance solide, dont le but est de mener à une Europe plus durable en termes d'emplois et de croissance. Le tout en conformité avec la stratégie UE 2020 pour la croissance et l'emploi. Telle est la teneur de la lettre d'invitation adressée aux partenaires sociaux européens par le Premier ministre hongrois Viktor Orban, le président du Conseil européen Herman Van Rompuy et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso. Ils y précisent qu'aujourd'hui, l'Europe s'attache à la reprise de la croissance et à la création de plus d'emplois de qualité, à mettre en place des réformes du marché du travail, à promouvoir des politiques macro-économiques et de finances publiques. Les politiques doivent allier emploi, croissance et consolidation fiscale au sein d'une stratégie compréhensive, que « nous voulons promouvoir avec les partenaires sociaux ».
Syndicats: contre une gouvernance économique européenne qui mette en danger les salaires et les droits sociaux. Le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES) John Monks défendra l'idée d'une gouvernance économique responsable offrant des garanties sociales, contrairement à celle qui est actuellement sur la table. Dans une déclaration, John Monks explique: « La gouvernance économique européenne contient de graves omissions. Sur les salaires, il n'est pas fait mention des niveaux croissants d'inégalité, de l'écart qui se creuse sans cesse entre les riches et les pauvres, les cadres et les autres, ni des banquiers et de leur appétit gargantuesque pour les bonus élevés ; il y a un rejet implicite de l'inflation ou de la comparabilité en matière de négociation des salaires ; il n'y a pas de reconnaissance de la détérioration des contrats d'emploi de nombreux travailleurs causée par la croissance du travail précaire, ce qui discrédite le terme de flexicurité. C'est la raison pour laquelle nous nous sommes mobilisés dans plusieurs villes européennes afin de réclamer un Pacte en faveur de plus d'équité et d'égalité et contre l'austérité. Nous sommes partisans d'une protestation paisible et démocratique, telle que celle qui a lieu aujourd'hui à Bruxelles, à Berlin et à Paris, et samedi à Londres ». Des manifestations auxquelles la GUE/NGL a apporté son soutien (voir EUROPE n°10338).
Artisanat, PME: pour une Europe plus forte. Améliorer la gouvernance économique au niveau de l'UE est crucial pour résoudre la crise actuelle. D'accord avec John Monks, le président de l'UEAPME, Loek Hermans, fera toutefois remarquer, devant le Sommet social tripartite, que « la coordination des politiques macro-économiques doit inclure des hausses de salaires, depuis qu'une part significative des déséquilibres dans la zone euro sont dus à des hausses de salaires insoutenables, pas en conformité avec les hausses de la productivité, qui ont alimenté les différences de prix et créé des déséquilibres concurrentiels ». D'accord aussi avec les syndicats pour le respect de l'autonomie des partenaires sociaux. Loek Hermans demandera toutefois aux syndicats de revoir leur « opposition fondamentale à trouver ensemble des solutions communes pour éviter une accumulation de nouveaux déséquilibres à l'avenir ». Enfin, M. Hermans lancera un appel au Conseil « pour une Europe plus forte, non seulement pour gérer les déséquilibres macro-économiques mais aussi pour inspirer une vision du futur telle que définie dans la stratégie UE 2020. Cette stratégie doit tenir compte des événements majeurs mondiaux et être capable de redéfinir les politiques qui sont prioritaires et de les réadapter, comme c'est le cas pour l'énergie et pour la politique du voisinage, en accordant une attention toute particulière au développement des pays de la Méditerranée et aux politiques concrètes pour une future intégration ».
EAPN, la sincérité des dirigeants européens pose question. Le président du Réseau européen de lutte contre la pauvreté, Ludo Horremans, transmettra son inquiétude quant aux discussions et décisions actuelles sur la gouvernance économique, « qui ont lieu à huis clos, sans consultation démocratique et sans même une évaluation de leur impact social ». « Cette séparation entre gouvernance économique et gouvernance sociale est en contradiction totale avec la vision exprimée dans la stratégie UE 2020. Elle porte atteinte à la fois au modèle social européen et à la possibilité d'une sortie de crise durable ainsi qu'à la confiance dans nos procédures de décision censées être démocratiques ».
AGE, restaurer la dimension sociale. Anne-Sophie Parent, secrétaire générale de Age Platform Europe, lancera un appel pour qu'une attention égale soit accordée à la mise en œuvre des objectifs sociaux de la stratégie UE 2020. (G. B.)