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Bulletin Quotidien Europe N° 10338
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) conseil europÉen

Van Rompuy critiqué au PE sur la Libye et le Pacte pour l'euro

Bruxelles, 16/03/2011 (Agence Europe) - Herman Van Rompuy a passé un mauvais moment mercredi après-midi 16 mars en conférence des présidents du Parlement européen où le président permanent du Conseil européen était venu présenter, accompagné par José Manuel Barroso, les résultats du Conseil européen extraordinaire du 11 mars sur la Libye et de la réunion des dirigeants de la zone euro (EUROPE n°10335 et 10336). Les présidents de tous les groupes politiques - à l'exception du PPE - ont en effet vigoureusement critiqué le Conseil européen pour son « inaction » en Libye et l'insuffisance du Pacte pour l'euro. Sur les deux sujets, le PPE est sorti du lot avec une évaluation très positive. Le groupe du PPE « appuie » les conclusions des dirigeants sur la Libye et estime que le Pacte pour l'euro est une « avancée majeure » vers une plus grande convergence économique, budgétaire et sociale dans l'UE, a en effet déclaré son président, Joseph Daul.

Libye. Pour le groupe socialiste (S&D), les décisions du sommet ne sont pas suffisantes. « La révolution libyenne ne doit pas échouer », un échec des rebelles et du mouvement démocratique aurait aussi de graves conséquences sur les pays voisins, dont la Tunisie et l'Égypte, a estimé Hannes Swoboda. Pour le groupe libéral (ADLE), Guy Verhofstadt a tenu un discours impressionnant et dévastateur pour le Conseil européen et ses membres. « L'attitude de l'UE me rend malade, je suis malade quand je vois l'inaction européenne » face à une situation qui rappelle celle de « Srebrenica, du Rwanda ou du Darfour », a-t-il dit. Au moment où Kadhafi s'apprête à reprendre Benghazi pour y commettre un « massacre », que fait l'Europe ? Au lieu d'imposer une zone d'exclusion aérienne (no-fly zone) ou de soutenir les rebelles, « elle y envoie une mission d'exploration ». « Nous n'avons rien appris du passé (…) La communauté internationale autorise l'Arabie Saoudite à envahir le Bahreïn pour réprimer l'opposition mais nous refusons d'intervenir en Libye ». M. Verhofstadt, pourtant un pro-européen inconditionnel, affirme « ne plus compter sur l'UE, mais sur la France, le Royaume-Uni et les USA » pour intervenir en Libye et aider les forces démocratiques. Pour le groupe des Verts, Rebecca Harms a entièrement appuyé les propos de M. Verhofstadt, critiquant aussi le Conseil européen pour ne pas avoir clairement plaidé pour une no-fly zone. « Le monde arabe n'oubliera pas cette faiblesse européenne et il ne pourra pas la pardonner », prévient-elle. Mme Harms se pose aussi la question (en fait, elle a des doutes) de savoir si l'UE vérifie effectivement si ses sanctions, notamment l'embargo sur les livraisons d'armes, est respecté par les entreprises européennes. Lothar Bisky, chef du groupe GUE/NGL, a été plus nuancé. L'UE doit regagner la confiance perdue auprès du monde arabe et assurer que les sanctions décidées soient effectivement et strictement appliquées. Visiblement secoué, M. Van Rompuy a répondu aux critiques des députés. « Ce n'est pas parce que je ne parle pas avec émotion que je ne suis pas enragé par ce qui se passe en Libye mais il n'est pas juste de blâmer juste l'UE. Elle ne peut pas agir seule », pour arrêter Kadhafi car il faut un mandat du Conseil de sécurité de l'ONU, a-t-il dit. L'objectif reste d'y arriver. « Nous continuons à travailler en faveur d'un soutien international pour arrêter Kadhafi, nous y travaillons de façon très intensive », a insisté M. Van Rompuy. José Manuel Barroso a remis les points sur les i en rappelant que la politique de sécurité et de défense, malgré les avancées faites grâce au Traité de Lisbonne, reste une politique largement nationale régie par la règle de l'unanimité. « Certaines critiques ne sont pas justes, elles devraient être adressées non pas à l'UE mais à certains gouvernements. Il s'agit de l'impuissance de certains gouvernements, pas de celle de l'UE », a dit M. Barroso qui met aussi en garde devant le risque de voir ce genre de critiques « affaiblir » l'UE de manière injuste.

Pacte pour l'euro. Pour le groupe S&D, le pacte est toujours « insuffisant », a dit M. Swoboda. Primo, parce que « le mot 'croissance' ne figure pas parmi les objectifs qui sont cités dans le texte ». Secundo, parce que la recommandation visant à lier l'évolution des salaires à la productivité n'a fait l'objet d'aucune consultation préalable avec les syndicats. Tertio, parce que la décision de « réfléchir » à l'introduction d'une taxe sur les transactions financières est « trop faible ». Pour l'ADLE, « la méthode » choisie n'est pas la bonne car elle laisse trop de place au Conseil et trop peu à la Commission, a dit M. Verhofstadt qui dit partager « les critiques de M. Trichet », le président de la BCE, sur le pacte. Herman Van Rompuy ne partage évidemment pas ce point de vue. Les dirigeants de l'eurozone ont franchi le 11 mars un « pas important » vers une véritable gouvernance économique et la stabilisation de l'euro. « On a fait du bon boulot, je le dis », a-t-il insisté.

Japon, énergie nucléaire. Le débat des présidents des groupes du PE avec MM. Van Rompuy et Barroso a aussi porté sur la catastrophe naturelle et nucléaire au Japon et, dans la foulée, aussi sur l'avenir de l'énergie nucléaire en Europe. Le PPE appelle à un « débat de fond, sans émotion » sur l'avenir de cette source énergétique « indispensable », a dit M. Daul. Le groupe S&D salue l'annonce des « stress-tests » pour les centrales nucléaires en Europe, mais demande qu'ils soient obligatoires, a dit M. Swoboda. M. Verhofstadt (ADLE) et Rebecca Harms (Verts) estiment que la catastrophe japonaise démontre que l'avenir est aux énergies renouvelables qui doivent être davantage soutenues. La situation au Japon et les conséquences sur l'Europe seront aussi à l'ordre du jour du Conseil européen des 24/25 mars, a annoncé M. Van Rompuy. (H.B.)

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