Bruxelles, 22/02/2011 (Agence Europe) - Au lendemain de la visite du commissaire au Commerce Karel De Gucht au Paraguay et en Uruguay (7-9 février), et à la veille de l'échange des premières offres, à la mi-mars, entre négociateurs européens et sud-américains, l'Irlande, qui redoute l'impact pour son agriculture, en particulier son secteur du bœuf, d'un accord de libre-échange entre l'UE et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay, le Venezuela étant en cours d'adhésion), a tiré la sonnette d'alarme lundi 21 février.
Les quotas d'exportation de bœuf souhaités par les pays du Mercosur « ne sont pas acceptables », a martelé le ministre irlandais de l'Agriculture Brendan Smith, en marge d'une réunion avec ses homologues européens lundi 21 février à Bruxelles. S'il a fait part au commissaire à l'Agriculture Dacian Ciolos de ses craintes quant à l'impact d'un accord sur le secteur du boeuf irlandais, le ministre irlandais a aussi porté la question en bilatéral avec d'autres délégations, indique le quotidien Irish Independent dans son édition de mardi 22 février. « Alors que la PAC garantit que le bœuf européen est produit d'une manière durable, cela n'est pas nécessairement le cas ailleurs, et il ne fait aucun sens environnemental pour l'UE que sa production soit remplacée par des systèmes moins viables (…) L'importance et la valeur du secteur du boeuf ne peuvent pas être sous-estimées. En 2010, les exportations irlandaises se sont accrues de 8%, atteignant une valeur de 1,5 milliard d'euros, et nous sommes maintenant en position d'exporter 89% de notre production », a fait valoir M. Smith lundi.
La semaine dernière, l'association des agriculteurs irlandais (IFA) était déjà montée au créneau pour dénoncer la tactique du commissaire au Commerce Karel De Gucht, l'accusant de traiter avec deux poids deux mesures les denrées agricoles produites dans et hors de l'UE, et de ne pas défendre adéquatement les intérêts européens, notamment sur les questions de la sécurité alimentaire, de la durabilité, du climat et des normes. « Un tel accord sera une catastrophe pour l'agriculture irlandaise et de l'UE. De Gucht sacrifie l'agriculture, le secteur du bœuf en particulier, pour boucler un accord à tout prix. Les implications négatives pour l'agriculture de l'UE sont très substantielles, avec des pertes évaluées à des dizaines de milliards d'euros, alors que les avantages pour d'autres secteurs de l'UE ne sont pas du tout évidents », avait averti l'IFA.
S'exprimant devant la presse à l'issue du Conseil Agriculture lundi après-midi, M. Ciolos s'est voulu rassurant, promettant une « proposition équilibrée » de la part de l'UE lors de la remise des offres attendue à la mi-mars entre négociateurs européens et sud-américains. « Il n'y aura pas de grosse surprise sur l'offre faite en agriculture, et nous allons tenir compte aussi, dans les débats avec le Mercosur, des propositions que l'UE fera à Doha sur ces produits spécifiques », a précisé le commissaire. (E.H./L.C.)