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Bulletin Quotidien Europe N° 10321
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Révolutions arabes: remarques sur les cas de la Libye et de l'Algérie

Suite du tour d'horizon. Après avoir fait hier à ma manière le point sur la situation de l'Égypte et de la Tunisie, je m'exprime aujourd'hui sur la situation et les perspectives dans quelques autres pays.

Libye: incertitude et chantages. Il y a quelque chose d'absurde et d'inconscient dans cette tentative de formuler des considérations générales sur ce pays au moment où la situation évolue de façon dramatique d'heure en heure et les informations oscillent entre la fuite du tyran, la maîtrise de la ville de Benghazi par les rebelles, leur écrasement sanguinaire (douloureusement vrai, celui-ci). Le lecteur suit sans doute l'évolution. Mon opinion personnelle sur Kadhafi je l'ai déjà exprimée: il est le pire des tyrans de la zone. Mais il dispose d'arguments pour exercer sur l'UE un chantage en trois points: je vous protège de la menace islamiste, je vous préserve d'une immigration clandestine africaine massive, je vous fournis du pétrole de qualité. Ce dernier élément, l'UE peut s'en passer ; les deux autres sont très sérieux, surtout pour l'Italie. Selon une source vraisemblablement exagérée mais indicative, en l'absence de l'accord avec Kadhafi, les clandestins visant l'Italie toute proche ne seraient pas quelques milliers comme aujourd'hui, mais un demi-million !

Dans son interview citée hier, la commissaire européenne compétente, Mme Malmström, s'était limitée à dire: « C'est un cas spécial: avec les autres pays de cette zone, l'UE est engagée dans un processus de bon voisinage ; avec la Libye, il est très difficile de collaborer ». Mme Ashton a été tout autant réticente, en invitant « les autorités libyennes à faire preuve de retenue et de calme et à s'abstenir de tout nouveau recours à la violence à l'encontre de manifestants pacifiques ». Ce ne sont pas ces phrases prudentes qui retiendront le tyran. Certaines forces politiques, y compris au Parlement européen, réclament la rupture totale immédiate. Pour l'Italie et d'autres États membres, ce n'est pas si simple, sauf bien entendu si le tyran est abattu par les rebelles, qui, compte tenu de la violence de la répression, seraient alors vraiment des héros de la liberté.

Si le régime de Kadhafi s'écroule, les ressources pétrolières très abondantes permettraient à la Libye de vivre ensuite en bonne entente avec l'UE, tout en tenant compte des soucis italiens. Illusion ?

Algérie: éclatement impossible. Le mécontentement est ici évident: une partie de la population souhaiterait sans doute un changement total de régime, car la situation est absurde. Un observateur l'a ainsi résumée: « On ne comprend pas pourquoi l'Algérie est un pays si riche où les gens sont si pauvres. » Les caisses de l'État sont pleines: 155 milliards de dollars de réserves, à peu près le produit national. Mais l'économie est totalement désorganisée: le pétrole et le gaz représentent 98% des rentrées de devises et 79% des recettes budgétaires totales ; la dépendance alimentaire est de 75% ; l'industrie ne représente que 5% du produit national, alors qu'elle jouait autrefois un rôle bien plus important ; le chômage domine, ou bien les jeunes n'ont que des emplois précaires et au noir, avec comme seules issues le commerce de drogue et dans quelques cas le football. La cause ? Essentiellement la corruption dans l'armée et dans la classe dominante, qui profitent abusivement de la situation mais qui ont en même temps la possibilité matérielle de concéder quelque chose pour apaiser en partie ceux qui protestent. D'autant plus que ceux-ci ne représentent pas un mouvement de masse comme ailleurs (le Front des Forces socialistes s'est dissocié) et ne peuvent pas oublier (directement les plus âgés, indirectement les autres) la guerre civile de 20 ans qui a fait 200.000 morts.

Le premier ministre a promis la fin de l'état d'urgence (en vigueur depuis presque 20 ans) et quelques mesures sociales ; les autorités avaient elles-mêmes dénoncé et arrêté les responsables de certaines corruptions scandaleuses. De son côté, l'UE ne recherche pas l'écroulement du régime actuel, avec lequel elle signera bientôt des accords importants sur la réalisation en commun des réseaux de transport du pétrole. S'y ajoute le fait que les perdants de la guerre civile (c'est-à-dire les islamistes qui avaient gagné le premier tour des dernières élections libres) sont devenus en partie des terroristes dangereux, actifs en Europe même.

Bahreïn, Yémen et autres pays de la péninsule arabique. Je ne dirai rien de ces pays en rébellion plus ou moins violente, car je ne dispose pas d'éléments me permettant de prendre position.

Je laisse de côté également le Maroc, où les manifestants se limitent à réclamer des réformes politiques sans mettre en cause le régime actuel, et je garde pour l'Iran l'espoir exprimé samedi dernier.

Questions supplémentaires qui ne sont pas posées. À demain, pour conclure cette analyse en posant quelques questions significatives qu'à ma connaissance personne ne soulève. (F.R.)

 

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