Bruxelles, 22/02/2011 (Agence Europe) - À l'approche de l'entrée en vigueur jeudi 3 mars dans l'UE du troisième paquet législatif pour la libéralisation du marché intérieur de l'énergie, qui repose sur le dégroupage (unbundling) des opérateurs énergétiques verticalement intégrés via le principe de la séparation patrimoniale des activités de production/fourniture et de transport des opérateurs énergétiques pour garantir un accès non discriminatoire aux réseaux, la Russie dénonce l'impact négatif pour son secteur énergétique des nouvelles lois européennes et souligne les risques pour les investissements et l'évolution des prix.
« Russie/UE, 3ème paquet et partenariat énergétique, comment réconcilier l'irréconciliable »: tel était le thème d'une vidéo conférence organisée simultanément à Bruxelles et Moscou lundi 21 février par Ria Novosti, avec pour invité de marque le président de la Russian Gas Association et vice-président de la chambre basse du Parlement russe, la Douma, Valery Yazev. « Le sommet européen du 4 février, consacré à l'énergie, s'est conclu par l'adoption de plans ambitieux pour réduire la dépendance de l'UE au pétrole et au gaz et construire une nouvelle génération d'infrastructures énergétiques. L'UE a confirmé son engagement à établir avec la Russie un partenariat fiable, transparent et basé sur des règles. Malgré cela, les autorités russes et européennes ne sont jusqu'ici pas parvenues à s'accorder sur le règlement de leurs différends dans le secteur du gaz. Le 3 mars prochain, les États membres de l'UE appliqueront le 3ème paquet. Quels sont les risques pour la Russie ? Que va-t-il arriver aux opérateurs énergétiques russes sur le marché européen une fois le 3ème paquet mis en œuvre ? Les droits de propriété seront-ils perdus, la politique de fixation des prix sera-t-elle changée ? À quels obstacles pourraient faire face les investisseurs européens sur le marchés russe ? » Tels étaient les questions soulevées par l'agence de presse russe. Autant de questions qui traduisent l'incertitude à laquelle est confrontée la Russie, dont le secteur énergétique est dominé par des grands groupes, tel le gazier Gazprom.
À la veille d'une réunion entre la Commission européenne et le gouvernement russe, mardi à Bruxelles où le Premier ministre Vladimir Poutine devait soulever le dossier de l'énergie, M. Yazev n'a pas manqué de réaffirmer lundi les craintes de Moscou, n'hésitant pas à dénoncer les risques que le processus de libéralisation des marchés de l'énergie dans l'UE fait peser sur l'investissement et les infrastructures russes liés au gazoduc germano-russe sous la Baltique Nord Stream. « Il y aura deux pipelines (reliant Nord Stream en Allemagne), Opal et Nel. L'un est en construction, l'autre ne l'est pas. Parce que sa construction est bloquée par l'adoption du 3ème paquet, il a perdu son attractivité à l'investissement », a déploré le responsable russe, regrettant que le projet Nel n'ait pas obtenu de la part du régulateur allemand de l'énergie la même exemption de conformité à la réglementation européenne que le projet Opal. « Nous (la Russia Gas Society, NDLR) avons soumis nos propositions au comité russe chargé de dialoguer avec la Commission européenne sur l'énergie. L'une de nos propositions fondamentales est que les investissements déjà réalisés par les entreprises russes devraient être sécurisés », a insisté M. Yazev, dans des propos traduits et relayés par Reuters. Le président de la Russian Gas Society a en outre jeté le blâme sur la Pologne et la Lituanie, accusées d'interpréter les lois communautaires sur le marché intérieur de l'énergie plutôt à la lettre qu'à l'esprit, et averti du risque de prix plus élevés pour le gaz fourni par Gazprom. « La Pologne et la Lituanie optent pour une manière de procéder simple: ils croient que Gazprom doit sortir de la structure actionnariale des projets. Il y a certains risques, les prix pour la Lituanie pourraient être accrus, en raison de plus de risques », a conclu M. Yazev. (E.H.)