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Bulletin Quotidien Europe N° 10318
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INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) pe/agriculture

Le PE en guerre contre les excès de la spéculation

Bruxelles, 17/02/2011 (Agence Europe) - Le Parlement européen a demandé jeudi 17 février à Strasbourg que des mesures soient prises pour lutter contre la volatilité des marchés agricoles et se prémunir des excès de la spéculation sur les marchés des matières premières. Autre priorité qui ressort de la résolution commune (PPE, S&D, Verts/ALE, ADLE, GUE/NGL, ECR) entérinée par les parlementaires européens: l'instauration de stocks alimentaires pour éviter les crises.

Le PE souligne que l'existence dans l'Union d'un secteur agricole fort et viable et d'un milieu rural prospère et durable, permise par une PAC (politique agricole commune) forte, « est un élément essentiel pour répondre à l'enjeu de la sécurité alimentaire ». Il souligne que la concentration constatée dans le secteur des intrants a des effets dévastateurs sur la pérennité de l'agriculture et exprime ses inquiétudes quant aux faibles revenus des agriculteurs dans l'Union. Par ailleurs, il est demandé à l'Union et aux pays en développement de « promouvoir la propriété foncière comme outil permettant de réduire la pauvreté et de garantir la sécurité alimentaire ».

Réduire le gaspillage. En adoptant un amendement du groupe Verts/ALE, le PE demande à l'UE de « lancer des campagnes et de procéder à des modifications structurelles pour réduire à un minimum le gaspillage des denrées alimentaires ».

Transparence sur les marchés et lutte contre la spéculation. Le PE demande à la Commission d'améliorer les flux d'informations en fournissant en temps utile des données fiables qui tiennent compte de la question de la dislocation des stocks. Il prône aussi une amélioration de la transparence sur les marchés des matières premières et invite « instamment » la Commission à instaurer des mesures « efficaces et vigoureuses pour remédier, de toute urgence, à la volatilité des marchés agricoles ». Le PE souligne que, « faute de stocks stratégiques ou de stocks d'intervention d'un niveau suffisant, il est impossible de prendre des mesures efficaces contre des fluctuations des prix de grande ampleur ». Il estime par conséquent que, dans la future PAC, le rôle des instruments d'intervention sur le marché devra être central.

Le PE invite la Commission à prendre les mesures nécessaires pour lutter contre les excès de la spéculation sur les marchés des matières premières. Il presse le G20 de coordonner la création de mécanismes de prévention contre la fluctuation excessive des cours et d'œuvrer à l'élaboration d'une réglementation spécialement conçue pour régler la crise agricole et alimentaire (il demande aussi que les solutions retenues pour lutter contre la volatilité excessive des prix soient coordonnées à l'échelle internationale). Il condamne les activités abusives des spéculateurs sur les marchés mondiaux des matières premières, des matières premières agricoles et de l'énergie, « qui accentuent la volatilité des prix de l'alimentation et aggravent la crise alimentaire mondiale ».

Le PE se dit favorable à une action européenne « plus hardie dans la lutte contre la manipulation des prix » (comme donner aux autorités de régulation et de surveillance la mission de limiter la spéculation abusive), et invite la Commission à veiller à ce que les transactions concernant les produits dérivés de matières premières alimentaires soient « limitées autant que possible aux investisseurs ayant un lien direct avec les marchés agricoles ».

En adoptant un autre amendement des verts, le PE préconise un système mondial ciblé de 'stocks alimentaires régionaux et locaux décentralisés'. Ce mécanisme permettrait de faciliter les échanges mondiaux lors de flambées des prix, de prévenir le retour du protectionnisme et de réduire la tension régnant sur les marchés alimentaires mondiaux (le PE considère que ces réserves devraient être gérées par un organisme de coordination placé sous l'égide de la FAO).

Enfin, les députés invitent les gouvernements nationaux à ne pas adopter de mesures de restriction des exportations, étant donné qu'elles provoquent une plus grande incertitude sur les marchés et qu'elles perturbent les marchés mondiaux, et qu'elles ont donc le potentiel de continuer à faire augmenter les prix à l'échelle mondiale.

La hausse des prix alimentaires, qui pénalise les pays les plus pauvres et les couches moins favorisées doit inciter, selon le président en exercice du Conseil, Janos Martonyi, à une réflexion sur le rôle actuel et futur de la PAC. Il faut d'abord mettre de l'ordre dans les marchés et venir en aide aux plus vulnérables, mais il faut également assurer, à moyen terme, la sécurité alimentaire globale, sur la base d'une politique agricole viable et respectueuse de l'environnement et des besoins des pays en voie de développement. Le 17 mars prochain, le Conseil devrait adopter des conclusions sur le rôle stratégique de la politique agricole commune, des propositions législatives de la Commission étant prévues pour le semestre suivant. M. Martonyi insiste sur la nécessité d'une coopération internationale pour lutter contre la faim dans le monde, notamment en aidant les pays les plus pauvres à produire eux-mêmes pour subvenir à leurs propres besoins. Quant aux hausses des prix, l'Union doit soutenir toutes les initiatives susceptibles de freiner les mesures qui pourraient l'aggraver. Selon le président du Conseil, le rôle de la spéculation dans la volatilité des prix n'est pas entièrement clair, mais cette question a été identifiée comme un sujet prioritaire par la présidence française du G20, et l'Union travaillera « main dans la main » avec elle.

Dacian Ciolos, le commissaire européen à l'Agriculture, a estimé que pour le blé tendre, la situation mondiale est tendue mais il n'y a pas de problème d'approvisionnement du marché. Néanmoins, pour faciliter la fin des campagnes pour le marché de l'UE, la Commission vient de prendre des mesures (voir autre nouvelle). Les prévisions pour les stocks mondiaux de blé tendre de fin de campagne 2010-2011 sont plus élevées qu'en 2007. Pour le sucre, les prix atteignent à nouveau des niveaux records avec, pour le sucre blanc, un prix proche de 625 euros par tonne à la mi-janvier. L'augmentation des prix fait suite à deux années de déficit mondial du fait de faibles productions. Mais selon les dernières prévisions, le bilan mondial pour le sucre devrait être « en équilibre » pour la période 2010-2011, a dit le commissaire. M. Ciolos a souligné le lien entre la politique agricole et la politique de développement je travaille étroitement avec le commissaire Piebalgs sur ces questions, pour mieux adapter aussi la politique de développement de l'Union européenne sur cette question de la sécurité alimentaire. « Je travaille étroitement avec le commissaire Piebalgs sur ces questions, pour mieux adapter aussi la politique de développement de l'Union européenne sur cette question de la sécurité alimentaire », a dit M. Ciolos. Il a prôné des initiatives dans les domaines suivants: - la transparence en ce qui concerne les stocks. M. Ciolos plaide pour une information plus complète, un meilleur traitement de cette information, et pour un « lieu de discussion » au niveau mondial entre les principaux faiseurs du marché - exportateurs et importateurs -, « pour ne pas simplement constater les crises quand elles arrivent » ; - une approche « rigoureuse et équilibrée » pour améliorer la transparence et la supervision des dérivés des matières premières agricoles, avec une régulation efficace dans l'intérêt des producteurs et des consommateurs ; - l'identification de mécanismes de marché « nous permettant d'éviter des catastrophes » dans certains secteurs suite à cette tension temporaire sur le niveau des revenus des producteurs et du fait du coût des intrants (il pense notamment à l'élevage) ; - la contribution du commerce mondial à la sécurité alimentaire. Il reste des choses à faire dans ce domaine: la politique commerciale ne doit pas être une politique isolée, selon M. Ciolos.

Ses propos ont été bien accueillis par les parlementaires, heureux de pouvoir parler de ces questions en plein jour plutôt que dans les séances de nuit auxquelles la politique agricole est souvent reléguée. Politique agricole et politique alimentaire sont en effet indissociables, a constaté, au nom du PPE, l'Irlandaise Mairead McGuinness, sensible aux problèmes des consommateurs mais aussi à ceux des exploitants agricoles qui voient leurs coûts de production augmenter. D'autres élus du même groupe partagent ces soucis: l'Italien Sergio Silvestris a plaidé pour un soutien fort au revenu des agriculteurs et des investissements pour le développement rural, qui sont aussi dans l'intérêt de la sécurité alimentaire. Il ne faut pas mettre les terres en jachère, au contraire, il faut les faire produire, s'est écrié à son tour l'Allemand Herbert Dorfmann (à l'issue du débat le commissaire Ciolos a assuré qu'il n'est pas question de mettre les terres en jachère). Pour l'Irlandais Gay Mitchell, l'Europe doit faire un effort d'imagination pour aider les pays les plus pauvres à mieux s'alimenter, en coopérant par exemple avec des pays comme la Thaïlande, qui a une agriculture riche mais qui exporte peu de produits alimentaires vers les pays voisins, qui en auraient pourtant grand besoin,

La tendance à l'augmentation des prix agricoles et des matières premières agricoles est « une tendance, pour moi, longue et qui va durer », a constaté le Français Stephane Le Foll, parlant au nom du groupe S&D. Selon lui, la tension sur les marchés agricoles et les matières premières agricoles est aggravée par la volatilité des prix et « la volatilité des prix est une conséquence de la financiarisation de l'économie mondiale ». C'est à ce sujet là qu'il faut aussi que l'on s'attaque si l'on veut régler et la question agricole et la question alimentaire. Pour ce faire, il y a deux éléments: « oui, il faut de la transparence sur les stocks, mais il faut aussi une politique publique de stocks en Europe et une gestion des stocks à l'échelle mondiale, en particulier au niveau de l'ONU ». Il faut aussi, selon lui, « réguler les marchés financiers et la spéculation financière », en particulier en refusant que le volume spéculatif n'ait plus aucune connexion avec les quantités physiques échangées sur les marchés. M. Le Foll a conclu en disant que « nous avons besoin de changer notre politique de développement pour faire en sorte qu'à l'échelle du monde - et l'Europe est un acteur -, nous investissions à nouveau dans l'agriculture car nous aurons besoin de toutes les agricultures pour nourrir le monde ».

C'est d'une approche globale que l'Europe et le monde ont besoin, a souligné aussi le travailliste britannique Michael Cashman, en s'insurgeant contre l'« obscénité » de l'appropriation de terres cultivables de la part d'entreprises étrangères pour leur propre intérêt. Marc Tarabella (S&D) ne voit pas l'extrême volatilité des prix comme une fatalité. Son conseil: privilégier l'agriculture de subsistance et les marchés régionaux, instaurer une politique de gestion des stocks, et « interdire purement et simplement la spéculation sur les denrées alimentaires de base ».

Le modèle agricole européen, reposant sur une énergie bon marché et sur des ressources d'eau abondantes a vécu, selon le porte-parole du groupe ADLE, l'Écossais George Lyon: il faut le repenser à la lumière des contraintes actuelles, en misant sur la durabilité. José Bové, au nom du groupe des Verts/ALE, a attiré l'attention sur la situation dramatique des éleveurs (des centaines d'entreprises sont en faillite) et a préconisé « trois actions concrètes » pour faire face à la crise: - la création, dans les pays, de stocks de céréales à mettre à disposition des éleveurs à un prix subventionné immédiatement ; - l'indexation des prix de la viande payés aux éleveurs sur l'évolution des cours des aliments du bétail ; - un mécanisme de transfert d'une part des aides destinées au soutien des céréales vers les productions animales.

Plusieurs élus britanniques (essentiellement d'Écosse et d'Irlande du Nord) ont fait également part de leurs inquiétudes pour ce secteur de l'élevage, notamment James Nicholson (CRE) et Diana Dodds (non inscrite). Les intervenants de la GUE/NGL ont dénoncé en particulier la spéculation de la part des multinationales, qui n'hésitent pas à « extorquer » des terres aux communautés locales, selon les termes du Portugais Joao Ferreira. En parlant au nom du groupe, l'Allemande Gabriele Zimmer s'est demandé pourquoi il est si difficile de tirer les leçons des crises du passé et de lutter contre la faim (éventuellement par des méthodes nouvelles, respectueuses de la « souveraineté alimentaire » de ceux qui cultivent la terre).

Le commissaire Ciolos s'est senti conforté dans ses intentions par les positions des parlementaires. « Il est clair que si on a besoin de plus de production sur le marché, on a besoin d'investissements dans l'agriculture, mais pour que les agriculteurs puissent investir, ils ont surtout besoin de revenus stables pour avoir le courage de faire ce pas », a déclaré le commissaire. Il ressort aussi de ce débat qu'il faut faire en sorte que « notre politique agricole commune et que les politiques agricoles des pays développés soient aussi en phase avec le développement de l'agriculture des pays du Sud et que notre politique de développement et de coopération avec les pays du Sud soit en phase avec la politique agricole commune ». Parallèlement, il faut peut-être aussi revoir les instruments dont dispose la PAC pour « gérer ces situations extrêmes qu'on trouve sur le marché » (tout en laissant le marché jouer son rôle), a dit M. Ciolos. Enfin, il faut aussi peut-être « revoir notre rôle dans la politique agricole et dans la politique de développement et la façon dont nous traitons la question alimentaire à travers différentes politiques: politique commerciale, politique de développement, politique financière ». Peut-être que là aussi, « on a besoin d'une action concertée ». (L.C./L.G.)

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