Bruxelles, 16/02/2011 (Agence Europe) - L'agence Frontex, qui se prépare à envoyer une mission en Italie, a fourni le 15 février sur son site web des indications sur le flux de migrants arrivés depuis début janvier dans le Sud du pays et en particulier ces derniers jours à Lampedusa. Selon Frontex, se basant sur les données des autorités italiennes, 5526 migrants (essentiellement Tunisiens) ont été repérés entre le 1er janvier et le 13 février 2011. Et Lampedusa a été la plus touchée, avec 5031 migrants, dont 3000 Tunisiens entre le 11 et le 13 février. Sur ces 5526 migrants, 5384 étaient des hommes, 34 des femmes et l'on comptait 108 mineurs dont 90 mineurs non accompagnés.
Mardi 15 février à Strasbourg, la commissaire Cécilia Malmström, en charge des affaires intérieures, avait également précisé qu'à ce stade 27 personnes avaient été arrêtées pour trafic d'êtres humains. Ces flux représentent en tout cas un record pour le sud de l'Italie, a rappelé Frontex, ayant déjà connu un pic en 2008 avec 7200 migrants mais cela sur une année.
Mardi, Mme Malmström a promis d'aider l'Italie, notamment via une enveloppe financière qui servira à l'aider à faire face « au logement, aux dépenses de santé ainsi qu'aux frais juridiques » des Tunisiens arrivés ces derniers jours à Lampedusa, la plupart d'entre eux comptant déposer des demandes d'asile. La commissaire a également appelé l'UE à aider la Tunisie, en ciblant davantage son aide sur la création d'emplois sur place.
Une demande soutenue par les députés pour qui il y a urgence. Le Maltais Simon Busuttil (PPE), rapporteur sur Frontex, a ainsi demandé un « véritable Plan Marshall pour la Tunisie (qui devrait, de son côté, contrôler ses frontières) et des mesures de rapatriement lorsqu'elles seront possibles ». Mme Malmström a également dit que la Tunisie devait reprendre les migrants qui n'auraient pas besoin de protection internationale. Mais l'élément-clef pour M. Busutill reste le respect du principe de solidarité entre les États-membres et le partage du « fardeau » en matière d'immigration et d'asile.
L'Allemande Barbara Lochbihler (Verts/ALE) a elle plaidé en faveur d'un nouveau mandat pour Frontex et pour une aide à la Tunisie, afin qu'elle « puisse offrir à ses citoyens des perspectives d'avenir sur place ». L'Italien Mario Mauro (PPE), qui a demandé un Sommet spécial des 27 sur le sujet, a lui estimé que l'UE devait voir plus loin et avoir une vraie stratégie en faveur de la démocratie et de la liberté en Méditerranée, allant au-delà du problème spécifique de l'immigration clandestine. « Faisons donc pour la Méditerranée ce que nous avons su faire pour l'Europe de l'Est », s'est écrié M. Mauro.
D'autres élus, dont Mara Bizzotto (EFD), ont souligné la dimension sécuritaire, le flux de migrants pouvant, selon elle, intéresser essentiellement des criminels ou des terroristes potentiels. Des propos contestés, notamment par Sonia Alfano (ADLE), soucieuse du traitement que pourraient subir les émigrés à leur retour. Car, comme l'a dit Rui Tavares (GUE/NGL), « n'oublions pas que, dans la Tunisie de Ben Ali, il existait une loi selon laquelle l'émigration est un crime ». (S.P./L.G.)