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Bulletin Quotidien Europe N° 10299
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La gestion de l'euro et la gouvernance économique européenne progressent

Un moment fort de la construction européenne. Est-il encore possible de lire sérieusement les commentaires de certains économistes sur les évolutions quotidiennes de l'euro ? J'en doute souvent. Il y a une semaine, plusieurs pays «faibles» de la zone euro devaient se financer sur les marchés pour faire face à des échéances de remboursement, et les super-experts avaient annoncé des opérations difficiles et très coûteuses en prévoyant des désastres (ce mot, je ne l'ai pas inventé, il figurait dans les textes). Rien de ceci n'est arrivé. Notre bulletin en a rendu compte. Mais certains commentaires ont été, en plus, caustiques, en constatant qu'aucun des États demandeurs n'a dû faire face à une pénurie d'acheteurs: tous ont pu emprunter à des taux d'intérêt moins élevés qu'attendu. Voici le commentaire du Monde, c'est-à-dire le journal français le plus cité au niveau international: « Les marchés sont de grands anxieux ; ils sont régulièrement sujets à de grosses crises de panique. Ils gobent la moindre rumeur. Ils attachent de l'importance aux vaticinations des docteurs Folamour et des entrepreneurs de pompes funèbres monétaires qui, à intervalles réguliers, annoncent la mort de l'euro ».

Et ils continuent à le faire. De bonne foi ou pour rendre service à des intérêts spécifiques, ils démontrent par des élucubrations savantes que l'euro va disparaître, en vous laissant le choix entre son abandon par les États membres les plus faibles ou le départ de l'Allemagne elle-même. En fait, l'Eurogroupe est en train de renforcer radicalement les instruments de réponse aux attaques. Il ne faut pas se laisser impressionner si les négociations au sein du Groupe de l'euro n'ont pas abouti dans la semaine qui se termine ; aussi bien son président Jean-Claude Juncker que le commissaire Olli Rehn ont parlé de la possibilité d'un accord le mois prochain. Parallèlement, Michel Barnier met au point la nouvelle série de tests renforcés pour les banques, et la présidence du Conseil annonce qu'elle fera avancer le programme ambitieux d'harmonisation fiscale, couvrant la taxation du secteur financier et celle de l'épargne. De son côté, la Commission a confirmé qu'elle va proposer l'harmonisation de la base imposable (assiette) pour la fiscalité des entreprises, ce qui constitue une initiative réclamée depuis des années. En même temps, la chancelière allemande a confirmé l'intention de faire progresser la coordination économique européenne dans plusieurs domaines. Et comment oublier les initiatives de la Chine et du Japon d'acheter des bons du trésor émis en euros par les États membres les moins solides de la zone ? C'est une construction vaste et complexe, qui n'est même pas égratignée par les doutes artificiels de quelques économistes qui, ayant un jour parié sur l'éclatement de la zone euro, n'ont que l'ambition mesquine de prouver qu'ils ont raison. Je suis convaincu que des évolutions telles que l'appui de la Chine à l'euro et le soutien croissant de l'Allemagne à la gouvernance économique européenne ont une importance bien différente, et que ce moment de négociation au sein de la zone euro (avec le soutien extérieur du Royaume-Uni, parfois réticent mais que Londres en définitive accepte pour rester au cœur d'autres aspects, notamment militaires, des affaires communautaires) sera considéré par les historiens de demain comme un moment fort de la construction européenne.

Limites réelles de la présidence hongroise. Je vais conclure par une allusion au problème hongrois ce tour d'horizon de plusieurs jours sur l'utilité de prendre en considération différents aspects des dossiers d'actualité. Il a été question des relations avec l'Afrique (avec l'exigence de tenir compte des tendances des pays africains mais sans négliger les liens historiques et sentimentaux), de l'attitude de l'UE à l'égard de la Tunisie nouvelle (en évitant de condamner a priori ce qui était acquis), des progrès de la gouvernance économique. Dans ce contexte global, il importe de regarder avec sérénité la présidence hongroise du Conseil. Le peuple hongrois a choisi, avec une majorité écrasante, une majorité de droite ; c'est un fait. Si les hasards du calendrier n'avaient pas attribué à la Hongrie la présidence du Conseil, Viktor Orban aurait développé dans son pays sa politique nationale eurosceptique ; mais son rôle présidentiel a suscité les réactions du Parlement et va l'obliger en pratique à réviser sa loi sur la liberté de la presse, et à annoncer pour l'UE un programme de travail intéressant. Sans oublier que le rôle de chef de gouvernement est de plus en plus réduit au niveau européen; le Sommet a son président stable, la zone euro idem, la politique étrangère aussi ; et les différentes formations du Conseil sont présidées par le ministre compétent. Le Premier ministre, à Bruxelles on ne le verra pas beaucoup. L'aspect délicat concerne les intentions de M. Orban à l'égard des millions de Hongrois qui sont citoyens de pays voisins, suite à des décisions internationales prises il y a presque un siècle, qui avaient leurs raisons à l'époque mais qui aujourd'hui paraissent en partie injustes. C'est un gros problème, mais il n'est pas lié aux six mois de présidence européenne.

(F.R.)

 

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