Bruxelles, 19/01/2011 (Agence Europe) - Les déclarations anti-européennes qui ont résonné, mercredi 19 janvier dans l'hémicycle du Parlement européen, ont « stupéfait » le président de la Commission européenne. José Manuel Durão Barroso a appelé ceux qui, « majoritaires » parmi les eurodéputés, veulent une solution européenne à la crise à ne pas se laisser diviser par les « commentaires nationalistes » ni les « petites différences » d'approche. La plénière du PE débattait de la réponse européenne à la crise de l'Eurozone sur la base des résultats du Conseil européen de décembre.
Barry Madlener (NI, néerlandais) a dénoncé les instruments de soutien financier en place pour la zone euro qui visent à « prendre l'argent aux Néerlandais pour payer les citoyens de pays faibles qui sont entrés dans la zone euro de façon frauduleuse ». Le président du groupe ELD, le Britannique Nigel Farage, a accusé M. Barroso et le président du Conseil européen Herman Van Rompuy de tenter, avec la crise, de s'arroger plus de pouvoirs. « Ce n'est plus l'Union européenne mais l'Union de la dette ! », a-t-il clamé. Il a prôné l'abandon par la Grèce et l'Irlande de l'euro pour favoriser une dévaluation de leur 'nouvelle' monnaie. « Vous vous dites démocrates ? La population est esclave des marchés financiers qui vous mènent par le bout du nez ! », a accusé Joe Higgins (GUE/NGL, irlandais). Mais où étiez-vous quand l'Europe finançait, après la guerre, vos agriculteurs et vos infrastructures, quand l'Europe construisait le marché intérieur pour vendre vos produits ?, a rétorqué M. Barroso, en pointant du doigt leur « égoïsme » et leur « étroitesse d'esprit ». Et d'enfoncer le clou: « L'idée même de discrimination entre États membres est très dangereuse pour le projet européen ». Des mots que l'hémicycle a accueillis par une salve d'applaudissements nourris.
Trop peu trop tard ? Au nom du groupe S&D, le travailliste britannique Stephen Hughes a déploré les résultats maigres et tardifs du Conseil européen. Il n'y a pas eu de réponse constructive à la proposition du PE de créer des euro-obligations, a-t-il déploré. Convaincu que l'intégration se réalise « étape par étape », M. Van Rompuy a rappelé que la crise de la dette avait pris l'UE au dépourvu: « Il n'y avait rien. Nous avons dû inventer les instruments sur le champ ».
Au nom du groupe ADLE, Sylvie Goulard (française) a critiqué les leaders européens qui souhaitent une révision limitée du Traité de Lisbonne pour créer en 2013 le Mécanisme européen de stabilité (ESM) mais « pas pour apporter aux citoyens les réponses qu'ils attendent », en termes d'emplois notamment. Le PE a donné son accord pour travailler, à traité constant, sur la réforme de la gouvernance économique en Europe. « De quoi a-t-on l'air ? », a-t-elle lancé. Rappelant que la Commission considérait possible de créer l'ESM sans modifier le traité européen, M. Barroso a incité ceux qui « voudraient aller plus loin pour développer une approche communautaire » à être « responsables ». Lui emboîtant le pas, M. Van Rompuy a demandé aux eurodéputés de ne pas faire « trop de surenchère pour savoir qui est le plus européen ».
Gouvernance économique. Le débat général a confirmé que, pour le Parlement européen, la gestion de la crise de la dette dans la zone euro et la discipline budgétaire pour ses pays membres doivent aller de pair avec des mesures favorisant la reprise économique. M. Van Rompuy a pour la première fois témoigné d'une certaine flexibilité des États membres sur le niveau d'ambition de la réforme de la gouvernance économique: « Il se peut qu'on doive aller plus loin que ce qu'on a décidé au sein de la 'task force' », a-t-il estimé, sans préciser sa pensée. Les eurodéputés, la Commission et la BCE critiquent notamment la volonté du Conseil qui, sous l'impulsion de l'Allemagne et de la France, veut conserver une marge de manœuvre dans la procédure menant à des sanctions pour les pays de la zone euro qui enfreindraient les règles du Pacte de stabilité et de croissance.
« Personne n'est dupe de la gravité de la situation », a déclaré le président du groupe Joseph Daul (PPE, français). Selon lui, il convient d'assainir les finances publiques nationales, de « faire converger les politiques budgétaires mais aussi fiscales et sociales », de s'entendre sur les instruments européens de sauvetage. Sinon, les pays les plus disciplinés « n'accepteront plus de passer à la caisse », a-t-il prévenu. Et d'exhorter la Commission à faire des propositions ambitieuses sur le prochain cadre financier.
Jugeant « inefficace » la stratégie sur la gouvernance économique, M. Hughes a estimé que l'examen annuel de la croissance, qui marque le début du « semestre européen », constituait « une attaque contre les droits sociaux et les droits de négociation collective » (EUROPE n°10292). Il faut « plus de flexibilité des marché du travail et lever les obstacles aux échanges », a au contraire considéré le Britannique Timothy Kirkhope au nom du groupe CRE. Pour le groupe des Verts/ALE, Rebecca Harms a estimé nécessaire une restructuration du secteur bancaire en Europe. Le Français Jean-Pierre Audy a lui constaté l'absence d'une zone parlementaire de la zone euro. Pour combler ce vide, les parlements nationaux pourraient être inclus dans le contrôle politique des futurs mécanismes à mettre en place. Quant à la Portugaise Ilda Figueiredo (GUE/NGL), elle a constaté une augmentation de la pauvreté en Europe alors que la spéculation sur la dette souveraine enrichit les riches. « Ce n'est pas l'objectif de la zone euro », s'est-elle exclamée, en réclamant plus de relance économique au niveau de l'Union. (M.B.)