Bruxelles, 19/01/2011 (Agence Europe) - Le combat avait été promis; il a commencé à être livré mercredi 19 janvier à Strasbourg au Parlement européen. Comme attendu, lors de la présentation des priorités de la présidence hongroise, le premier ministre Viktor Orban a dû faire face à une salve de critiques sur la nouvelle loi sur les médias. Des critiques émises par tous les groupes politiques au PE, à l'exception du PPE soutenant M. Orban et attendant les résultats de l'analyse de la Commission européenne.
La première mise en cause est d'ailleurs venue de son président, José Manuel Barroso, qui a confirmé que la Commission enverrait à nouveau cette semaine aux autorités hongroises une demande de clarification sur la mise en œuvre de cette loi, transposant la directive sur les services audiovisuels. Le président s'est cependant davantage placé sur le terrain politique en estimant « qu'à côté des seuls aspects juridiques (de l'analyse de la loi, NdlR), il faut aussi se préoccuper des aspects politiques » et s'assurer du « soutien de tous les États membres à la présidence hongroise », certains pays comme la France et l'Allemagne s'étant en effet inquiétés de cette législation. M. Barroso a appelé la Hongrie « à en tenir compte » pour que ce semestre hongrois soit « un succès ».
Les attaques frontales sont logiquement venues des groupes qui, la semaine dernière, avaient demandé une résolution en plénière sur le sujet, les libéraux (ADLE) et les verts, mais aussi du président du groupe S&D, Martin Schulz, paradoxalement opposé à cette résolution mais qui a néanmoins scandé son opposition à cette loi et exigé son retrait. Du côté du groupe ADLE, on a choisi la subtilité, M. Verhofstadt faisant référence à Sandor Maraï, grand écrivain hongrois et journaliste « qui n'aurait jamais pu exister avec cette nouvelle loi » et dont les livres n'auraient pas pu être jugés « adéquats », évoquant ici l'obligation de fournir des informations équilibrées sur les évènements nationaux et européens. Daniel Cohn-Bendit (Verts/ALE) n'a pas hésité à qualifier le premier ministre Orban de « Chavez européen », ajoutant que « les informations équilibrées, ça n'existe pas » et déplorant que le Viktor Orban de 2011 ne soit plus, selon lui, celui « qui a lutté contre les communistes et pour l'expulsion de Jörg Haider (l'ancien leader populiste du FPÖ autrichien) ». Les verts avaient d'ailleurs préparé l'ambiance, en brandissant des unes de journaux censurées et accueillant M. Orban avec des bâillons sur la bouche.
Des attaques peu au goût de M. Orban qui a rappelé que son gouvernement avait toujours été disposé à se plier aux demandes éventuelles de la Commission, même si « nous avons des arguments convaincants ». Viktor Orban s'en est ensuite pris au débat et à « des personnes sérieuses qui ont pris la parole pour dire des erreurs », notamment sur les amendes infligées à des médias qui ne diffuseraient pas des informations jugées adéquates, une disposition qu'il conteste. Mais c'est surtout sur ce qu'il considère comme des attaques contre le peuple hongrois que M. Orban s'est montré le plus ferme, jugeant « inacceptable que des élus mettent en question la démocratie hongroise » et un peuple « qui nous a élus ». Le premier ministre hongrois a encore appelé l'hémicycle à ne pas confondre un débat relevant de la politique intérieure et le débat sur le programme semestriel européen, se disant toutefois « prêt » à affronter ce mélange et assurant aux eurodéputés que le succès de la présidence hongroise « dépendra aussi de vous ». (S.P.)