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Bulletin Quotidien Europe N° 10272
INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/eurogroupe

Pas de nouvelles mesures contre la crise

Bruxelles, 07/12/2010 (Agence Europe) - Les ministres des Finances de la zone euro, réunis lundi 6 décembre entre 17 heures et 22 heures au sein de l'Eurogroupe, n'ont pas jugé utile de prendre à ce stade des mesures supplémentaires pour endiguer la crise financière. Ils se sont montrés divisés sur l'idée d'augmenter le Fonds de secours pour les pays en difficulté ou sur l'opportunité de créer des emprunts obligataires communs.

« Nous n'avons pas de nouvelle décision à vous annoncer », a déclaré à la presse lundi soir Jean-Claude Juncker, le président de l'Eurogroupe. La situation semble s'être quelque peu apaisée, mais les marchés gardent dans leur ligne de mire les pays les plus fragiles, comme le Portugal, la Belgique et l'Espagne.

Face aux craintes de contagion, des ministres des Finances envisagent des options plus radicales. Dont l'idée de créer des « euro-obligations », des emprunts lancés en commun par plusieurs États pour mutualiser les risques et éviter que les pays les plus fragiles ne soient attaqués par les spéculateurs. Jean-Claude Juncker et le ministre italien des Finances Giulio Tremonti ont relancé cette idée lundi dans les colonnes du Financial Times. Mais cette idée est contestée. L'Allemagne, qui jouit des taux obligataires les plus bas en Europe et refuse de payer pour les autres, a fait savoir clairement son opposition. Le ministre autrichien des Finances Josef Pröll a dit avoir une opinion « très, très critique » sur cette question car elle reviendrait, selon lui, à faire payer les pays vertueux pour les pays laxistes. La Commission européenne, elle, a exprimé son scepticisme.

« Nous n'en avons pas discuté », a dit M. Juncker à l'issue de l'Eurogroupe, soulignant que la suggestion des « euro-obligations » « n'était pas vraiment à l'ordre du jour ». Il a cependant défendu son idée « pas aussi stupide que ça en a l'air car il faut voir les détails de l'architecture d'une telle émission d'obligations en euro ». Il a rappelé que c'est en janvier 2005 qu'il avait lancé l'idée du 'semestre européen' (au cours duquel les États membres soumettront à l'examen de la Commission européenne et des pairs leurs projets de budget avant leur adoption définitive par leur parlement national). « Personne n'avait mordu à l'hameçon. Et maintenant c'est un succès. Je pense que c'est le même sort qui attend ces obligations en euro », a pronostiqué Jean-Claude Juncker. Une attitude partagée par M. Tremonti, qui a noté que la proposition n'est pas passée inaperçue: « C'est une idée qui vient de loin et qui va aller loin ».

Les Européens sont apparus divisés sur une autre option à l'étude: des ressources plus élevées pour le Fonds de secours destiné aux pays de la zone euro en difficulté, mis en place au printemps et dont l'Irlande va profiter. Cette Facilité européenne de stabilité financière (FESF) est dotée actuellement de 440 milliards d'euros de garanties de prêts des États de la zone euro, dans le cadre d'un dispositif plus large de 750 milliards d'euros, avec 250 milliards de prêts du FMI et 60 milliards de l'UE.

Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, a appelé à augmenter sa capacité si nécessaire. Et le Fonds monétaire international (FMI) y est aussi favorable. Mais les ministres des Finances ont décidé qu'il n'y avait « pas de nécessité d'agir immédiatement », a dit M. Juncker. « Nous avons attentivement écouté » le directeur de la Facilité européenne de stabilité financière ('European Financial Stability Facility' ou EFSF), Klaus Regling, « et il a dit que pour le moment il n'y avait aucune raison pour d'augmenter le volume de l'EFSF », a dit le président de l'Eurogroupe. Les ministres auraient des opinions divergentes sur l'impact d'une telle mesure sur les marchés. Angela Merkel, la chancelière allemande, a répété lundi qu'elle ne voyait aucune raison de discuter dans l'immédiat d'un relèvement du EFSF. « Injecter des moyens supplémentaires dans le dispositif n'est pas la question du moment », a estimé la ministre espagnole des Finances Elena Salgado. La France aurait des réserves aussi. Le sujet devrait cependant être de nouveau abordé par les chefs d'État et de gouvernement européens lors du Conseil européen des 16 et 17 décembre, à Bruxelles. Les débats sur le volume du EFSF continueront « dans les prochaines semaines », a déclaré mardi 7 décembre le ministre belge des Finances Didier Reynders. « On va continuer le travail. Ce qu'on a fait hier, c'est ne pas prendre encore de décision. Mais il y aura encore des débats sur la manière de concevoir le mécanisme permanent de gestion de crise et peut-être de continuer à débattre sur sa taille, que ce soit pour le mécanisme définitif ou pour le mécanisme transitoire », a-t-il ajouté.

Stabilité financière de la zone euro. « Nous avons discuté en détail le programme qui sous-tend l'aide financière accordée à l'Irlande », a dit Jean-Claude Juncker (voit autre nouvelle). Les ministres espagnol et portugais ont expliqué en détail les mesures prises. « Nous sommes très impressionnés par le programme espagnol de consolidation budgétaire. Nous avons noté que le Portugal est en train de faire de très notables progrès en matière de consolidation budgétaire, et nous avons demandé au Portugal de nous préciser davantage les différentes réformes structurelle que le pays compte entreprendre au cours des mois à venir », a expliqué le président de l'Eurogroupe. Sur la Grèce, la décision sur l'extension de la durée de remboursement des prêts à la Grèce a été reportée au début de l'année prochaine (comme annoncé le 28 novembre dernier).

« Nous avons eu l'occasion de féliciter l'Espagne pour son programme de réforme très complet et substantiel avec des actions sur tous les fronts », a noté Olli Rehn. Le commissaire a relevé, par exemple, l'augmentation de la transparence du système bancaire, la restructuration du secteur des banques d'épargne, la mise en œuvre de nouvelles mesures budgétaires (certaines augmentations d'impôts, et des mesures de privatisation) et des réformes du système des retraites et du marché du travail. Ces mesures devraient aider l'Espagne à parvenir à « atteindre son objectif de déficit public de 6% du PIB l'année prochaine », a estimé M. Rehn.

S'agissant du Portugal, la Commission se félicite du budget 2011 « ambitieux » qui vient d'être adopté. « Nous espérons que cela sera suivi d'un train de mesures de consolidation qui permettra au pays d'atteindre l'objectif d'un déficit public de 4,3% en 2011 et de mesures permettant d'améliorer la stabilité générale de l'économie » du pays.

Gouvernance économique de la zone euro. Pour rappel, le 28 novembre dernier (détails dans EUROPE n° 10266), l'Eurogroupe a marqué son accord sur les grandes lignes d'un mécanisme de gestion de crise, qui s'appellera Mécanisme européen de stabilisation financière ('European Financial Stabilisation Mechanism' ou EFSM). Sur ce point, l'implication du secteur privé dans la résolution des crises, tel que décrit le 28 novembre, « n'est pas une implication ex ante et a priori mais sera basée sur une approche au cas par cas », a tenu à rappeler M. Juncker. Il a ajouté: « Les gouvernements de la zone euro feront tout pour assurer la stabilité financière de la zone euro et nous pensons que la gouvernance économique de la zone euro doit être renforcée et que nous allons voir au cours des travaux menant aux amendements au niveau du droit secondaire dans quelle mesure le mécanisme des sanctions peut être renforcé », a déclaré Jean-Claude Juncker. Par ailleurs, les ministres de la zone euro s'accordent sur la nécessité d'entamer la voie vers une « consolidation financière durable ».

L'examen au sein des différents groupes de travail des propositions de la Commission de septembre dernier sur le renforcement de la gouvernance économique va se poursuivre « et nous verrons au cours de semaines et des mois à venir s'il reste des divergences entre nous et si des petites divergences persistent, nous ferons en sorte en tant que ministres de les aplanir », a conclu M. Juncker sur ce thème.

« Ce qui est le plus important, c'est la prévention. Il est donc très important que nous ayons une bonne discussion au Conseil et avec le Parlement européen sur le paquet législatif de renforcement de la gouvernance économique », a dit Olli Rehn, le commissaire européen aux Affaires économiques. Il s'est dit satisfait de voir que le Conseil et le PE sont déterminés à avancer sur ce paquet de sorte que « nous disposions de nouvelles règles strictes d'ici à l'été prochain ». La crise mondiale a fortement touché l'Europe « car tout n'était pas en ordre chez nous. Voilà pourquoi il nous faut un Pacte de stabilité et de croissance renforcé afin d'éviter des positions budgétaires non durables », a souligné M. Rehn. Il faut aussi étendre la surveillance aux déséquilibres macroéconomiques et faire en sorte qu'il y ait des mécanismes de mise en œuvre plus efficaces, autrement dit « des sanctions plus précoces et plus automatiques en cas de violation des règles ». Il faut aussi que les pays déploient la meilleure position budgétaire possible « afin de respecter les objectifs décidés ».

Facilité européenne de stabilité financière. Le directeur de l'EFSF Klaus Regling a précisé que l'accord (emprunt) avec l'Irlande sera signé « avant Noël ». « Nous sommes en train de préparer le dossier pour le processus de sélection des banques faisant l'objet des premières transactions et nous pensons émettre pour 5 milliards d'euros d'obligations au cours de la deuxième moitié de janvier », a dit M. Regling. De grands investisseurs (les banques centrales, les fonds souverains, les investisseurs) semblent satisfaits de disposer de cette nouvelle possibilité d'investissement « triple A ». Donc, il ne devrait pas avoir de problème sur le financement, a souligné M. Regling. S'agissant des prêts consentis, « j'entends parfois que l'EFSF sera insuffisant pour faire face à l'ampleur des besoins. Or, les besoins pour l'Irlande restent relativement faibles par rapport à la capacité de prêt du EFSF. Pour l'Irlande, c'est beaucoup moins qu'un dixième de la capacité de prêt totale du EFSF. Donc, il y aura suffisamment de ressources restantes pour faire face à d'autres demandes si nécessaire », a rassuré M. Regling.

Discussion avec le FMI. Une discussion a eu lieu avec le président du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn. Il a présenté ses opinions sur l'évolution économique. « Nous sommes largement d'accord sur l'évolution de la croissance économique en Europe. Je n'ai pas noté de différences notables entre l'analyse de la Commission européenne et celle du FMI », a déclaré Jean-Claude Juncker. Et « nous avons conclu avec le directeur du FMI que la priorité devait revenir à une consolidation sage des finances publiques que ne serait pas de nature à gêner la reprise économique », a ajouté le président de l'Eurogroupe.

Nous acceptons largement le bilan économique de la zone euro fait par le FMI, a renchéri Olli Rehn. « Le relance est en cours, elle se déploie. Il est cependant nécessaire de contenir ici où là des feux de brousse pour qu'ils ne se transforment pas en feux de forêts », a commenté le commissaire. (L.C.)

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