Bruxelles, 07/12/2010 (Agence Europe) - L'UE et la Russie ont réitéré leur volonté commune de renforcer leurs relations de « partenaires stratégiques » lors du sommet qui s'est tenu mardi 7 décembre à Bruxelles avec la participation du président russe Dmitri Medvedev. « L'UE et la Russie sont de vrais partenaires stratégiques qui cherchent à trouver des solutions à leurs problèmes communs », a commenté le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, devant la presse après le sommet. « Notre partenariat n'est pas une phrase vide. En tant que bons amis, nous discutons de tous les sujets, ceux sur lesquels nos avis convergent mais aussi ceux sur lesquels nos positions divergent », a déclaré le président de la Commission, José Manuel Barroso. Dmitri Medvedev a souligné l'importance d'une étroite coopération entre Européens et Russes, par exemple pour combattre la crise économique et financière mondiale ou lutter contre le changement climatique. Sur ce dernier point, il a assuré que la Russie voudrait que les négociations internationales en cours à Cancún aboutissent à un « accord juridiquement contraignant ». Après la période de sécheresse et les incendies de forêts autour de Moscou, l'été dernier, même les plus sceptiques en Russie ont compris que le changement climatique est un danger réel qui nécessite des actions efficaces immédiates, a dit le président russe.
Lors de la conférence de presse finale, M. Medvedev a aussi été interrogé sur la crise de la zone euro. Oui, la Russie est « évidemment préoccupée » par les récents développements et suit « de très près la situation en Grèce, Espagne, Portugal, Irlande et autres », a dit le président russe. Moscou estime néanmoins que l'UE a pris des « mesures saines, raisonnables et cordonnées » pour répondre à ces problèmes.
Le résultat le plus concret du sommet concerne l'adhésion de la Russie à l'OMC. Les deux parties ont en effet signé mardi le memorandum of understanding qui formalise l'accord bilatéral UE/Russie conclu le 24 novembre dernier sur l'adhésion russe à l'OMC (EUROPE n°10264). Il est désormais « réaliste » d'envisager l'entrée de la Russie en 2011, ce qui va « renforcer les règles du commerce et les investissements en Russie », s'est félicité José Manuel Barroso. « Il s'agit vraiment d'un tournant. Les questions bilatérales difficiles entre nous ont été réglées », a-t-il dit. Reste encore à finaliser la partie multilatérale des négociations à Genève. L'adhésion de la Russie à l'OMC aura aussi un impact positif sur les négociations en cours sur un nouvel accord de partenariat renforcé entre l'UE et la Russie, a souligné M. Barroso. M. Van Rompuy n'a pas souhaité mentionner de date butoir pour l'adhésion russe mais il espère qu'elle aura lieu « le plus rapidement possible ».
Visas. Les dirigeants européens et russes ont pris note des progrès réalisés lors du dernier Conseil de partenariat permanent UE/Russie au niveau des ministres de la justice le 19 novembre dernier quand les deux parties se sont mises d'accord sur une approche et une méthodologie pour identifier, ensemble, les prochains pas à faire vers une éventuelle suppression des visas (EUROPE n°10260). Le sommet a encouragé les experts à poursuivre le travail sur ces 'commons steps' dans la perspective d'arrêter une date à laquelle les visas pourraient effectivement être abolis. « Nous ne disons pas que la suppression des visas aura lieu bientôt mais le processus est lancé », a dit M. Barroso. Il a aussi insisté sur le fait que des conditions strictes devront être remplies par la Russie. « Il n'y aura pas d'automaticité », a souligné le président de la Commission.
Partenariat pour la modernisation. Ce nouveau partenariat lancé lors du dernier sommet en juin à Rostov, à l'initiative de M. Medvedev, aura des « conséquences tangibles pour nos sociétés et nos citoyens » car il touchera à la fois à l'économie et la transformation technologique mais aussi au renforcement de l'État de droit et la modernisation de nos sociétés, s'est félicité M.Van Rompuy. M. Medvedev a confirmé devant la presse que, pour lui, le Partenariat pour la modernisation ne doit pas se limiter aux « transformations technologiques » mais aussi porter sur la réforme des « institutions politiques ». À côté de cette coopération approfondie avec l'UE, la Russie entend aussi poursuivre et intensifier ses bonnes relations bilatérales avec les pays membres de l'UE et conclure des accords séparés, comme elle l'a encore récemment fait avec l'Italie et la Pologne, a expliqué M. Medvedev. Ces relations bilatérales peuvent être parfaitement « complémentaires » par rapport aux relations UE/Russie, estime-t-il. Cela concerne aussi la coopération énergétique avec l'Europe que Moscou souhaite garder « multi-facettes » et « pragmatique ».
Droits de l'Homme. Le sujet a été évoqué par M. Van Rompuy au cours des discussions. L'UE et ses citoyens sont « préoccupés » de la situation des défenseurs des droits de l'Homme en Russie et en particulier dans la région du Caucase du Nord, a-t-il dit. L'UE salue l'engagement de M. Medvedev dans ce domaine mais demande au président russe de « traduire ses déclarations d'intention en actions », a-t-il souligné.
Voisinage commun. La Transnistrie, le Nagorny-Karabakh et la Géorgie ont été, entre autres, discutés sous ce chapitre. Tous ces conflits sont une menace pour la stabilité et la sécurité « à la fois de l'UE et de la Russie », a estimé M. Van Rompuy, soulignant que l'UE était « activement engagée » à trouver des solutions durables et pacifiques. Sur la Géorgie, M. Van Rompuy a plaidé pour une présence « significative » de l'OSCE sur le terrain. Il a aussi insisté sur le respect par la Russie des accords conclus l'été 2008 qui ont mis un terme à la guerre. (H.B.)