Bruxelles, 29/11/2010 (Agence Europe) - Agir ensemble pour renforcer l'investissement, la croissance économique et la création d'emplois. En pleine crise économique et financière mondiale, les ambitions sont grandes au troisième Sommet UE/Afrique qui s'est ouvert lundi à Tripoli entre 80 chefs d'État et de gouvernement des deux seuls continents liés depuis 2007 par un partenariat stratégique (EUROPE n° 10265 et 10264). La volonté de passer à la vitesse supérieure pour consolider ce partenariat et le rendre plus à même de répondre aux défis d'intérêt communs devrait déboucher mardi sur l'adoption de la déclaration de Tripoli et du deuxième plan d'action 2011-2013.
La déclaration de Tripoli dira l'engagement des deux parties à promouvoir le secteur privé et l'intégration régionale en tant que moteurs de la croissance économique inclusive et durable et de l'emploi. Les dirigeants européens et africains diront leur volonté commune de mobiliser leurs efforts concertés pour la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement. En cette année africaine de la paix et la sécurité, ils diront aussi l'importance cruciale qu'ils attachent aux efforts de prévention des conflits, de réconciliation et de reconstruction post-conflit. Ils s'engageront à s'attaquer conjointement aux crises en Afrique, en particulier au Soudan et en Somalie, et à poursuivre leur coopération sur la base de valeurs et d'objectifs communs au service de la bonne gouvernance, la démocratie et l'État de droit, la lutte conjointe contre l'impunité et la protection des droits humains sur les deux continents. Leur volonté d'améliorer leur coopération dans les enceintes internationales aussi bien à l'ONU, qu'au G8 et au G20, et de renforcer leur dialogue politique sera également consignée.
Accroc climatique. Si les partenaires parviennent à s'entendre sur des objectifs communs pour la conférence climatique internationale qui s'est ouverte le même jour à Cancún (COP16, 29 novembre-10 décembre), le troisième sommet UE/Afrique adoptera aussi une déclaration politique commune sur le changement climatique. Rien n'est sûr toutefois car, au premier jour du sommet, les Africains ont refusé de se rallier au projet sur la table. Le texte soulignait l'importance de s'appuyer sur les résultats de Copenhague, de respecter les engagements de financement en faveur des pays en développement et la volonté des deux parties de coopérer pour parvenir à un régime post-2012 ambitieux. Les Africains ont estimé que le texte, rédigé par les Européens, ne reflétait pas leurs priorités.
Un partenariat d'égal à égal. À l'ouverture du sommet, Herman van Rompuy, président permanent du Conseil européen, a rappelé que « désormais, l'objectif est un partenariat fort entre égaux, au-delà des modèles établis et des ordres du jour limités. Désormais, il existe également un engagement à traiter les questions globales qui nous concernent tous et à impliquer les parlements et la société civile ». Pour donner la mesure des enjeux mobilisateurs, il a ajouté: « L'Union européenne et l'Afrique sont appelées à collaborer et à saisir les opportunités offertes par notre potentiel combiné énorme. (…) Mais nous faisons face également à de grands défis. Les conflits armés continuent à menacer, voire à détruire le progrès dans plusieurs pays. L'insécurité, le terrorisme et les menaces internationales ne se limitent plus à quelques régions spécifiques mais sont alimentés par des réseaux en Afrique et en Europe. La pauvreté prive des millions d'hommes et de femmes d'une vie digne malgré les progrès qui ont été réalisés les dernières années. Le sommet de Cancún sur le changement climatique, qui s'ouvre dans une semaine, nous rappelle d'autres défis mondiaux ».
Un pavé de Kadhafi dans la mare. En écho, Mouammar Kadhafi, président du pays hôte, cité par l'AFP, a lancé un pavé dans la mare en exprimant sa conception du « partenariat d'égal à égal », qui soit « basé sur l'intérêt mutuel et non sur l'exploitation ». Et de se lancer dans une attaque en règle contre l'OMC, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, qualifiés d'organisations « terroristes » qui « ont détruit l'Afrique ». Appelant à la « suppression de l'OMC », dont le seul souci est « d'ouvrir nos frontières aux marchandises extérieures pour détruire toutes nos industries », il a appelé à l'octroi d'une siège permanent tant à l'UE qu'à l'Union africaine au sein du Conseil de sécurité de l'ONU.
Le partenariat UE/Afrique en a pris également pour son grade. Le colonel Kadhafi a en effet estimé que « Nous avons échoué dans notre partenariat économique. Nous nous sommes occupés de la politique, et nous avons laissé l'économique de côté. L'Afrique a besoin d'économie, pas de politique ». Brandissant la menace d'autres alliances possibles, il a ajouté: « Si l'Afrique échoue dans son partenariat avec l'Europe, elle a d'autres alternatives », comme l'Amérique latine, la Chine et l'Inde: « des pays et des régions qui respectent nos régimes, et n'interviennent pas dans nos affaires intérieures ».
Chantre de l'Afrique continentale, il appelé l'UE à cesser de morceler l'Afrique en traitant avec des groupements régionaux, comme elle le fait avec la négociation des accords de partenariat économique (APE). Selon Kadhafi, la négociation laborieuse de ces APE qu'aucune région africaine n'a encore conclu, loin de favoriser le développement économique et agricole de l'Afrique, a «conduit au contraire à une baisse du niveau de vie et des exportations des pays africains vers l'Europe ». (A.N.)