login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 10266
Sommaire Publication complète Par article 40 / 41
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 893

*** LAURENT MALO: Autonomie locale et Union européenne. Établissement Emile Bruylant (67 rue de la Régence, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5129842 - fax: 5119477 - Courriel: jean@bruylant.be - Internet: http://www.bruylant.be ). Collection « Droit de l'Union européenne », n° 17. 2010, 719 p., 120 €. ISBN 978-2-8027-2617-3.

Qu'une thèse de doctorat fasse l'objet, lorsqu'elle est publiée, d'une préface élogieuse de la part de celui qui l'a dirigée peut, de prime abord, paraître suspect: après tout, la gloire d'une soutenance réussie rejaillit quelque peu sur celui qui a conduit l'étudiant à bon port. Toutefois, dans ce cas, l'éloge est à ce point appuyé qu'il ne peut être de simple opportunité: le Pr. Henri Labayle est réellement impressionné par la quête scientifique de Laurent Malo, par son analyse substantielle du principe de l'autonomie dans ses rapports avec l'Union européenne. Au point de conclure son propos en exprimant le souhait « que l'Université française lui fasse la place qui doit être la sienne à la lecture d'un travail qui honore la recherche française en Europe ».

Comme cette thèse a aussi été couronnée, en 2009, du prix Henri Teitgen, du prix Gustave Bazille de l'Académie de législation et du prix du mérite du Comité des régions, force est d'admettre que ce travail sort, en effet, de l'ordinaire. De prime abord, pourtant, le sujet paraît aride. Près de soixante années de construction européenne ont-elles laissé intact le pilier de l'organisation des États qu'est le principe de l'autonomie des collectivités qui le composent ? Indifférence, encouragement ou hostilité ont-elles nourri les relations inévitables qu'entretiennent les niveaux infra- et supra-étatiques d'administration des grandes politiques publiques ? La recomposition du cadre de l'action publique entraînée par les progrès de l'intégration communautaire a-t-elle eu des effets conséquents sur l'action de collectivités territoriales et, dans l'affirmative, lesquelles ? Ces questions, qui sont au cœur de l'ouvrage, ne sont pas de nature à interpeller grand monde en dehors du monde des juristes spécialisés. Par contre, les réponses que leur apporte Laurent Malo seront, elles, considérées comme de véritables bombes par certains responsables politiques. Au fil des pages, résume le Pr. Labayle, il montre que « la relation de l'Union avec les collectivités territoriales est manifestement déséquilibrée », tant il est vrai qu'il met scientifiquement en pièce l'idée reçue selon laquelle « la construction européenne contraindrait l'État à la fois par le haut mais aussi par le bas en raison de la montée en puissance des collectivités territoriales qu'elle favoriserait ».

Remettre en cause les idées reçues caractérise une bonne thèse, selon le préfacier, pour autant toutefois que la contestation soit fondée sur des arguments scientifiques crédibles. Tel est bien le cas en l'occurrence. Avec un grand souci de méthode et une volonté pédagogique salués avec raison par les membres de son jury, Laurent Malo aborde son sujet de manière neutre: il refuse la spéculation de ceux qui espéraient de la construction européenne qu'elle affaiblirait « l'hydre étatique » tout autant qu'il s'interdit d'emprunter les portes ouvertes par ceux qui craignent que l'Union porte un regard intéressé sur l'organisation locale de ses États membres. Il l'appréhende aussi en refusant de l'aborder par le biais de la seule relation entre l'Union et les collectivités, jugeant qu'il ne pouvait occulter le rôle des États en cette affaire. En triturant ce triptyque, il révèle notamment que les collectivités territoriales utilisent peu l'Union européenne pour accroître leur marge de manœuvre vis-à-vis de l'État auquel elles appartiennent - même si ce constat doit être nuancé selon les pays, tant il est vrai que la France n'est pas, par exemple, la Belgique. Il montre aussi que l'Union, de son côté, répugne à s'avancer sur ce terrain sensible au-delà des discours convenus, s'étant en tout cas bien gardée de dépasser le cadre voulu par les traités. Il montre surtout - et c'est la révélation principale - que les États membres, eux, ont immédiatement compris le bénéfice qu'ils pouvaient tirer d'un appui sur l'Union: « Leur domination du système communautaire leur donne en effet le moyen de canaliser les potentialités de l'autonomie locale et de parvenir à leurs fins. L'autonomie locale apparaît dès lors comme instrumentalisée et contrariée dans le cadre de l'Union », résume le Pr. Labayle. Voilà qui n'avait jamais été dit aussi clairement et qui, à n'en pas douter, fera grincer bien des dents.

Pierre Bouvier

*** JEAN ANTOINE GIANSILY: Chroniques slovaques. Colonna Édition (La maison bleue, Hameau de San Benedetto, F-20167 Alata. Tél./fax: (33-4) 95253067 - Courriel: colonnadistria.jj@wanadoo.fr - Internet: http://www.editeur-corse.com ). 2010, 158 p., 17 €. ISBN 978-2-915922-41-7.

Ce petit ouvrage est parfaitement atypique et résolument jouissif. Atypique, il l'est par le parcours et la liberté de ton de son auteur. Philosophe et économiste de formation, ce Corse disciple d'Antoine Pinay débute sa carrière au ministère des Finances, avant d'entrer en politique et d'être élu à Paris dans la mouvance de Jacques Chirac. Voilà qui lui vaudra de siéger au Parlement européen de 1995 à 1999, avant de rentrer à Paris dans l'équipe municipale… qu'il quitte bien vite, « écœuré » par les pratiques politiques. Redevenu conseiller au ministère des Finances, il part en poste à Istanbul puis à Bratislava où il a le bonheur d'accompagner les efforts de la Slovaquie afin de rejoindre la zone euro. Ces efforts, il les commente aussi dans les éditoriaux qu'il publie dans « Nouvelles de Slovaquie », la publication mensuelle de la Mission économique française. C'est là que l'affaire devint jouissive car ces éditos, réunis dans cet ouvrage, appellent un chat un chat. On ne compte pas les passages où Giansily stigmatise allègrement les « cabinets aussi onéreux qu'anglo-saxons » qui ont œuvré plus en faveur des banques que d'une adhésion de la Slovaquie à la monnaie unique. En décembre 2005, il consacrait aussi un « papier » au débat sur les perspectives financières 2007-2013, le voulant assassin pour les « partenaires britanniques, qui voyagent gratuitement dans le train communautaire depuis 1983, grâce au chèque donné généreusement à Margaret Thatcher pour lui permettre de faire face à des difficultés passagères »… Et ce vice-président du Centre international de formation européenne de rappeler alors que sans budget conséquent, il ne peut y avoir de Politique agricole commune ou de solidarité avec les moins bien nantis. Un propos de pleine actualité !

(MT)

*** ROCH HANNECART: Le dernier carré. Les charbonniers belges, libres entrepreneurs face à la CECA (1950-1959). Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: pie@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Euroclio », n° 51. 2010, 392 p., 40,50 €. ISBN 978-90-5201-574-3.

Résultat de six années de recherches menées dans le cadre d'un doctorat auprès du département d'histoire et civilisation de l'Institut universitaire européen de Florence, cet ouvrage invite à s'immerger dans les causes d'un drame industriel dont la Belgique porte encore les stigmates: des centaines de terrils sont là pour rappeler que les charbonnages ont fait la fortune de ce petit pays né en 1830, contribuant même largement à le hisser parmi les principales puissances industrielles à l'aube du siècle précédent. Ces plaies témoignent aussi de l'ampleur du drame qui frappa le secteur au cours des années 50, tant il est vrai que ce colosse du charbon avait aussi des pieds d'argile avec ses mines vieillissantes, les plus anciennes et les plus profondes d'Europe, donc pas les plus rentables. C'est aussi l'histoire d'un patronat charbonnier belge qui, jusqu'au bout, mena une lutte quasi obsessionnelle pour conserver intact le statut d'entrepreneurs libres et indépendants, sans intervention de l'État dans ce secteur stratégique: « En plus d'être des ingénieurs réputés, ils se vantaient d'être, par le caractère privé de leurs mines, les derniers spécimens d'une espèce en voie de disparition dans l'Europe de la CECA », explique l'auteur. C'est enfin l'histoire de la mise en place, après la Déclaration Schuman, de la Communauté européenne du charbon et de l'acier que les patrons belges, tout à la défense de leur indépendance et de leurs prérogatives, combattirent tant qu'ils le purent, même si le régime d'aide transitoire mis en place afin que le secteur houiller belge adapte sa production aux nouvelles conditions du marché tempéra en fin de compte leur hostilité. En 1958, ce régime prit fin, alors même que le marché mondial du charbon, notamment sous les coups de boutoir des produits pétroliers, entrait dans la plus grave crise de son histoire. C'est l'histoire de cette tragédie qui se trouve contée par le menu et de manière scientifique dans ces pages qui éclairent comment « à la fois l'aveuglement et la persévérance des acteurs, publics ou privés, semblent avoir poussé un secteur entier tout droit à la ruine », en enfonçant « certaines régions du sud de la Belgique dans un retard structurel, encore manifeste aujourd'hui ».

(MT)

*** BENOIT MAJERUS, SONJA KMEC, MICHEL MARGUE, PIT PEPORTE (sous la dir. de): Dépasser le cadre national des « lieux de mémoire » - Nationale Erinnerungsorte hinterfragt. Innovations méthodologiques, approches comparatives, lectures transnationales - Methodologische Innovationen, vergleichende Annäherungen, Transnationale Lektüren. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Comparatisme et Société », n° 9. 2009, 274 p., 34,90 €. ISBN 978-90-5201-561-3.

En 1994, Pierre Nora avait, le premier, parlé des « lieux de mémoire ». Depuis, ce concept a fait son petit bonhomme de chemin. D'abord, alors que l'historien français en avait fait une spécificité hexagonale, le concept a été récupéré dans d'autres États ou régions, du Danemark à la « Grande Région » Saar-Lor-Lux en passant par l'Allemagne de l'Est, au Québec ou à la Lorraine, au point même de très vite en inciter certains à traiter la question des « lieux de mémoire » à l'échelle de l'Europe elle-même. Cette européanisation, voire cette « universalisation », s'est opérée, entre autres, par des regards croisés ou élargis portés sur des lieux jadis conçus dans leur seule portée nationale (Verdun) et par une prise de conscience d'un « héritage » mémoriel universel (Auschwitz). Le champ s'est également ouvert au-delà des seuls historiens lorsqu'il s'est agi de traiter les questions de « mémoire collective » et de « culture mémorielle ». Dix ans après la naissance du concept, des universitaires luxembourgeois ont lancé un projet de recherche sur les lieux de mémoire au Luxembourg et organisé, dans ce cadre, un colloque afin de le confronter à des réflexions concernant des espaces mémoriels plus vastes. Ainsi que l'explique l'historien Michel Margue, doyen de la Faculté des Lettres, des Sciences humaines, des Arts et des Sciences de l'éducation de l'Université du Luxembourg, le but était notamment de vérifier si « les cultures mémorielles des différents États européens se rapprochent de plus en plus par une ouverture à la perspective européenne, un phénomène beaucoup plus puissant que l'instauration de symboles, commémorations ou musées européens ou alors la sacralisation de personnalités historiques européennes par en haut ». Tout comme le colloque dont il rend compte, ce livre - qui comprend des contributions en français, en anglais et en allemand - est divisé en trois sections. La première voit les réflexions méthodologiques d'historiens être confrontées aux débats qu'animent les sociologues, linguistes, littéraires, historiens d'art, philosophes, etc. Dans la deuxième partie, les auteurs analysent l'écriture historiographique de lieux de mémoire « nationaux » dans les différentes cultures scientifiques nationales aux fins de comparaisons. Enfin, la dernière partie est consacrée spécifiquement aux lieux de mémoire européens et/ou transnationaux, les auteurs cherchant notamment à discerner comment ils se construisent et en quoi ils sont différents des lieux de mémoire nationaux.

(PBo)

*** KAI-OLAF LANG: Postkommunistische Nachfolgepartein im östlichen Mitteleuropa. Erfolgsvoraussetzungen und Entwicklungsdynamiken. Nomos Verlagsgesellschaft (3-5 Waldseestrasse, D-76530 Baden-Baden. Tél.: (49-07221) 2104-0 - fax.: 2104-27 - Courriel: nomos@nomos.de - Internet: http: //http://www.nomos.de ).Collection « Internationale Politik und Sicherheit ». 2009, 359 p., 59 €. ISBN 978-3-8329-3642-6.

Après la chute du mur et du rideau de fer, les partis politiques issus du régime communiste ont continué à exister dans les pays d'Europe centrale et de l'est. Aujourd'hui, force est toutefois de constater qu'aucun de ces partis n'est au pouvoir dans les pays de la région. Sur la base de ce constat, l'auteur de cet ouvrage s'interroge sur les causes de ce régime d'opposition forcé pour les partis communistes dans un environnement postcommuniste. Dans un premier temps, Kai-Olaf Lang analyse cette situation à l'aide de différentes hypothèses, notamment celles de l'accès aux ressources financières ou de l'héritage laissé par le passé communiste. La suite du livre est essentiellement une analyse des différentes situations nationales, l'auteur passant en revue les évènements en Pologne, en République tchèque, en Slovaquie, en Hongrie et en Slovénie avant de produire une analyse comparative des différentes situations rencontrées par les partis héritiers du régime communiste. Dans les conclusions, il cherche à voir si l'avenir pourrait leur réserver une montée en puissance électorale ou, tout au contraire, une poursuite de leur descente en désuétude.

(JD)

*** KORINE AMACHER, LEONID HELLER (sous la dir. de): Le retour des héros. La reconstruction des mythologies nationales à l'heure du postcommunisme. Éditions Academia Bruylant (29 Grand Place, B-1348 Louvain-la-Neuve. Tél.: (32-10) 452395 - fax: 454480 - Courriel: promotion@academia-bruylant.be - Internet: http://www.academia-bruylant.be ). Collection « Publications de l'Institut européen de l'Université de Genève », n° 6. 2010, 276 p., 27 € (Belgique, France) ou 29 €. ISBN 978-2-87209-958-0.

En ces temps où la paix et la démocratie prévalent un peu partout en Europe, les héros sont fatigués. Pourtant, on en a toujours grand besoin. La preuve par les pays postcommunistes où la quête de la nouvelle identité et la légitimation du nouveau pouvoir se sont appuyées sur la réécriture du passé et, partant, sur la réinvention des héros - fondateurs, protecteurs, découvreurs, inspirateurs… Le but d'un colloque organisé voici trois ans sous les auspices de l'Institut européen de l'Université de Genève et de la section de langues slaves de l'Université de Lausanne a précisément été de cerner et comprendre cette « réappropriation de l'histoire » au moyen de l'héroïsation ou de la deshéroïsation de figures anciennes ou récentes considérées, à l'échelle d'une population déterminée, en tant qu'incarnation de contenus politiques ou culturels, positifs et négatifs. Les contributions couvrent tout à la fois les espaces centre-européens avec la Hongrie, la Pologne et la République tchèque, ainsi que les espaces ukrainien et russe, soit autant de « pays dont les lectures actuelles de l'histoire sont à la fois contradictoires et très chargées symboliquement ». Les Actes de ce colloque de nature pluridisciplinaire composent cet ouvrage d'une grande érudition et qui permettra, à l'évidence, d'un peu mieux comprendre une partie de l'Europe qui reste encore largement de l'autre côté d'un mur mental pour beaucoup de citoyens de « l'ancienne Europe ».

(MT)

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNÉE POLITIQUE
INFORMATIONS GÉNÉRALES
INTERPENETRATION ECONOMIQUE
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE