Bruxelles, 09/11/2010 (Agence Europe) - La réunion conjointe entre eurodéputés et parlementaires nationaux s'est achevée, mardi 9 novembre, sur un constat: les parlements européen et nationaux doivent coopérer étroitement pour optimiser les efforts déployés pour sortir l'Europe de la crise économique et financière (EUROPE n°10252). « Nous faisons face à des défis extrêmement difficiles et nous ne réussirons pas si nous n'agissons pas ensemble », a exhorté José Manuel Durão Barroso, convaincu qu'« une approche conjointe pour faire face à la crise » est possible. Au cours du débat de clôture de l'événement ont été abordés des thèmes comme la réforme de la gouvernance économique, le rôle des banques dans l'économie, la relance du marché intérieur et la coordination des politiques fiscales.
Sur la gouvernance économique, M. Barroso a essayé de rassurer certains députés nationaux qui craignent une diminution de leurs prérogatives budgétaires avec la création du « semestre européen » dès 2011 (EUROPE n°10209). Selon cette nouvelle procédure visant à renforcer la coordination des politiques économiques nationales, un État membre présentera, chaque premier semestre au Conseil ÉCOFIN et à la Commission, les grandes lignes de son budget pour l'année suivante avant que le parlement national ne le vote. Un tel exercice vise à accroître les capacités de tous les acteurs, a affirmé M. Barroso.
Le président en exercice du Conseil de l'UE Yves Leterme a rappelé que, dans le cadre du « semestre européen », chaque pays présentera simultanément son programme de stabilité et de croissance prévu dans le Pacte du même nom et son programme national de réformes prévu par la stratégie « EUROPE 2020 ». « Il faut mettre les deniers publics au service de la croissance », a-t-il déclaré. Dans ce cadre, les assemblées nationales pourront aussi « suivre les progrès réalisés » par leur État membre, a estimé M. Barroso. Interrogé par le député français M. Caresche sur l'idée d'Alain Lamassoure (PPE, français) de convoquer une conférence informelle des commissions nationales budgétaires, il a en revanche prôné la prudence face à la tentation d'autres mécanismes alors que le système décisionnel prévu par le traité est « parfois lourd et très lent ».
Le président de la Commission a évoqué les résultats du Conseil européen qui soutient « dans les grandes lignes » le paquet législatif renforçant le Pacte de stabilité et de croissance que l'institution européenne a présenté fin septembre (EUROPE n°10225). Nous avons besoin d'un mécanisme permanent de gestion de crise pour les pays de la zone euro sur lequel la Commission est en train de plancher, a-t-il ajouté. Conscient que rouvrir le Traité de Lisbonne équivaut à ouvrir « la boîte de Pandore », il a rappelé qu'une modification « chirurgicale » du traité sera quand même effectuée pour mettre cet instrument en place d'ici 2013. Un calendrier qu'il a d'ailleurs jugé « possible si tout le monde apporte sa contribution ». Une telle révision institutionnelle a été décidée malgré les réticences de plusieurs États membres sous l'insistance de l'Allemagne qui craint que sa cour constitutionnelle ne remette en cause un mécanisme permanent de gestion de crise qui serait mis sur pied à traité constant (EUROPE n°10247). « Sans l'Allemagne, il n'y aurait pas un tel mécanisme. C'est une réalité incontournable », a-t-il considéré, n'y voyant pas « un caprice » de sa part.
Banques. Plusieurs participants ont fortement critiqué l'attitude du secteur bancaire. « La crise est le fait des banques et maintenant elles en profitent », a dénoncé la députée lituanienne Birutë Vësaitë. « Les banques sont les grandes gagnantes de cette crise », a renchéri Robert Lugar. Selon lui, les banques font des profits de 10% en spéculant avec l'argent que leur prête la BCE à un taux de 1% alors qu'elles devraient l'utiliser pour accroître le financement de l'économie. À quoi sert de respecter le Pacte de stabilité si celui-ci conduit à accroître le chômage ? a lancé Ilda Figueiredo (GUE/NGL, portugaise). En réponse à ces critiques, M. Leterme a espéré un accord rapide sur la création d'un prélèvement bancaire.
Le débat sur le type de croissance et d'emplois que l'on souhaite dans l'Europe de demain a mis en exergue l'importance, pour la réalisation de la stratégie UE 2020, que cette dernière ait une dimension sociale, qu'elle prenne en compte l'agenda social. Le modèle social doit être garanti et consolidé tout comme la responsabilité sociale des entreprises. Il faut stimuler le taux d'emploi des jeunes et des plus de 50 ans, qui constituent un potentiel pour les entreprises. L'économie verte doit renforcer la cohésion et ne pas entraîner des coûts pour les entreprises. Il faut être à l'écoute des entreprises et de leurs nouveaux besoins. Il faut un équilibre entre durabilité sociale et durabilité financière.
Le président de la Commission José Manuel Barroso a rappelé la crainte qu'ont les Européens de perdre leur emploi ou de ne pas en trouver un. « La crise a mis à l'épreuve notre solidarité mais nous avons surpassé cette situation ». À propos de la stratégie UE 2020, M. Barroso a noté que « dans l'UE, on la voit comme un avenir inclusif, une vision commune à laquelle doivent prendre part les gouvernements nationaux et le Parlement européen. Nous avons besoin de vous pour promouvoir vos projets et mettre en place des réformes vectrices de croissance. La stratégie est la bonne voie mais nous avons besoin de nouveaux instruments. Notre économie est une économie sociale de marché qui s'attache aux plus faibles. Il ne faut pas renoncer à nos valeurs d'intégration sociale », a ajouté M.Barroso. (M.B./G.B.)