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Bulletin Quotidien Europe N° 10247
CONSEIL EUROPÉEN / (eu) conseil europÉen/climat

L'UE garde le cap pour Cancún, aux autres économies majeures de s'engager aussi

Bruxelles, 29/10/2010 (Agence Europe) - Sur le front du changement climatique, rien de nouveau sous le soleil. L'UE entend bien garder le cap pour la conférence mondiale de Cancún (COP16, Mexique, 29 novembre- 10 décembre), en tant qu'étape cruciale vers la conclusion d'un accord global et juridiquement contraignant, mais il faut que les autres économies majeures s'engagent, elles aussi. L'urgence de s'attaquer efficacement à ce problème justifie cette exigence.

En deux temps trois mouvements, les chefs d'État et de gouvernement des 27 ont confirmé, vendredi à Bruxelles, le niveau d'ambition et l'offre conditionnelle de l'UE, tant pour son objectif de réduction des émissions à l'horizon 2020 que pour une deuxième période d'engagements du Protocole de Kyoto, au-delà de 2012. La chose était entendue et n'a pas donné lieu à un débat (EUROPE n° 10246). Gouvernance économique oblige, le sujet n'a quasiment pas été commenté par les dirigeants européens devant la presse. À Cancún, c'est d'une seule voix que l'UE et ses États membres se feront entendre. Après l'échec de Copenhague, les 27 y sont résolus.

De l'ambition sous conditions. « La volonté des 27 d'adresser un message fort à tous les partenaires de l'UE » qui a guidé la partie des travaux dédiée aux relations extérieures vaut aussi bien « pour le débat climatique global », a souligné Herman Van Rompuy, le président permanent du Conseil européen.

Et cela tient en peu de mots: « L'UE se tient prête, avec une approche ambitieuse pour ce qui concerne les émissions, pour autant que les autres émetteurs majeurs assument aussi leurs responsabilités ».

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a précisé les choses en insistant sur la volonté de l'UE que Cancún débouche sur « un jeu équilibré de décisions concrètes pour conserver l'élan et mettre sur pied un cadre global permettant de contenir la hausse moyenne des températures en dessous de 2 degrés Celsius ». Et s'il concède que « les négociations seront difficiles », il assure que l'UE « fera son maximum pour garder en vie cet objectif », car « nous croyons qu'il peut être atteint ».

Le passage de l'offre européenne de 20% à 30% d'ici à 2020 est toujours subordonné à des engagements comparables des États-Unis et des pays émergents, et à des actions adéquates des pays en développement pour limiter la croissance de leurs émissions. Pour l'heure, les conditions de ce passage ne sont pas remplies. La situation sera revue à la lumière des résultats de Cancún, et les options envisageables pour franchir le saut seront dûment examinées. Il appartiendra au Conseil européen de revenir sur cette question d'ici au printemps 2011.

Quant à l'ouverture dont fait preuve l'UE à l'égard d'une éventuelle prolongation du Protocole de Kyoto, elle dépendra, elle aussi, des engagements des économies majeures, mais en outre de la capacité effective de la communauté internationale à préserver l'efficacité environnementale de cet instrument, en comblant ses actuelles faiblesses. Ces failles tiennent à la possibilité de revente des surplus d'air chaud (les fameux 'AAU': assigned amount units en anglais) au-delà de 2012 et à l'absence de règles robustes pour comptabiliser la contribution des forêts et des changements d'affectation des terres au réchauffement global. Les ministres de l'Environnement l'avaient dit le 14 octobre dernier (EUROPE n° 10237). Le Conseil européen a fait siennes les conclusions ministérielles, sans entrer dans les détails.

Des financements transparents. Sur le front du financement immédiat pour l'adaptation et l'atténuation dans les pays en développement le temps que soit conclu un accord global, les 27 assurent que l'UE s'acquittera des sommes promises aux pays pauvres particulièrement vulnérables au réchauffement (7,2 milliards d'euros sur trois ans) et fera œuvre de transparence. Un rapport exhaustif sur l'état des versements de l'UE sera mis sur la table à Cancún, puis tous les ans. De quoi satisfaire les pays en développement curieux de connaître si le financement à mise en œuvre rapide promis par les pays riches à Copenhague constitue bien de l'argent frais.

Des coopérations à bâtir. Résolue à trouver le maximum d'alliés dans la défense d'une position ambitieuse, l'UE poursuivra les efforts qu'elle déploie pour coopérer avec des partenaires clés et les aider à réduire leurs émissions. Une phrase a été ajoutée aux conclusions du Conseil pour souligner que « l'UE encourage les initiatives régionales visant à combattre le changement climatique et à promouvoir la croissance verte, telles que la récente initiative méditerranéenne sur le changement climatique ».

Le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, est l'un des rares à avoir commenté ce résultat. Devant la presse, il s'est réjoui que les chefs d'État et de gouvernement aient insisté sur la nécessité d'efforts comparables et parallèles de la part de la « Chine, les États-Unis et le Brésil ». Ses craintes pour la perte de compétitivité de l'UE en cas de concurrence déloyale de partenaires moins soucieux du climat sont un peu apaisées.

« Ma dernière grande satisfaction est que mon concept est passé en ce qui concerne la lutte contre le changement climatique », a-t-il déclaré, modeste. Et d'ironiser sur la position initiale des Européens qui « voulaient être des Don Quichotte » du climat avec des engagements unilatéraux. (A.N./F.G.)

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