Bruxelles, 19/10/2010 (Agence Europe) - L'attitude à prendre face aux partis xénophobes et racistes divise les socialistes et le Parti populaire européen. Le Parti socialiste européen (PSE) vient d'adopter des orientations sur la façon de lutter en Europe contre la montée de l'extrême droite et le président du PSE Poul Nyrup Rasmussen, ancien premier ministre danois, a invité tous les groupes politiques européens à se conformer aux mêmes principes, en critiquant, notamment, les décisions prises par les démocrates-chrétiens néerlandais, qui viennent de conclure un pacte de gouvernement avec un parti xénophobe et anti-islamique. Le président du Parti populaire européen (PPE) lui a répondu, en rappelant, dans un communiqué, que le 3 octobre il avait déjà déploré la récente évolution de l'extrémisme politique en Europe et en réclamant la primauté d'une telle initiative. Reste à voir si, une fois atténuées les polémiques, socialistes et 'centristes d'inspiration chrétienne' vont s'entendre sur un 'code de conduite' commun.
Les orientations socialistes ont été approuvées au cours d'une réunion de la présidence du PSE, la semaine dernière à Bruxelles. Le document adopté, dont l'original est en anglais et s'intitule 'Confronting the extreme-right in Europe: our way' (Combattre l'extrême droite en Europe: notre manière (de le faire)), a été discuté et adopté dans la foulée des élections aux Pays-Bas, en Suède et ailleurs, qui ont vu l'émergence de partis d'extrême droite, xénophobes et racistes. Un signe de la dérive de l'opinion publique européenne, face à l'insécurité, à l'immigration et aux problèmes économiques.
En présentant le 'code de conduite' socialiste contre l'extrême droite, M. Rasmussen a dit: « Tous les partis européens devraient adhérer à notre plan et se refuser de travailler avec l'extrême droite » ; et il a ajouté: « Nous qui appartenons à la famille social-démocrate, nous sommes dans l'obligation de montrer à tout le monde qu'il y a à bâtir une Europe de l'inclusion ». Le document du PSE et le discours de M. Rasmussen se réfèrent spécialement à ce qui vient de se passer aux Pays-Bas, où libéraux et démocrates-chrétiens ont formé un gouvernement avec l'appui extérieur déterminant d'un parti xénophobe et anti-islamique, tandis que les socialistes visent à isoler, plutôt qu'à inclure, les partis d'extrême droite.
Le document socialiste, découle de la 'Charte des partis européens pour une société non raciste', qui date de 1998 et qui suggère un code de conduite qui: - condamne toutes les déclarations et les actions racistes, xénophobes, discriminatoires ou encore nationalistes ; - exclue toute alliance gouvernementale ou électorale avec un parti qui incite à la haine raciale ou ethnique, soit au niveau européen, soit au niveau national ; - refuse n'importe quel appui de la part d'un tel parti ; - lutte contre la légitimation de tels partis ; - isole ses membres qui ne respectent pas de tels principes.
La réaction de M. Martens est tombée lundi 18 octobre: il a rappelé avoir bien déclaré, au début du mois, « qu'il était du devoir des familles politiques les plus importantes en Europe de réfléchir et de combattre ensemble la montée de l'extrémisme ». Après sa déclaration, il a entrepris « de manière discrète » d'approcher les leaders des principaux partis européens - le Parti socialiste européen, le Parti européen des libéraux, démocrates et réformateurs et le Parti des verts européens - « afin d'établir un cadre commun de dialogue et de répondre à ce défi ».
Selon M. Martens, « le seul leader n'ayant montré aucun intérêt à ces efforts fut le président du PSE Poul Nyrup Rasmussen ». Ce manque d'intérêt - affirme-t-il - s'explique par le fait que les socialistes voient dans la montée de l'extrémisme une opportunité de promouvoir leurs propres intérêts politiques. En effet, ces deux dernières semaines, M. Rasmussen et les socialistes n'ont eu de cesse d'utiliser ce thème pour tenter d'attaquer le PPE avec « plusieurs coups bas populistes ». Finalement, le PSE « a demandé au PPE de signer une déclaration qui accuse en fait les gouvernements PPE de la montée des extrémismes. Il est décevant de constater que le PSE, deuxième plus grand parti européen, essaie d'exploiter la montée de l'extrémisme à des fins politiques ».
Et M. Martens de rappeler que, il y a quatre ans, « un parti membre important du PSE en Slovaquie, le socialiste/populiste SMER, a déjà été dans une coalition majoritaire avec le parti ultranationaliste et anti-hongrois SNS jusqu'en juillet 2010. Malgré un certain ressentiment au sein du PSE à l'égard de la coalition majoritaire SMER-SNS, M. Rasmussen a rapidement réhabilité son bon ami et leader du SMER, M. Robert Fico, en le présentant comme un premier ministre proéminent du PSE dans divers forums en Europe et en soutenant sa campagne électorale ratée de 2010 ».
En se disant « très déçu » par « la rhétorique de M. Rasmussen », M. Martens l'accuse d'avoir, en tant que premier ministre, « mis l'accent durant sa campagne ratée de 2001 au Danemark sur l'immigration et la question des réfugiés afin d'être réélu, ce qui a finalement profité au parti anti-immigration DF ». (Gp)