Bruxelles, 13/10/2010 (Agence Europe) - Prévoir une aide temporaire à l'hectare pour les protéagineux, développer des outils pour anticiper les prix, promouvoir la recherche de nouvelles variétés de semences, ou encore prévoir des marques « sans OGM »: telles sont les idées lancées lundi 11 octobre par des experts européens pour réduire le déficit en protéines de l'UE.
La commission de l'agriculture du Parlement européen a organisé un atelier sur le problème du déficit de l'UE en protéines, pour aider Martin Häusling (Verts/ALE, allemand) à rédiger un rapport sur ce thème. Pour M. Häusling, « nous devons nous occuper de façon très sérieuse de cette question du déficit en protéines de l'UE » . Il faudrait, selon lui, mettre en évidence les avantages de ces apports en protéines de l'UE, car c'est un élément important de l'indépendance de l'agriculture (à l'égard des importations). Il faut aussi s'assurer une bonne production de lait et de viandes, qui dépend fortement de ces apports. Il y a beaucoup de nouveaux protagonistes sur le marché, comme les Chinois. « Il faut assurer un approvisionnement sûr en Europe et il faut que le potentiel des plantes protéiniques soit de plus en plus développé ». Il faut voir aussi qu'elle est l'influence des accords internationaux sur l'évolution de cette production. Le rapporteur a insisté aussi sur les bénéfices de la culture des légumineuses sur la protection de l'environnement et de la biodiversité. La recherche et le développement de nouvelles variétés permettraient d'avoir « une offre plus attrayante pour les agriculteurs ». Ainsi, les producteurs européens de protéines végétales seraient plus compétitifs par rapport aux importations, a conclu M. Häusling.
Csaba Sándor Tabajdi (S&D, hongrois) a déclaré: « Nous dépendons fortement des marchés extérieurs ». Il y a deux possibilités: soit nous réduisons les importations de protéines, soit nous augmentons les importations de viande. « Aucune des deux solutions n'est souhaitable car ces deux dépendances doivent être réduites », a-t-il dit. Il a précisé que 25% de notre consommation de protéines peut être assurée par des apports communautaires. Il faut essayer de faire en sorte que la culture des protéagineux soit dûment prise en considération car cela a un effet positif sur l'environnement (réduction des émissions de CO2). M. Tabajdi a suggéré de prévoir des mesures pour inciter les paysans à produire de telles cultures. Le niveau de l'aide est insuffisant car il n'y a pas véritablement de marché, a admis le parlementaire. Il y a aussi la question des protéines animales. La Commission envisage de lever l'interdiction de commercialiser des aliments pour animaux contenant des protéines animales. Mais M. Tabajdi et beaucoup d'autres membres de la commission de l'agriculture s'opposent fortement à cette idée, car « nous nous souvenons de ce qui s'est passé avec la maladie de la vache folle ». Enfin, toute protéine que l'UE importe est touchée par la problématique des OGM. « Les fourrages sont souvent des mélanges et 90% de ces fourrages entrent en contact avec des OGM ». C'est pour cette raison qu'en Europe nous devons développer ce genre de cultures, a conclu M. Tabajdi.
Pour Michel Dantin (PPE, français), « il faut envisager dans la future PAC une diversification de nos productions », avec des mesures ambitieuses pour promouvoir la culture de protéines. John Stuart Agnew (ELD, britannique) a donné des détails sur les problèmes rencontrés par les cultures de féveroles (les pigeons les mangent…).
Yves Dronne, chercheur à l'INRA (France), a rappelé qu'à partir de 2005, « on a eu une chute très brutale des surfaces » (-50% en trois ans) en protéagineux, avant une légère reprise en 2009 et 2010. En 2009, trois pays (France, Espagne et Royaume-Uni) représentaient chacun 30% de la production communautaire. Parmi les mesures préconisées par cet expert figurent ; - sécuriser le secteur et relancer la recherche de nouvelles variétés de semences et de systèmes de culture plus durables ; - faciliter la couverture contre les risques de variation de prix et de rendements ; - faciliter la transparence des relations contractuelles au sein de la filière ; - prévoir une aide temporaire à l'hectare pour les protéagineux (en attendant que les innovations permettent de rétablir la production par les prix) ; - développer des outils permettant d'anticiper les prix des protéagineux. Les protéagineux sont bien connus par les fabricants industriels d'aliments pour animaux, mais ils se sont relativement détournés de ces produits depuis quelques années, « et il faudrait les intéresser à nouveau à ces produits », a conclu M. Dronne.
Alesandra Pesce, de l'Institut national d'économie agraire (Italie), a estimé que la politique agricole commune (PAC) « n'a certainement pas permis de renforcer le secteur ». Elle a préconisé notamment les mesures suivantes: - limiter les fluctuations des marges dans le secteur de l'élevage provoquées par des fluctuations sur le marché international ; - des instruments pour stabiliser les revenus et gérer les risques (assurances, instruments d'ingénierie financière pour « garantir un niveau de revenu ») ; - faire du secteur de l'élevage un secteur concurrentiel sur la scène internationale (prévoir certaines marques, comme « sans OGM ») ; - amélioration du fonctionnement de la filière de l'élevage (recherche, conditions de paiement).
« Nous avons ici une bombe à retardement: les fournisseurs sont de moins en moins intéressés par le marché européen, l'Europe a un désavantage par rapport aux concurrents, et l'Europe est réticente à l'égard de l'importation d'OGM », a résumé George Lyon (ADLE, britannique). Il faut, selon lui, trouver de nouvelles variétés, améliorer la productivité (le rendement par tonne) et « je ne pense pas que le système de subventions soit le meilleur ». (L.C.)