Bruxelles, 13/10/2010 (Agence Europe) - Si les décideurs politiques européens, les grandes institutions financières et les partenaires sociaux ne peuvent s'accorder sur l'ampleur de la réforme, alors les services financiers européens courent le risque de retomber dans la situation intenable de chasse aux profits à court terme avec de hauts risques. Tel est l'avertissement lancé par le European Monitoring Centre on Change (EMCC) de la fondation Eurofound de Dublin (Irlande) dans son nouveau rapport intitulé « Services financiers: défis et perspectives ».
Les objectifs principaux de ce rapport sont de: (1) donner un aperçu du débat sur la réglementation des marchés financiers ; (2) identifier les principaux moteurs de changements dans le secteur ; (3) analyser les adaptations à la crise dans le secteur bancaire et des assurances ; (4) conceptualiser l'évolution des modèles de business dans les services financiers européens ; (5) développer des scénarios pour le secteur des services financiers européens.
Le rapport examine un nombre de cas de sociétés et classe les banques et les institutions financières leaders en fonction de leur nouveau mode de fonctionnement: (1) les banques à profil libéral qui veulent des changements de réglementation mineurs (Deutsche Bank, Barclays Bank), (2) les banques d'État qui subissent des réorientations massives de leurs stratégies en matière de business et de restructuration sous un contrôle public rigoureux (Royal Bank of Scotland), (3) les banques à finalité sociale et écologique fortement orientées sur le client, moins puissantes et moins ambitieuses en matière d'objectifs (Rabobank).
Ce rapport suggère trois scénarios d'adaptation pour le secteur financier européen. Tout d'abord, le scénario « haut risque statu quo » suppose que les grands acteurs soient suffisamment puissants pour garantir qu'aucune réforme majeure du système financier soit mise en place et autorise que les activités de trading à haut risque/profits élevés du passé se poursuivent. Ensuite, le scénario « un nouvel ordre mondial pour les marchés financiers - la fin de l'âge d'or » voit les gouvernements du G20 se mettre d'accord sur une réforme fondamentale du système financier mondial en décembre 2010. La mise en œuvre de ces réglementations sonnera la fin de l'âge d'or du business des finances et améliorera les chances de mettre en place des modèles durables de business pour les entreprises relevant du domaine des services financiers, bénéficiant aux clients, aux personnes travaillant dans ce secteur et au marché en général. Enfin, les « économies diversifiées - le scénario le moins bon ». Dans ce cas, la régulation internationale des marchés financiers échoue, engendrant une augmentation de taux défaillants et des budgets publics en surcharge, forçant certains gouvernements de la zone euro à procéder à de larges coupes dans les dettes et à la liquidation de toute une série de banques. Tous ces scénarios devraient entraîner de nouvelles pertes d'emplois, bien qu'à différents niveaux.
Le rapport montre encore que les secteurs de services financiers sont dominés par des entreprises qui se sont refocalisées vers un retour à la profitabilité, malgré une croissance considérable de pertes d'emplois. En 2009, environ 10% des emplois dans les banques d'État ont été perdus, contre 5% dans les banques privées au profil libéral. 1/3 du secteur financier européen relève de l'État et certaines de ces institutions financières resteront encore longtemps sous contrôle étatique. Le secteur des banques à finalité sociale et écologique sont celles qui ont enregistré le moins de pertes d'emplois. Et le troisième groupe continue à agir sur les marchés de capitaux à tendance libérale avec une orientation très marquée sur des profits élevés.
Le rapport a été présenté mercredi 13 octobre à Pervenche Berès, présidente de la commission de l'emploi et des affaires sociales du Parlement européen par le directeur d'Eurofound, Jorma Karpinnen, et le Research Manager Radoslaw Owczarzak. Infos: http://www.eurofound.europa.ec (G.B.)