Bruxelles, 11/10/2010 (Agence Europe) - À la veille de la présentation, mercredi 13 octobre, des plans du commissaire européen à l'Énergie, Günther Oettinger, pour la sécurité des activités pétrolières et gazières, dont un possible moratoire sur les nouveaux forages en mer, la polémique enfle en Europe sur l'opportunité de cette mesure de précaution immédiate, en attendant de connaître les causes exactes de l'explosion de la plateforme du pétrolier britannique BP Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique en avril dernier.
Réagissant aux fuites dans la presse, le Royaume-Uni a réaffirmé lundi son opposition à une suspension temporaire par les États membres de l'octroi de licences d'opérations « complexes » d'exploration de pétrole ou de gaz. « Nous ne voyons pas de raison de plaider en faveur d'un moratoire sur les forages en eaux profondes. Nous apprenons de l'incident [survenu dans le golfe du Mexique] mais nous avons un régime réglementaire très exigeant », a insisté lundi un porte-parole du ministère britannique de l'Énergie, ajoutant que aucune institution de l'UE a le pouvoir de décréter un moratoire sur les forages pétroliers.
Les règles britanniques ont été renforcées après l'explosion en 1988 de la plateforme Piper Alpha en mer du Nord, la plus meurtrière à ce jour (167 victimes). Londres n'exclut toutefois pas un durcissement de ses règles par les autorités nationales de régulation, si les résultats de l'enquête révèlent des lacunes dans le régime britannique. En attendant, Londres contrôle toutes les nouveaux forages au cas par cas. Enfin, face à la baisse de sa production d'hydrocarbures, le Royaume-Uni encourage le recours à un pétrole plus difficile d'accès dans ses eaux, pour éviter d'importer pendant la transition vers une économie à faible teneur en carbone.
L'idée d'un moratoire devrait aussi faire face aux réticences au Conseil des pays actifs dans le forage pétrolier et gazier offshore et membres de la Convention sur la protection du milieu marin de l'Atlantique Nord-Est, l'OSPAR (Allemagne, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni et Suède, plus Norvège et Islande), qui ont rejeté l'idée d'un moratoire proposé par l'Allemagne lors d'une ministérielle fin septembre.
Au Parlement européen, qui a rejeté l'idée d'un moratoire sur les forages offshore, l'attitude des députés écossais fait grand bruit. Le journal britannique Herald Sunday s'est attardé sur la polémique concernant les « shameful six », six députés écossais blâmés pour avoir rejeté le moratoire, faisant ainsi le jeu de l'industrie pétrolière. Opposés à une suspension qui coûterait des milliards de livres aux pétroliers britanniques, alors que le régime britannique de sécurité des activités pétrolières et gazières est réputé fiable, le conservateur Struan Stevenson, le libéral George Lyon, les S&D David Martin et Catherine Stilher, et les Verts/ALE Ian Hudghton et Alyn Smith sont accusés d'« hypocrisie environnementale » par les ONG vertes. (E.H.)