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Bulletin Quotidien Europe N° 10186
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Le Parlement européen veut affirmer son rôle en politique étrangère - Le cas de la nouvelle stratégie proposée pour l'Afghanistan

Rapport Arlacchi, nouvelle étape ? Le Parlement européen tend à affirmer son poids en matière de relations extérieures non seulement par les pouvoirs explicites que le Traité de Lisbonne lui octroie (voir nos bulletins N°10170 et 10173), mais par tous les instruments dont il dispose. Il a utilisé ses compétences budgétaires pour influencer les statuts du service diplomatique ; ses nouvelles compétences en agriculture et commerce lui permettent d'intervenir dans des aspects essentiels de la politique étrangère. Le rapport de Pino Arlacchi sur le renouvellement de la stratégie de l'UE à l'égard de l'Afghanistan pourrait représenter une nouvelle étape.

Ce document en est encore au stade de projet ; son approbation par la commission parlementaire compétente est prévue en septembre et le débat en plénière est programmé pour la session de novembre. Mais M. Arlacchi, italien du groupe ADLE, a déjà présenté son projet lors d'une conférence de presse, après un premier débat en commission dont il a déduit un fort appui à ses thèses (voir notre bulletin précédent). Il estime que le PE doit aller bien au-delà d'une simple prise de position qui s'ajouterait dans les archives aux résolutions parlementaires restées sans suite. Ses ambitions vont beaucoup plus loin ; après les deux heures de débat positif en commission, il estime que la position de son rapport devrait se concrétiser dans des lignes directrices opérationnelles pour le Conseil et pour la Commission, couvrant notamment les financements de l'UE à l'Afghanistan. À son avis, c'est toute une nouvelle stratégie qui doit être mise en œuvre. Il ne faut pas oublier que, pour certains des aspects examinés, M. Arlacchi a des compétences spécifiques au niveau international: il a été jusqu'en 2002 directeur exécutif du programme de l'ONU pour le contrôle des drogues.

Gaspillages et corruption. Pour M. Arlacchi, ce rapport, fruit de six mois de travail, est un document politique qui dénonce un degré élevé de corruption et un niveau énorme de gaspillages: il estime qu'en Afghanistan 80% de l'aide civile internationale n'arrive pas à destination. Notre bulletin a indiqué plusieurs exemples des abus qu'il dénonce, la manière dont les sous-traitants, et parfois les premiers destinataires afghans, profitent du flux financier continu: des entreprises privées (américaines surtout) contrôlent et distribuent à leur aise des millions et des millions de dollars, avec des marges absurdes à leur avantage ; et en définitive une partie des aides arrive même aux talibans et à d'autres insurgés, qui auraient donc intérêt à prolonger le conflit.

Certains financements européens sont correctement utilisés mais les gaspillages sont quand même énormes, car les coûts sont délirants, tous surévalués. Et c'est le contribuable européen qui paye.

Nouvelle stratégie. Dans la nouvelle stratégie que le rapport Arlacchi préconise, les éléments essentiels sont la fin de la guerre et l'abandon progressif de la culture de l'opium. Sur le premier aspect, M. Arlacchi est radical: tous sont conscients, à son avis, qu'il n'existe pas de solution militaire et que la poursuite du conflit armé ne conduit nulle part ; les grands gagnants de la situation actuelle sont les seigneurs de la guerre, toute une série de délinquants et de criminels, ainsi que quelques entreprises privées ayant une réputation tout à fait sinistre. Du côté européen, les efforts de formation de la police afghane doivent être regroupés en une mission européenne de formation. Les négociations de paix seraient logiquement conduites par le gouvernement afghan, en passant par la création d'un gouvernement d'unité nationale.

Quant à l'opium, M. Arlacchi estime que son plan quinquennal d'éradication est tout à fait réaliste, aussi bien du point de vue des coûts que des résultats (voir notre bulletin déjà cité).

Mais ce n'est pas tellement le contenu détaillé du plan que j'entends souligner que le fait en lui-même que l'objectif serait la naissance d'une nouvelle stratégie de l'UE appuyée par toutes les institutions, donc une véritable action communautaire de politique étrangère. Entre-temps, vient de se dérouler à Kaboul la conférence internationale dont les media ont amplement rendu compte et dont les résultats ne paraissent pas en contradiction avec le rapport Arlacchi, plus ambitieux en matière militaire et pour le « plan opium ».

L'Afrique après l'Afghanistan ? Mais les ambitions de M. Arlacchi ne s'arrêtent pas là, car il a indiqué, en clôturant sa conférence de presse, que tous les financements aux pays engagés dans des conflits, tout en étant évidemment justifiés et nécessaires du point de vue humanitaire, doivent être gérés autrement. Il a affirmé que plus certains pays africains reçoivent d'aides, plus mal ils se portent. Ce qui semble inviter à ne pas faire confiance a priori à tous les appels et à toutes les prises de position de certains organismes dont l'activité principale consiste à réclamer le gonflement perpétuel en lui-même des aides aux pays pauvres. Il semble prudent et raisonnable de mieux contrôler les résultats et les effets. (F.R.)

 

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