Bruxelles, 07/07/2010 (Agence Europe) - La présidence belge de l'UE bénéficie d'un énorme capital de confiance et de sympathie au Parlement européen en dépit du fait que la Belgique, régie par un gouvernement en affaires courantes, traverse actuellement une crise politique et institutionnelle dont l'issue (et l'impact sur le déroulement de la présidence européenne) n'est pas encore prévisible. C'est la principale conclusion que l'on peut tirer du débat qui a suivi la présentation des priorités belges par le Premier ministre Yves Leterme, mercredi 7 juillet à Strasbourg. Articulé autour de cinq axes (croissance économique durable, cohésion sociale, environnement, espace de justice/liberté/sécurité, action de l'UE sur la scène mondiale), le programme de travail de la présidence belge vise avant tout à « faire moins de promesses et à atteindre plus de résultats », a souligné M. Leterme devant les députés. Nous avons l'ambition de « remettre l'Europe en marche », a-t-il dit. Le fait que les dirigeants belges soient en ce moment en situation d'affaires courantes « présente l'avantage que nous pourrons nous occuper à temps plein de la présidence européenne », a fait remarquer le Premier ministre. Tous les groupes politiques au Parlement européen, à l'exception de l'EFD (Europe libertés démocratie) et de certains non-inscrits, ont exprimé leur soutien à cette présidence belge, la douzième déjà. M. Leterme, visiblement satisfait de l'accueil positif et encourageant des députés, a promis de faire tout pour « prouver que nous méritons cette confiance ». « J'ai le sentiment que nous pourrons devenir des partenaires pour faire avancer l'Europe », a-t-il dit à la fin du débat.
Pour le groupe du PPE, Joseph Daul s'est félicité de ce que la présidence belge ne soit « pas tombée dans le piège » de présenter, comme l'ont fait d'autres présidences avant elle, de longs « catalogues de priorités » impossibles à réaliser, ce qui crée souvent des « désillusions », mais qu'elle se soit concentrée sur les trois « véritables priorités: croissance économique, environnement, sécurité et liberté ». M. Daul s'est aussi réjoui du soutien sans faille de cette présidence à la « méthode communautaire ». Martin Schulz, le chef du groupe socialiste (S&D), a lui aussi parlé d'un « programme ambitieux ». Grâce à sa tradition et son attitude profondément pro-européenne, cette présidence belge est une « grande opportunité » pour faire avancer l'intégration européenne, a-t-il dit. Le paquet sur la supervision financière est particulièrement important et doit être adopté sous présidence belge, a dit M. Schulz. Le vote du PE en première lecture sur ce texte - qui prévoit notamment la mise en place de trois nouvelles autorités chargées de surveiller les banques, les assureurs et les marchés financiers - a été reporté à l'automne (voir autre nouvelle). Si le Conseil le souhaite et s'il est prêt à faire les concessions nécessaires, le paquet pourrait être définitivement adopté avec le PE en septembre, a dit le chef des socialistes. M. Schulz s'est aussi félicité de ce que la présidence belge entende remettre les relations avec l'Afrique tout en haut de l'agenda européen. À propos de la Turquie, il a demandé à la présidence belge d'initier un débat de « clarification » au Conseil sur ce que veulent réellement les 27. La « situation ambiguë » actuelle, où l'UE mêne des négociations d'adhésion alors que plusieurs chefs d'État et de gouvernement disent ouvertement qu'ils ne veulent pas de la Turquie dans l'UE, ne peut pas continuer « car c'est la meilleure manière de détruire nos bonnes relations avec la Turquie », a estimé M. Schulz, rappelant qui a rappelé qu'il restait favorable à l'adhésion du pays. Guy Verhofstadt, chef du groupe libéral (ADLE), qui avait dirigé la dernière présidence belge de l'UE en 2001, a assuré à M. Leterme le « plein soutien » de son groupe « car les présidences belges ont toujours fait avancer l'intégration européenne ». Il a rappelé que « l'UE n'a toujours pas fait ses devoirs » pour sortir de la crise économique et financière et demandé à la présidence belge d'insister sur les cinq mesures à prendre d'urgence: recapitalisation des banques, renforcement du Pacte de stabilité et de croissance (« avec la Commission et la BCE dans le cockpit et non pas les États membres »), mise en place d'une véritable gouvernance économique (« avec la Commission aux commandes »), régulation des services financiers, surveillance européenne des marchés financiers et des banques. Rebecca Harms, co-présidente des Verts, souhaite que la présidence belge s'emploie à clarifier la relation entre la présidence tournante de l'UE et le président permanent du Conseil européen « qui ne peut pas devenir le représentant des seuls grands États membres ». Pour le groupe des conservateurs (ECR), le Belge Derk Jan Eppink a demandé à la présidence belge d'insister sur le renforcement du Pacte de stabilité et de la discipline budgétaire pour sauver l'euro. En revanche, il s'est prononcé contre une hausse du budget communautaire (« 1% du PNB est suffisant ») et contre des ressources propres pour l'UE. Patrick Le Hyaric (GUE/NGL) a salué le fait que la cohésion sociale fasse partie des priorités belges mais craint que cette ambition ne reste « lettre morte » du fait, notamment, que la discipline budgétaire préconisée partout en Europe va à l'encontre d'une plus grande solidarité sociale. Or, a-t-il ajouté, il n'y aura pas de croissance économique sans une réelle augmentation du pouvoir d'achat des citoyens. Pour Nigel Farage (EFD), M. Leterme et son gouvernement en affaires courantes n'ont « aucune légitimité » à présider l'UE. « Le Premier ministre démissionnaire d'un pays qui est sur le point de se scinder veut dire aux 26 autres pays européens ce qu'ils doivent faire », a ironisé le Britannique. Le Belge Philip Claeys (NI) du Vlaams Belang s'est exprimé dans le même sens. Les éloges que le Parlement européen fait sur la présidence belge le font penser à « l'orchestre du Titanic ». Pour l'eurodéputé flamand, il est « sûr et certain » que la Belgique n'aura pas de nouveau gouvernement pendant la présidence belge. L'UE doit se préparer à voir la Belgique scindée en deux et avoir deux nouveaux pays candidats: la Flandre et la Wallonie, a dit M. Claeys. De nombreux députés belges ont pris la parole au cours du débat. Jean-Luc Dehaene (PPE) a notamment préconisé que lors de la prochaine réunion de négociation sur le changement climatique en décembre à Cancún, ce soit la Commission européenne qui parle et qui négocie au nom des Vingt-sept, « comme c'est le cas lors des négociations commerciales à l'OMC ». Frédérique Ries (ADLE) est d'accord: « Plus question d'aller à dix à Cancún (comme c'était le cas à Copenhague en décembre 2009), on a besoin de parler d'une seule voix ». Kathleen Van Brempt (S&D) a demandé qu'en cette année européenne pour la lutte contre la pauvreté, la présidence belge défende l'idée d'un « revenu minimum garanti européen ». Philippe Lamberts (Verts) a exhorté la présidence belge « à marquer un but très tôt dans le match » en assurant un accord rapide sur la supervision financière, si possible dès septembre. Pour cela, il faut que le Conseil bouge et qu'il bouge rapidement, a dit M. Lamberts. L'Allemand Werner Langen (PPE) a ajouté: « Si vous faites passer le paquet sur la supervision, vous serez l'une des présidences les plus réussies de ces dernières années ». (H.B.)