Bruxelles, 28/06/2010 (Agence Europe) - Pour sortir de la crise, il faut sortir de la pauvreté. Et pour sortir de la pauvreté, il faut que les États membres de l'UE 27 mettent en œuvre les recommandations adoptées fin 2009 qui consistent à mettre en place des systèmes de revenu minimum adéquat, à établir un marché du travail inclusif, à créer des emplois non précaires et à bénéficier d'un accès à des services publics de qualité. Commission européenne, Parlement européen, Comité des Régions, représentants des personnes en situation de pauvreté et hommes politiques ont apporté leur soutien à ces mesures dont le but premier est de garantir un niveau de vie digne et d'encourager l'insertion sociale pour tout un chacun. La 9ème rencontre européenne des personnes en situation de pauvreté, qui s'est tenue les 25 et 26 juin à Bruxelles (EUROPE n° 10166), a également été l'occasion de donner la parole à « celles et ceux qui n'ont pas de voix » et d'insister pour que ces personnes puissent participer activement à l'élaboration des politiques sociales. Les participants se sont félicités de ce que, pour la première fois, l'UE se soit dotée d'un objectif visant à sortir 20 millions de personnes de la pauvreté d'ici 2020, bien que certains se soient montrés sceptiques quant à cet objectif, le jugeant en recul par rapport à la stratégie de Lisbonne qui visait l'éradication totale de la pauvreté.
Lors du débat final, les personnes en situation de pauvreté se sont dites exaspérées face au peu d'intérêt témoigné par les décideurs politiques quant à l'indigence accrue qui se profile à l'horizon, un « problème ignoré depuis longtemps par l'Europe », a lancé un délégué portugais. « La pauvreté et l'exclusion n'intéressent pas beaucoup les décideurs politiques », a enchaîné un Polonais, jugeant de l'inutilité de ces rencontres annuelles. Une représentante norvégienne a proposé que les gouvernements et les administrations « réfléchissent sur leur propre budget et y fassent d'abord des coupes avant de les faire dans les systèmes de sécurité sociale ». Un délégué français a rappelé que l'Europe économique existe mais pas l'Europe sociale et demandé que l'on tienne compte aussi des personnes souffrant d'un handicap. « Pauvreté et exclusion sont liées car elles engendrent d'autres conséquences en matière de santé, de logement, de maladie, de handicap », a-t-il souligné. « Les politiciens vont toujours tout faire mais on ne voit jamais rien venir », a lancé un délégué allemand, qui a déclaré « ne pas croire à l'objectif visant à sortir 20 millions de personnes de la pauvreté ! Ce n'est pas vrai. Les politiciens responsables des politiques sociales ne font rien, et en attendant, on donne des milliards à des fraudeurs ! C'est tout simplement scandaleux! », s'est exclamé ce délégué allemand. Une représentante belge a demandé aux hommes politiques « de ne pas lutter contre la pauvreté dans leur bureau mais d'aller voir sur place comment ces personnes sont obligées de vivre ». « Dans la prise de décision, il est indispensable que la voix des personnes qui vivent en situation de pauvreté et en ont l'expérience, soit entendue », a insisté un Britannique. Une déléguée espagnole a insisté sur la participation active des personnes en situation de pauvreté et a dit « regretter la sous-représentation des personnes handicapées à cette conférence ». « La pauvreté est un véritable crime par rapport aux droits de l'homme », a lancé un Slovène.
Le commissaire à l'Emploi, à la Politique sociale et à l'Inclusion, Laszlo Andor, a déclaré à la presse que « les politiques sociales ne peuvent être efficaces que si les personnes en situation de pauvreté peuvent s'y impliquer. Il faut promouvoir une Europe inclusive et respecter l'objectif de sortie de la pauvreté de 20 millions de personnes. La lutte contre la pauvreté ne relève pas seulement des gouvernements, elle implique aussi toute la société civile ». Et le commissaire de lancer un appel aux autorités locales, régionales, aux partenaires sociaux pour qu'ils placent la pauvreté dans leurs agendas.
Beaucoup de progrès ont été accomplis depuis la 1ère rencontre organisée en 2001 par la Présidence belge de l'UE, a constaté Robert Verrue, directeur général à la Commission européenne (DG Emploi). « Ceci peut être vu par la taille des budgets et par la reconnaissance de milliers de politiciens, mais surtout de la Commission et du PE, de la nécessité d'agir d'urgence. Cette conférence n'est pas inutile, elle alimentera le processus politique et vos contributions nous seront d'une grande utilité », a conclu M. Verrue.
Ludo Horeman, président du Réseau européen de lutte contre la pauvreté (EAPN), a déclaré: « Il faut répondre par rapport à ce qu'on est en mesure de faire ». Il a lancé un appel aux ministres de l'UE pour qu'ils mettent en place dans leurs pays respectifs un système de revenu adéquat et suffisant, un marché du travail inclusif, l'accès à des services publics de qualité.
Au nom de la future Présidence hongroise de l'UE, Mme Sarto a affirmé que la réunion de ce jour a permis « de mieux connaître la pauvreté et de renforcer la coopération entre les différents acteurs engagés dans une Europe sociale ». La Hongrie attend de la Commission une proposition sur la mise en place d'une plateforme de lutte contre la pauvreté, a-t-elle ajouté en annonçant que la 10ème rencontre annuelle se tiendra en 2011 en Hongrie.
Pour la Présidence belge de l'UE, le secrétaire d'État belge à l'Intégration sociale et à la Lutte contre la pauvreté, Philippe Courard, a affirmé qu' « il n'est pas possible d'élaborer une politique sociale sans l'avis des personnes en situation de pauvreté », faisant remarquer au passage que celles-ci « ne sont jamais entendues ni dans les sommets ni dans les réunions ». Pour Philippe Courard, « le dialogue est capital pour ces personnes car il enrichit la compréhension mutuelle. Élaborer une politique de lutte contre la pauvreté demande de la patience et du temps. La Présidence belge mettra tout en oeuvre pour donner également la parole aux personnes handicapées ». Et d'ajouter: « Nous n'accepterons pas la plateforme si les personnes pauvres ne sont pas entendues ».
Pervenche Berès (S&D, française), présidente de la commission de l'emploi et des affaires sociales du PE, a déclaré: « La pauvreté, c'est aussi une bataille (…). Notre message est que notre principale richesse pour sortir de la crise, c'est de sortir de la pauvreté. La commission emploi est fortement engagée dans cette bataille ». En présentant le rapport d'Ilda Figueiredo (GUE/NGL, portugaise), adopté mercredi 23 juin par sa commission parlementaire, Pervenche Berès en a relevé le point central, à savoir que « le revenu minimum est l'élément clé dans la lutte contre la pauvreté. Le combat est difficile. Nous aurons besoin du soutien des Présidences de l'UE à venir ». L'accès au droit au logement, à la santé, à l'éducation, aux services publics de qualité est essentiel, a ajouté Mme Berès en indiquant qu'à la demande de la Commission, elle préparait un rapport sur l'évaluation de la crise, « un bilan sur le fonctionnement de ces services pour les remettre à niveau ».
Adopté par la commission de l'emploi et des affaires sociales du PE avec 23 voix pour, 5 contre et 14 abstentions, le rapport d'Ilda Figueiredo sur le « rôle du revenu minimum dans la lutte contre la pauvreté et la promotion d'une société inclusive » souligne qu'introduire des systèmes de revenu minimum dans tous les États membres est l'une des mesures les plus efficaces pour lutter contre la pauvreté, garantir un niveau de vie adéquat et encourager l'insertion sociale. Par ce rapport, les députés demandent à la Commission de présenter « une initiative » dans ce domaine et l'invitent à donner « un sens et une vraie substance » à l'Année européenne de lutte contre la pauvreté. La pauvreté concerne près de 85 millions de personnes, soit 17% de la population de l'UE. Le risque de pauvreté est plus élevé pour les enfants et les jeunes jusqu'à 17 ans (20%) que pour la population totale. Avec un taux de 19%, les personnes âgées sont également les plus exposées, rappelle Mme Figueiredo.
Toutefois, note un communiqué du PE, l'amendement invitant la Commission à présenter une directive-cadre européenne sur le revenu minimum afin d'introduire des systèmes de revenu minimum dans l'UE n'a pas obtenu la majorité des voix au sein de la commission parlementaire, ce qui a poussé le S&D à s'abstenir lors du vote final sur ce rapport. Mme Figuereido, qui soutient également une directive-cadre sur le sujet, espère « une position plus favorable lors du vote en session plénière » (prévu pour le mois d'octobre 2010 à Strasbourg) mais voit « dans cette résolution des avancées positives ». Les systèmes de revenu minimum doivent s'établir au minimum à 60% du revenu médian de l'État concerné, souligne la résolution qui préconise également un meilleur accès au marché du travail, aux services publics, au logement, à la protection sociale pour lutter contre la pauvreté. Les salaires doivent être dignes et les pensions assorties d'un minimum vieillesse pour assurer des retraites décentes, estiment également les députés.
Dans cette résolution « sur le rôle du revenu minimum dans la lutte contre la pauvreté et la promotion d'une société inclusive en Europe », les députés attirent aussi l'attention sur le nombre croissant de travailleurs pauvres et demandent que le salaire de subsistance soit au-dessus du seuil de pauvreté et que les travailleurs au-dessous du seuil de pauvreté puissent bénéficier de compléments inconditionnels. Des efforts en matière de rémunération et de salaires minimum devraient également être consentis, la situation des travailleurs pauvres étant le reflet de conditions de travail inéquitables, note le texte adopté qui ajoute que l'objectif de la stratégie UE 2020 visant à sortir 20 millions de personnes de la pauvreté est en recul par rapport à la stratégie de Lisbonne qui visait l'éradication de la pauvreté.
La rapporteur fantôme pour le PPE sur le rapport Figueiredo, l'Italienne Licia Ronzulli, a quant à elle déclaré: « Ce n'est pas seulement par des politiques dont l'objectif est de proposer un revenu minimum que le phénomène de la pauvreté se réduira en Europe: nous devons développer, selon le principe de la subsidiarité, des stratégies dont le but est de promouvoir l'inclusion sociale et booster l'emploi non précaire comme instruments pour aider les personnes les plus en risque de pauvreté et celles qui sont déjà affectées par cette situation ». Mme Ronzulli a appelé les États membres à développer des stratégies pour les plus vulnérables, des stratégies de lutte contre le décrochage scolaire des jeunes, en tenant compte de la situation particulière des jeunes chômeurs et en soutenant la formation professionnelle et les programmes d'encouragement aux jeunes entrepreneurs ». « 2010 est l'année européenne de lutte contre la pauvreté et c'est un droit fondamental que d'avoir les ressources fondamentales pour vivre dignement. Pour cette raison, cette année sera le début d'un renversement de la tendance négative concernant la pauvreté en Europe », a conclu la députée italienne. (G.B.)