Bruxelles, 22/03/2010 (Agence Europe) - Alors que la pression augmente pour que les Vingt-sept se mettent d'accord sur un mécanisme de soutien à la Grèce lors du prochain Conseil européen, l'idée d'une formule mixte, mêlant une intervention de la zone euro et un appui du Fonds monétaire international (FMI), gagne du terrain. Lundi 22 mars, le président de l'Eurogroupe n'a pas exclu une telle approche, qui n'a pas ses faveurs, mais qui pourrait constituer un compromis, alors que l'Allemagne temporise. Selon Jean-Claude Juncker, qui s'exprimait devant les députés de la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen, la zone euro n'abandonnera pas la Grèce.
Avant le week-end, le président de la Commission européenne avait pour sa part appelé les chefs d'État ou de gouvernement de l'UE à trouver un accord sur un mécanisme de soutien à la Grèce « dès que possible ». En réaffirmant la disponibilité de la Commission à présenter un instrument coordonné d'assistance, José Manuel Barroso a espéré que les Vingt-sept parviendront à envoyer un message suffisamment clair pour rassurer les marchés et les dissuader de parier sur une faillite de l'État grec. Le dispositif envisagé serait basé sur des prêts bilatéraux (avec des taux inférieurs à ceux du marché), il serait compatible avec la clause de non renflouement (« no bail out ») et serait accompagné de conditions strictes, a confirmé M. Barroso dans un communiqué diffusé vendredi soir. Ce dispositif sera aussi conforme à la Constitution allemande, assure-t-on à la Commission, dont le rôle consistera au suivi de la mise en place du soutien. Si la création d'un tel mécanisme ne préjuge en rien de son activation immédiate, la Commission souhaite tout de même un accord de principe du Conseil européen des 25 et 26 mars.
À ce stade, la chancelière allemande ne fait pas du prochain Sommet une échéance décisive, insistant surtout sur l'importance de ne pas décevoir les marchés en suscitant des attentes infondées. La Grèce n'a pas besoin d'argent et le sujet n'est pas à l'ordre du jour du Sommet, a en effet rappelé Angela Merkel durant le week-end (lundi, son ministre des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a répété: « Nous ne voyons aucune nécessité de prendre dès aujourd'hui une décision sur une quelconque éventualité »). Pour M. Juncker aussi, la Grèce est en mesure de se tirer d'affaire. « Nous avons mis en place un processus de monitoring » qui impose aux autorités grecques d'expliquer pas après pas les mesures prises et leurs effets. Pénible mais nécessaire, l'ajustement budgétaire prévu par Athènes doit porter ses fruits auprès des marchés. Toutefois, « il n'est pas question de laisser tomber la Grèce », de sorte que « si les marchés financiers ne devaient pas réagir dans le sens souhaité et si la spéculation malsaine devait continuer, la zone euro doit avoir à sa disposition un instrument adéquat ». Un instrument qui irait au-delà du seul cas grec et qui ne devrait être dévoilé que lorsque nous en aurons besoin. Pas d'urgence à ce stade donc et « il n'est pas absolument nécessaire que le Conseil européen se mette d'accord cette semaine », juge M. Juncker, qui répète que la Grèce n'a pas demandé d'assistance et que son programme est crédible.
La décision des Vingt-sept ne reposera de toute façon pas sur un texte et un cadre formels, la question étant purement intergouvernementale. Ce sera donc aux États membres qui le souhaitent de participer, souligne-t-on à la Commission, tout en reconnaissant que « sans l'Allemagne, ça ne fonctionnerait pas ». Il serait même « très étrange » que l'Allemagne n'y participe pas, indique-t-on en haut lieu, en comptant sur son attachement à l'euro: « Nous avons besoin de stabilité, mais aussi de solidarité » et « l'Allemagne a toujours été présente dans les grands moments européens ». Si le président Barroso a indiqué qu'il ne souhaitait pas spéculer sur une contribution du FMI à une éventuelle opération d'assistance, la Commission juge que l'institution financière internationale ne devrait intervenir qu'en dernier recours. Voire en complément d'un soutien européen ?
Excluant à nouveau l'idée qui aurait consisté en des emprunts communautaires garantis par les États membres (au moins « deux États membres s'y opposent farouchement », a-t-il regretté), un soutien partiel du FMI est en revanche envisageable, selon M. Juncker. « Moi je ne suis pas en faveur d'un recours au FMI, mais il n'est pas aberrant tout de même de considérer que nous pourrions avoir recours à deux sortes d'instruments, des aides bilatérales à la Grèce (par les pays de la zone euro, Ndlr) et une dose FMI, plus importante que la seule expertise technique », a expliqué M. Juncker. S'il est trop tôt pour se prononcer, « il n'est pas exclu que nous puissions avoir recours à ce double instrument », étant entendu que la plus grande partie de l'aide devrait être octroyée par la zone euro. « Je ne nierais pas qu'il y a quelques raisons d'envisager une participation accrue du FMI à la recherche d'une solution mais toujours en respectant des règles européennes ».
Il a par ailleurs souhaité désamorcer la polémique autour d'une éventuelle exclusion de la Grèce de la zone euro. « Tous les discours qui ont pu pointer dans cette direction ne concernaient pas le cas grec, mais un instrument que la zone euro pourrait mettre en place dans plusieurs années », a expliqué M. Juncker qui n'en demeure pas moins opposé à l'idée. « Nous pouvons en discuter, mais je n'aime pas beaucoup cette perspective », car « si on envisage la possibilité d'exclure quelqu'un il faut réfléchir à la possibilité pour quelqu'un de quitter la zone euro ». Or, cette situation risque d'affaiblir grandement la monnaie unique et comporte trop d'aspects impondérables. Difficile d'un point de vue technique et porteuse de grands dangers collatéraux (pour le pays et l'Union monétaire dans son ensemble), l'idée d'une exclusion est donc inacceptable à ses yeux. (A.B.)