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Bulletin Quotidien Europe N° 10103
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les divergences sur la gestion de l'euro sont-elles conciliables ?

Des différences d'approche existent. La dramatisation est devenue peut-être excessive. Les divergences notamment entre la France et l'Allemagne sur la gestion de l'euro ont été mises en relief par la crise grecque, mais quelques arrangements vont sans doute intervenir. Il serait toutefois inutile de cacher que des différences d'approche existent au-delà du cas spécifique de la Grèce, et qu'elles ne seront pas aplanies par des prises de position et des déclarations fracassantes, mais en prenant en considération de manière objective les arguments respectifs. Sans quoi, ces différences pourraient influencer le fonctionnement et, selon certains observateurs, l'existence même de la monnaie unique. L'appel du président de la Commission européenne (voir les pages suivantes) et le Conseil européen de cette semaine devraient tout au moins arrondir les angles.

Trois points incontournables de la position allemande. L'Allemagne ne renoncera pas à réclamer le respect des principes fondamentaux de la gestion de l'euro. Son gouvernement accepte à présent la coordination des politiques économiques dans la zone euro (qu'il rejetait autrefois), ayant constaté qu'elle est indispensable pour la stabilité monétaire. Mais il pose des conditions rigoureuses qui ne sont pas simplement l'opinion d'un ministre mais la position officielle du pays, depuis qu'elles ont été confirmées par Angela Merkel devant le Parlement national. La conjugaison de son discours et des prises de positions précédentes du ministre des Finances permet de résumer en trois points ce que l'Allemagne considère comme indispensable: a) le caractère plus contraignant du Pacte de stabilité, en particulier ses plafonds en matière de déficits publics et de dette globale ; b) des sanctions très sévères à l'égard de qui ne respecte pas ces règles, pouvant comporter la suspension des financements communautaires, voire même la perte du droit de vote dans les institutions ;
c) en dernier ressort, l'exclusion du pays fautif de la zone euro à défaut de redressement.

L'exclusion possible d'un pays de la zone euro a surtout frappé, car elle n'est pas prévue dans les textes actuels. Selon certains juristes, elle impliquerait une révision du Traité de Lisbonne, opération longue et complexe et inacceptable par ceux qui considèrent (comme M. Van Rompuy, président stable du Conseil européen) que le chapitre institutionnel est clôturé pour longtemps. Certains économistes estiment que l'attitude allemande impliquerait que la Grèce sorte de l'euro, afin de pouvoir ensuite dévaluer radicalement sa monnaie nationale. Jacques Sapir (professeur universitaire à Paris et à Moscou) affirme même que la zone euro éclatera dans les deux ans. Selon cette thèse, l'Allemagne serait parvenue à la conviction (qui était déjà la sienne au départ) que la zone euro n'est viable qu'entre un nombre restreint de pays ; qui ne respecte pas les règles doit sortir. Cette opinion extrême est toutefois loin d'être partagée par tous.

Accusations réciproques. L'attitude allemande soulève de vives critiques et l'accusation à l'Allemagne d'être elle-même assez largement responsable des difficultés actuelles. En contrôlant rigoureusement les salaires nationaux et en décourageant la consommation intérieure, l'Allemagne gonfle ses résultats à l'exportation ; et ce sont ses surplus commerciaux qui provoquent les déficits d'autrui. La ministre française Christine Lagarde a invité l'Allemagne à baisser ses impôts pour relancer la consommation intérieure, ce qui permettrait aux autres États membres d'augmenter leurs exportations sur le marché allemand en équilibrant les balances des paiements. Cette thèse a trouvé beaucoup de soutiens et la Grèce a trouvé plusieurs défenseurs. Le premier ministre grec a souligné qu'il ne cherche pas une aide financière mais la possibilité d'obtenir des emprunts sur le marché à des conditions équitables grâce à la solidarité politique européenne ; sans quoi, il devra recourir au FMI. Du côté allemand, on a répliqué qu'il existe des règles « écrites ensemble » en matière de déficits et de dette publique, et que « ce n'est pas anti-européen de les respecter ». Angela Merkel a déclaré qu'il serait plus normal de prendre en exemple le pays qui respecte les engagements. Il ne faut pas oublier que la règle selon laquelle le déficit budgétaire fédéral ne peut pas dépasser 0,35% du PIB (produit national brut) a été inscrite dans la Constitution allemande et sera applicable à partir de 2016.

La question fondamentale. Les critiques réciproques vont sans doute s'assouplir, mais la question fondamentale subsiste: elle porte sur l'exigence de comprendre si les divergences sont conciliables ou si elles sont liées à la différence des mentalités, de l'histoire, des habitudes et des modes de vie. Ces aspects de fonds ont été portés à la surface par la crise grecque mais ils dépassent de loin le cas spécifique d'un pays. Aucun compromis ne serait possible en l'absence d'un effort de chacun pour comprendre la position de l'autre.

Cette rubrique reviendra demain sur ce point essentiel.

(F.R.)

 

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