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Bulletin Quotidien Europe N° 10043
INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/onu/climat

Nuit blanche en vue à Copenhague pour négocier et nettoyer deux projets de texte à soumette aux chefs d'État vendredi

Copenhague, 17/12/2009 (Agence Europe) - Après une journée de blocage total des négociations climatiques internationales à Copenhague (EUROPE n° 10042), une embellie est apparue jeudi midi quand le Premier ministre danois, Lars Lokke Rasmussen, président de la COP 15, a annoncé clairement aux 192 parties en présence que les seuls textes à négocier seraient bien les deux projets sur la table, issus des groupes de travail des Nations unies: celui sur le Protocole de Kyoto, et celui sur la coopération à long terme au titre de la Convention cadre des Nations unies, soit une soixantaine de pages au total. La Présidence danoise, qui avait préparé un texte de synthèse, de sept pages seulement, a renoncé à le présenter. Ce revirement était de nature à rassurer le groupe du G77 et la Chine qui avaient obstrué les négociations pour éviter que ne leur soit imposé un texte « sorti d'un chapeau ». Il a permis à Lars Lokke Rasmussen d'annoncer la reprise des travaux. Deux groupes de contacts - l'un sur le Protocole de Kyoto, l'autre sur la coopération à long terme - ont été créés pour examiner les questions politiques litigieuses. Seize sous-groupes se concentreront sur des questions spécifiques et feront rapport aux groupes qui, à leur tour, feront rapport en plénière. « Le délai fixé se compte en heures. En début de soirée nous verrons où l'on en est. C'est très encourageant. Nous avons la clarté sur le processus et sur les textes à examiner », a déclaré à la presse Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la Convention cadre des Nations unies, toujours confiant dans un accord qui prendra la forme d'une décision de la COP 15. Pour autant tout reste à négocier. « Il reste un travail considérable à faire, mais nous parlons de textes concrets », précise un négociateur européen.

Le document sur la table au titre de « la piste Kyoto » porte sur la prochaine période d'engagements à compter de 2013. Il y a consensus sur cette date de démarrage, mais divergence de vues sur la durée de la période d'engagements. Certains, comme l'UE et les pays en développement, prônent 2013-2017 (une période de cinq ans qui aurait le mérite de coïncider avec la périodicité des rapports du GIEC), d'autres, comme le Canada, veulent 2013-2020 (huit ans). C'est dans ce texte que figurent les dispositions relatives à la comptabilisation des émissions dues à l'utilisation des terres et aux changements d'affectation des sols (Lulucf). Pour l'heure, aucun des objectifs de réduction annoncés par les pays industrialisés n'est repris. L'offre de l'UE de porter à 30% la réduction de ses émissions à l'horizon 2020 est toujours sur la table, mais il reviendra aux chefs d'État et de gouvernement de décider s'il convient d'opérer ce passage. Il semble qu'une réduction de 25% pourrait se profiler, conformément à ce qu'a annoncé le président de la Commission José Manuel Barroso au Parlement européen.

Le document au titre de la coopération à long terme devrait contenir un objectif à long terme: 2 degrés Celsius comme le préconisent les États-Unis et l'UE ou 1,5 ° comme l'ont demandé les États insulaires de l'AOSIS. Il convient en outre de déterminer que faire avec les États-Unis, farouchement opposés à se rallier au Protocole de Kyoto. Si les États-Unis concluent un accord volontaire dans leur coin, cela risque d'inciter certains pays comme le Japon et le Canada à revenir sur le caractère contraignant de leur objectif, souligne un observateur européen. Pour l'heure, ce document ne contient aucun chiffre pour le financement en faveur des pays en développement, mais le montant de l'aide à court terme (2010-2012) devrait être repris.

Bonne nouvelle tout de même: pour la première fois, les États-Unis ont mentionné, jeudi, le chiffre de « 100 milliards de dollars par an à l'horizon 2020 » comme le financement à long terme requis pour soutenir les efforts à déployer par les pays en développement. La secrétaire d'État Hillary Clinton a déclaré que son pays prendra « sa juste part » de ce montant (l'UE, elle, parle de 100 milliards d'euros par an à l'horizon 2020, mais n'a pas mis de chiffre sur la table pour sa contribution). Affirmant que les États-Unis veulent vraiment un accord, Mme Clinton a estimé que, pour l'heure, l'obstacle principal à un accord tenait au fait que la Chine n'a pas souscrit au « langage de la transparence » pour ce qui concerne le contrôle et la vérification des réductions d'émissions. Évitant soigneusement de parler de traité, Todd Stern, négociateur en chef, s'est exprimé en faveur « d'un accord politique ici et d'un accord opérationnel l'an prochain ». La nouvelle a été saluée par Yvo de Boer, qui attend néanmoins que « les États-Unis disent quelle sera leur contribution ».

S'agissant du financement à court terme, les États-Unis ont annoncé être prêts à verser 7,5 milliards de dollars US sur trois ans, le Japon, 10 milliards de dollars (l'UE est à 7,2 milliards d'euros sur la même période). C'est là une autre bonne nouvelle.

Le président français Nicolas Sarkozy a appelé tous les négociateurs à travailler toute la nuit pour présenter un texte vendredi matin aux chefs d'État et de gouvernement. Son discours a été ponctué de « qui contestera ? » et de qui « osera dire qu'il est contre ?» et il a cité la nécessité de la transparence pour les engagements pris, la nécessité d' un effort financier sans précédent pour aider les pays en développement, la proposition du Premier ministre éthiopien, au nom de l'Afrique, de créer un groupe de travail pour une répartition équitable de ces fonds, la proposition des Européens visant un objectif de 100 milliards d'euros en 2020, la proposition africaine d'une étape intermédiaire de 50 milliards en 2015, la nécessité de financements innovants, la nécessité de 10 millions de dollars par an entre 2010 et 2012 dont 20% iraient à la lutte contre la déforestation, la nécessité d'une organisation mondiale de l'environnement. Certains semblent beaucoup tenir au Protocole de Kyoto. Qu'on le garde ! D'autres semblent amoureux du texte de Michael Kutajar sur la coopération à long terme. Qu'on le garde !, a déclaré en substance le président français. Mais « mettons nous d'accord sur un chapeau politique qui reprend peu ou prou tous ces engagements et donnons nous six mois pour transformer cet accord politique en texte juridique », a-t-il ajouté. Appelant à sortir des postures, « car le temps joue contre nous », M. Sarkozy a rappelé qu'en l'absence d'accord, c'est notamment l'Afrique qui en fera les frais.

De nombreux pays africains invoquent la dette climatique que les pays industrialisés ont à leur endroit pour demander que les pays riches s'engagent beaucoup plus résolument. Mais, pour Yvo de Boer, ce n'est pas le sujet. « Les promesses de financement qui ont été faites l'ont été parce que les pays industrialisés reconnaissent les besoins des pays en développement et parce que la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques prévoit des transferts de technologies et un soutien financier en faveur des pays en développement pour les aider à développer leurs capacités, et non pas pour effacer une dette climatique », a-t-il dit à la presse. Et d'ajouter: « Tous les pays en développement veulent la poursuite et l'extension du Protocole de Kyoto car c'est le seul instrument juridiquement contraignant dont on dispose au niveau international pour lutter contre le changement climatique ».

Au titre du Protocole de Kyoto, les six sous-groupes établis travaillent sur: 1) les chiffres, 2) les autres questions, 3) les conséquences potentielles des nouveaux engagements, 4) les mécanismes, 5) la comptabilisation des émissions dues à l'utilisation des terres et à la réaffectation des sols, 6) le sort à réserver aux carburants de soute. Au titre de la Convention cadre des Nations unies, dix sous-groupes travaillent sur: la vision partagée, le financement, les réductions d'émissions pour tous les pays, la mise en adéquation des actions dans les pays en développement bénéficiant d'un soutien des pays riches, la réduction des émissions dues à la déforestation et la dégradation des forêts, les mécanismes de marché, l'adaptation, les technologies, le renforcement des capacités, les mesures de réponses à l'impact de mesures climatiques des pays industrialisés sur les pays en développement comme la crainte des pays producteurs de pétrole de voir chuter les recettes de la vente de pétrole, la crainte des retombées de l'inclusion de l'aviation dans le système communautaire d'échange de quotas d'émissions, la crainte des restrictions à l'importation des biocarburants. (A.N.)

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