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Bulletin Quotidien Europe N° 10043
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) pe/afghanistan

Les députés européens restent partagés entre soutien aux efforts de l'UE et doutes sur la capacité de réussir à stabiliser l'Afghanistan

Bruxelles, 17/12/2009 (Agence Europe) - L'objectif principal du nouveau plan d'action de l'UE pour l'Afghanistan et le Pakistan est d'encourager la paix dans la région, notamment en soutenant le processus d' « afghanisation » qui permettra au pays de gérer ses problèmes lui-même. C'est Cecilia Malmström qui l'a présenté au Parlement européen, en précisant que l'Union s'attend à un effort de la part de ce pays. « Nous attendons des changements, cinq ans sans changements, ça ne va pas ! ». Prêt à accompagner ce processus, le Conseil est convaincu que le peuple afghan doit comprendre que c'est à son gouvernement qu'incombe la responsabilité de l'amélioration de son sort. Ce qui ne sera pas possible sans des institutions étatiques efficaces, la lutte contre la corruption, le développement agricole, le renforcement de la coopération régionale. Notamment avec le Pakistan, qui a connu depuis les élections de 2008 un « impressionnant » développement vers la démocratie mais doit faire des efforts pour se libérer de la « vraie menace » que constituent les talibans et pour assumer la responsabilité de sa propre sécurité.

L'Union doit fournir une « contribution cohérente » pour aider l'Afghanistan, en la coordonnant avec la communauté internationale, a enchaîné Catherine Ashton au nom de la Commission: la conférence qui aura lieu à Londres le 28 janvier pemettra à M. Karzaï de faire part de ses idées et de ses intentions. L'état de droit et le développement agricole (la reconversion vers d'autres cultures que le pavot fait partie de ce chapitre) sont au centre de l'engagement de l'Union. Catherine Ashton insiste aussi sur la nécessité d'une meilleure organisation des consultations électorales. À l'issue du débat, la vice-présidente de la Commission a confirmé qu'elle a parlé de ces questions avec le secrétaire général de l'OTAN, avec le général M. Chrystal, avec Hilary Clinton: l'UE n'ignore donc ni l'action de l'OTAN ni celle de ses partenaires. Quant au Pakistan, il doit devenir « une démocratie stable, libre du terrorisme » et « dépasser sa méfiance » vis-à-vis de l'Inde. Pour l'y aider, l'Union est prête à mobiliser davantage de ressources: nous avons besoin des « personnes justes, des qualités appropriées, de la cohérence parmi les donateurs », a déclaré Catherine Ashton. Un Sommet UE/Pakistan aura lieu pendant la Présidence espagnole.

Tous les parlementaires souhaitent la stabilisation de la région et la fin du terrorisme, mais bon nombre d'entre eux sont sceptiques sur la capacité de l'Union de réussir cette mission, et d'autres encore se demandent si les sommes que l'Union verse à l'Afghanistan depuis 2001 sont toujours arrivées là où elles devaient et si elles ont été bien utilisées. Certains se demandent même ce que l'Union est allée faire en Afghanistan, ce pays où (le verdict sur ce point est unanime) l'histoire enseigne qu'il est impossible de gagner une guerre. L'objectif principal était de démanteler les camps d'Al Qaïda, selon le Français Philippe Juvin (PPE), ce qui a été fait. Il ne faut pas pour autant partir avant de donner au pays une chance de prendre son destin en main, et il faut se rendre compte que les critères européens ne correspondent pas toujours à ceux des Afghans, auxquels on doit cependant demander de lutter contre la corruption et contre la production et le commerce de drogue, insistent d'autres élus du PPE. Dans le même groupe, l'Allemand Michael Gahler regrette que le plan d'action ne contienne pas de propositions concrètes pour faciliter le dialogue entre Afghanistan et Pakistan, deux pays qui partagent des milliers de kilomètres de frontières en grande partie non surveillées et non surveillables. On dit que ceux qui restent plus d'un an en Afghanistan sont perçus non pas comme une force amie mais comme des occupants, constate Elmar Brok (CDU), en invitant les pays membres et les institutions européennes à réfléchir sur une solution raisonnable pour faire partir aussi vite que possible les soldats européens sans laisser derrière eux le chaos.

Pour le groupe S&D, l'Italien Roberto Gualtieri est plus positif sur le plan d'action, qui insiste à juste titre sur un « engagement civil et politique fort ». M. Gualtieri se félicite du but déclaré de la nouvelle stratégie de Barack Obama, l'envoi de troupes supplémentaires pour protéger la population et renforcer les forces afghanes. « Nous ne pouvons pas abandonner l'Afghanistan », s'est écrié quant à elle la socialiste portugaise Ana Gomes.

L'Union a dépensé environ un milliard d'euros par an en Afghanistan, un pays dont le PNB est de moins de sept milliards, rappelle l'Italien Pino Arlacchi pour le groupe ADLE. C'est beaucoup, et cela pourrait changer le destin du pays si c'était bien utilisé, insiste M. Arlacchi, rapporteur sur une nouvelle stratégie sur l'Afghanistan, et qui dit avoir de grandes difficultés à trouver des données claires sur la destination et l'utilisation de cette aide. Catherine Ashton lui a assuré que ces données existent et que l'aide est bien gérée, même si des améliorations sont possibles. Pour le libéral luxembourgeois Charles Goerens, même si l'Europe découvre ses limites face au problème afghan, l'action militaire de l'OTAN serait vouée à l'échec sans l'apport diplomatique de l'Union. Pour réussir, celle-ci devrait faire appel à la masse critique de citoyens qui sont prêts à soutenir la reconstruction et la démocratisation de leur pays.

Ne sous-estimons pas les difficultés quotidiennes du peuple afghan, a exhorté, pour les Verts/ALE, la Britannique Jean Lambert, en citant notamment la situation dramatique des policiers afghans qui sont réduits à de la « chair à canon pour les talibans ». Dans le même groupe, la Française Nicole Kiil-Nielsen estime qu'il faudrait privilégier les investissements dans les services à la population, tels que l'éducation, la santé et les transports. Et elle signale une « première » impensable jusqu'à il y a peu de temps, la présence d'une femme gouverneur dans la province de Bamyan. L'Allemand Reinhard Bütikofer déplore quant à lui les résultats désastreux obtenus pour la formation de policiers afghans, en réclamant un effort plus soutenu.

« Nous ne pouvons pas nous permettre que l'OTAN échoue en Afghanistan », affirme Charles Tannock, pour l'ECR. M. Tannock attire aussi l'attention sur la « catastrophe potentielle » que représente un Pakistan doté de l'arme nucléaire et avec un leadership faible. Ce pays reçoit notre aide, il doit nous donner des garanties fortes sur son utilisation, exige M. Tannock, en soulignant le contraste entre la situation de ce pays et « la stabilité et la modération de notre autre partenaire, l'Inde ». La mission de l'ISAF en Afghanistan est cruciale, concorde Geoffrey Van Orden: selon lui, l'Union peut apporter une contribution « pratique » aux problèmes du pays mais seulement dans le cadre d'une action militaire.

Ce que refuse absolument, pour la GUE, l'Espagnol Willy Meyer, préoccupé par le risque d'un nouveau Vietnam. Même position, de l'autre côté de l'hémicycle, pour l'élu du British National Party, Andrew Brons, qui s'étonne de la « naïveté » des Européens vis-à-vis de l'Afghanistan. Nous ne pouvons pas imposer nos modèles de bonne gouvernance, dit-il, à un système tribal où « s'occuper des besoins de sa propre tribu est une évidence ». (L.G.)

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