par Ferdinando Riccardi
Maintenant que l'euro arrive et qu'une partie des citoyens européens seront sans doute, du moins au départ, quelque peu désorientés en le retrouvant dans leurs poches à la place des monnaies nationales qui leur sont familières, il est important d'entendre ceux qui ont été directement impliqués dans ce grand projet. Valéry Giscard d'Estaing et Helmut Schimdt ont parlé il y a deux semaines à Lausanne, lorsqu'ils ont reçu l'hommage qui leur était dû (voir cette rubrique du 15 novembre). Jacques Delors a saisi l'occasion de la parution d'une étude de son Association "Notre Europe", pour rédiger une courte préface, tellement claire et en même temps dense, qu'il m'a semblé impératif de la mettre à disposition des lecteurs.
Ce texte bref et lumineux confirme que: a) l'euro a déjà libéré l'UE des crises monétaires récurrentes qui déchiraient autrefois le marché commun et laissaient des traces douloureuses (orgueil blessé, méfiance entre les Etats membres, difficultés pour la libre circulation des marchandises, etc.); b) la prétendue faiblesse de l'euro par rapport au dollar ne doit pas préoccuper une Union dont l'essentiel des échanges est interne; c) le déséquilibre entre la gestion fédérale de la monnaie unique et l'insuffisance de la gestion économique de l'UEM subsiste; d) pour corriger ce déséquilibre, Jacques Delors ne préconise pas un véritable "gouvernement économique européen", mais "une coordination efficace, qui respecte la personnalité de chacun et permet des réponses concertées aux défis communs"; e) en se déclarant "profondément en accord" avec les orientations de Lluís Navarro, Jacques Delors partage à la fois les mesures réalistes à court terme sans "aucun bouleversement fondamental dont nous n'avons pas besoin" et l'exigence que "l'organisation de l'UEM occupe une place prépondérante dans le débat sur l'avenir de l'Union".
L'analyse et les suggestions de Lluís Navarro, qui fait partie de la "petite équipe de six chercheurs originaires de divers pays" qui compose "Notre Europe", seront résumées dans notre bulletin quotidien.