Le document de José Manuel Barroso « Orientations politiques pour la prochaine Commission » a été résumé dans notre bulletin n° 9969, et le texte intégral en a été amplement diffusé par la Commission européenne. À partir de ce lundi, M. Barroso en discutera avec les groupes politiques du Parlement européen ; après quoi, la conférence des présidents des groupes fixera la date du vote en plénière. Un résumé supplémentaire dans cette rubrique n'ajouterait rien aux éléments dont nos lecteurs disposent ou vont disposer. Mais, entre-temps, M. Barroso lui-même a répondu à plusieurs questions de journalistes sur la signification et les objectifs de son document ; il n'est pas inutile d'en rendre compte.
Document unique. La plupart des groupes politiques lui avaient demandé de préciser sa position sur tel ou tel point auquel chacun d'eux attribuait une importance particulière, et certains groupes avaient posé des conditions spécifiques pour appuyer sa candidature. Au lieu de répondre à chacun séparément, M. Barroso a estimé préférable d'établir un document général identique pour tous les groupes, afin de ne pas donner l'impression d'un effort visant à donner satisfaction à chacun dans une sorte de « captatio benevolentiae ». Aux questions spécifiques, il répondra dans les rencontres groupe par groupe.
Les orientations politiques ne sont pas un programme. Le document d'orientation n'est pas un « catalogue d'objectifs » ni une liste d'actions à entreprendre, car M. Barroso entend « écouter, chercher le dialogue », et il est ouvert à « intégrer les détails opérationnels » qui seront suggérés, dans la mesure où ils sont compatibles avec les orientations générales retenues. De toute manière, le programme opérationnel de la nouvelle Commission sera établi le moment venu par le collège dans son ensemble.
Les « trois grandes familles » ne sont pas exclusives. L'Europe unie a été faite essentiellement par les trois grandes familles politiques: démocrate-chrétienne ; sociale-démocrate ; libérale. Mais M. Barroso n'entend pas distribuer des « certificats de bon européen », et il a rappelé la contribution très significative des conservateurs britanniques à la création du grand marché sans frontières ou celle des verts à la prise de conscience écologique. La Commission n'appartient pas à la droite ou à la gauche ; cette distinction n'existe pas en son sein, et les trois « grandes familles » n'excluent pas l'apport des autres à l'unité européenne.
Pour l'économie sociale de marché. L'ouverture indiquée au point précédent n'empêche pas qu'un modèle économique européen existe et que l'UE doit le défendre dans le monde. M. Barroso a dit: « À l'heure actuelle, il est de bon ton de spéculer sur le déclin de l'Europe. Je m'oppose radicalement à cette vision. Je suis convaincu que l'heure de l'Europe a sonné. Je suis convaincu que l'UE, avec son économie sociale de marché, est la voie vers un avenir meilleur pour nous, pour nos enfants et pour le reste du monde. »
Égalité entre les États membres. Selon M. Barroso, le bon fonctionnement des institutions de l'UE est essentiel et « la méthode communautaire est la meilleure défense de l'égalité entre les États membres » et elle permet de créer entre eux des « solidarités de fait ».
Faire comprendre l'Europe aux citoyens. Selon M. Barroso, « les institutions ont souvent échoué à faire comprendre ce que l'action européenne signifie concrètement pour les citoyens, quels avantages ils tirent du marché unique, des régulations dans les secteurs de l'énergie ou des télécommunications ainsi que de la politique de concurrence ou des Fonds structurels. Ils ignorent les droits que l'Europe leur garantit. Mais les droits ne deviennent réalité que lorsque les personnes concernées y ont aisément accès. Le Traité de Lisbonne facilitera la concrétisation de cet objectif. » Le président a ajouté que les citoyens irlandais, dans leur vote prochain, ne devraient pas négliger les avantages que la participation à l'UE leur apporte. Leur pays représente environ 1% du PIB européen ; ce qu'il a obtenu par les politiques et les instruments communautaires et par la Banque centrale européenne (BCE) a une toute autre dimension.
Le calendrier. M. Barroso trouve étonnant l'importance actuellement attribuée à la date du vote du PE sur le président de Commission. Compte tenu de tout ce qui se passe dans le monde et des attentes des opinions publiques, il est absurde de se bagarrer sur un calendrier. M. Barroso refuse de rentrer dans une polémique à ce sujet: il se dit tout simplement à la disposition du Parlement ; il se présentera devant lui le jour où celui-ci le lui demandera. L'important est de créer un véritable partenariat PE/Commission afin de renforcer le caractère démocratique de l'Union et son efficacité, ce qui présuppose que la Commission soit rapidement en mesure de fonctionner dans la plénitude de ses pouvoirs.
(F.R.)