Bruxelles, 09/07/2009 (Agence Europe) - En reconnaissant qu'il convient de contenir la hausse de la température moyenne à la surface de la planète en dessous de 2 degrés Celsius par rapport aux niveaux de l'ère préindustrielle, les dirigeants du G8, accueillis à L'Aquila par le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, se sont ralliés pour la première fois à ce que recommandent les scientifiques si le monde entier veut éviter un changement climatique dramatique. C'est là, pour de nombreux observateurs, un strict minimum, mais l'Union européenne s'en réjouit comme d'une avancée porteuse de progrès futurs dans les négociations climatiques internationales.
Les dirigeants des pays les plus riches ont aussi réitéré leur volonté que soient réduites de moitié les émissions globales de gaz à effet de serre à l'horizon 2050 (avec un pic de ces émissions dans les meilleurs délais, puis une réduction). Cet objectif implique que les pays industrialisés devront, collectivement, réduire leurs émissions d'au moins 80 % à cette échéance, soulignent les conclusions. Mais les leaders du G8 ont échoué à s'entendre sur un objectif chiffré et contraignant à moyen terme, évitant une nouvelle fois de mentionner une quelconque date intérimaire. La date de 2020, chère à l'Union européenne pour un horizon à moyen terme, est absente du texte de conclusions. Quant à 1990, l'année de référence qu'elle appelle de ses vœux pour la réduction des émissions à long terme des pays industrialisés, elle y figure comme une option parmi d'autres. « Nous soutenons l'objectif, pour les pays industrialisés, d'une réduction collective de 80% ou plus à l'horizon 2050 par rapport à 1990 ou à des années plus récentes. En ligne avec cet objectif à long terme, nous adopterons des objectifs robustes, collectivement et individuellement, en tenant compte du fait que les situations de départ peuvent varier et que les efforts devront être comparables. De même, les principales économiques émergentes devront entreprendre des actions quantifiables pour réduire collectivement leurs émissions par rapport à un scénario sans effort », se contentent d'affirmer les conclusions. Mais l'UE ne s'en offusque pas. Non qu'elle renonce à ses ambitions (une réduction de 30% pour les pays industrialisés dans le cadre d'un accord international à Copenhague en décembre), mais, à ce stade, elle ne s'attendait pas à mieux.
« J'espère que nos partenaires pourront se rapprocher de la position de l'UE. J'espère qu'ils accepteront les 2 degrés comme la valeur de référence de base indiquée par la science pour un cadre d'action - il y a un an, à Toyako, ce ne fut pas possible », avait déclaré le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, à l'ouverture du sommet. Il avait également cité comme objectif primordial celui d'une réduction d'au moins 80% à l'horizon 2050 pour les pays riches. « Ce serait un grand progrès si nous pouvions atteindre cela », avait-il ajouté. Mission accomplie, donc. « Ce n'est pas encore la phase finale de négociation. Je pense, personnellement, que tout se jouera à Copenhague (COP 15- 7-18 décembre: NDLR). Mais l'important, c'est que nous rapprochions le plus possible d'un accord à sceller », a expliqué M. Barroso.
Rosario Bento Pais, experte à la Commission européenne et négociatrice en vue d'un accord international à Copenhague, a estimé, jeudi 9 juillet à Bruxelles, alors que le Forum des Économies majeures était en cours, que le résultat du G8 était « très satisfaisant ». Commentant l'absence d'objectif à l'horizon 2020, elle a déclaré: « On savait que le G8 ne se fixerait pas cet objectif. Même certains pays développés souhaitent uniquement 2050 sans date intérimaire». L'important, selon elle, c'est la comparabilité des efforts, fondée sur des années de référence et la fixation d'un jalon à mi-parcours: « Si c'est 2018 ou 2025, ce n'est pas grave, il faut être flexible dans une négociation à 192 pays ». En outre, le G8 n'est pas l'instance de négociation pour Copenhague.
Fredrik Reinfeldt, le Premier ministre suédois et président en exercice du Conseil de l'UE continue de penser qu' « un objectif à long terme, c'est important dès maintenant, car en 2050, la plupart des dirigeants d'aujourd'hui ne seront plus là ». Il faut, selon lui, éviter qu'arrive le jour où « l'on se demandera pourquoi ils n'ont pas agi quarante ans plus tôt ».
Et d'ajouter « L'Europe veut 2020 », comme jalon pour déterminer comment l'on s'achemine concrètement vers l'objectif 2050. «Nous faisons preuve de leadership. La meilleure solution serait 1990 comme année de référence et 2020 comme objectif à moyen terme, mais nous comprenons que les choses puissent évoluer un peu différemment ».
S'ils se félicitent de la reconnaissance par le G8 des recommandations scientifiques, les Verts/ALE au Parlement ont accueilli l'accord du G8 comme « une déclaration vague sur des objectifs lointains qui ne saurait se substituer à l'urgence d'agir pour le climat ». La CIDSE, alliance des ONG de développement catholiques pour une justice globale, salue un pas en avant mais regrette que les conclusions du G8 ne contiennent aucun engagement sur le financement de l'aide requise pour l'action climatique dans les pays en développement. « Le G8 semble ne pas comprendre que les changements climatiques rendront la pauvreté permanente et réduiront à néant des décennies de progrès vers le développement. Ils jouent avec la vie de millions de personnes parmi les plus pauvres au monde », estime Joanne Green, de l'ONG CAFOD Royaume-Uni, membre de la CIDSE. (A.N.)