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Bulletin Quotidien Europe N° 9939
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Crise financière: évaluations contradictoires du comportement des banques

Le financement de l'économie réelle est-il rétabli ? Au-delà des déclarations et conclusions des grandes assises internationales, le débat européen lié à la crise économique et financière porte surtout sur ce que devrait être la raison d'être des banques, leur activité prioritaire: financer l'économie réelle. Bien d'autres aspects sont en discussion, comme la surveillance de l'activité financière. Mais les propositions législatives à ce sujet ne seront prêtes qu'à l'automne (le 23 septembre, a indiqué la Commission), alors que le rétablissement du flux des financements bancaires aux entreprises est d'actualité, compte tenu des liquidités que la Banque centrale européenne (BCE) a libérées à un taux historiquement bas. Quel est le résultat ? Les prises de position fusent, et elles sont loin d'être uniformes. Les milieux concernés et les organes de presse répondent dans un sens ou dans l'autre selon leurs intérêts ou leurs convictions politiques.

Abus possibles selon les syndicats. John Monks a vivement dénoncé, au nom de la Confédération européenne des syndicats (CES), les aspects potentiellement pervers de l'initiative de la BCE mettant à la disposition d'un millier de banques privées 442 milliards d'euros au taux de 1%. Rien, a-t-il observé, n'oblige ces banques à relancer les prêts à l'économie réelle: elles peuvent utiliser ces liquidités pour relancer la finance créative ou la spéculation sur le pétrole (déjà constatée) et sur d'autres matières premières. Les experts de la CES ajoutaient que les banques peuvent réinvestir immédiatement au taux de 4% (obligations publiques), de 5% (prêts immobiliers) ou autrement les montants obtenus à 1%. La BCE doit agir dans l'intérêt de l'activité économique, de l'emploi et des citoyens en général et non pas des organismes financiers, concluait M. Monks.

Au moins l'un des ministres du Trésor ou des Finances de l'UE était aligné sur une position à peu près analogue: Giulio Tremonti. Il a exprimé à plusieurs reprises l'impression que les banques visaient à conserver les mains libres pour relancer les manoeuvres financières rentables pour elles et pour les spéculateurs mais ruineuses pour l'économie réelle, et il avait ironisé sur leurs attentes: « Cette année-ci va devenir l'année où les banques américaines et autres réaliseront le maximum de profits, car elles obtiennent tellement de liquidités à bas coût. Ce sera pour les banquiers une année inoubliable. » M. Tremonti vient toutefois de proposer une sorte d'armistice avec les banques de son pays: si elles prolongent les délais de remboursement de certains crédits en cours et simplifient les règles et conditions des nouveaux prêts, en revenant à une application transparente des taux d'intérêt, les bonnes relations avec les autorités pourront être rétablies.

Les raisons des banques. De l'autre côté, on fait valoir plusieurs raisons pour expliquer la prudence. Les projets à financer doivent être évalués sérieusement dans l'intérêt de tous. Soutenir des projets sans avenir ou des entreprises qui ne méritent pas la confiance reviendrait à gaspiller les ressources disponibles. Des signes de relance de la demande sont indispensables pour que les investissements soient justifiés et rentables.

Un conflit entre les États membres ? Les observateurs et les milieux politiques européens estiment que les perplexités sur l'attitude des banques et sur les conditions de la reprise des investissements privés sous-entendent des divergences d'orientation entre les États membres. Le Royaume-Uni et quelques autres pays, pour lesquels l'activité financière représente une partie très significative du produit national, s'opposent et s'opposeront de plus en plus à des réglementations, à leur avis, excessives qui entraveraient cette activité. Face à l'ampleur des abus et des désastres, personne ne défend ouvertement les dérives du passé. Mais les réticences sont suffisamment claires pour le ministre allemand des Finances, Peer Steinbrück, qui a explicitement reproché aux autorités britanniques et à la City de Londres de freiner l'introduction de règles strictes de régulation des marchés financiers, et de faire preuve d'une grande réticence à l'égard de ce qui est envisagé. Il entend des voix qui s'élèvent « pour réclamer le retour à la situation d'avant la crise ».

Même si elles sont moins explicites, quelques déclarations de la chancelière Merkel vont dans le même sens, lorsqu'elle se réfère à l'exigence de respecter les principes de l'économie sociale du marché. De son côté, la ministre française Christine Lagarde a dénoncé les réticences de banques basées à Londres ou à New York à pratiquer les dispositions sur l'encadrement des rémunérations des traders, et Jean-Pierre Jouyet, président de l'Autorité française des marchés financiers (AMF), a annoncé un plan stratégique pour la protection des épargnants et il s'est prononcé pour un système de surveillance ayant autant que possible un caractère européen. La libre circulation des produits financiers dans l'UE ne sera pas en cause, mais l'AMF pourrait alerter le grand public des dangers d'un produit, et un « Observatoire des produits d'épargne » est envisagé.

On le voit, les prochaines négociations européennes ne seront pas de tout repos.

(F.R.)

 

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