Bruxelles, 03/07/2009 (Agence Europe) - Le nouveau ministre français de l'Alimentation et de l'Agriculture, Bruno Le Maire, a rencontré pendant une heure, vendredi 3 juillet, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, pour évoquer les questions agricoles actuelles, en particulier la crise du secteur du lait et l'avenir de la politique agricole commune (PAC). Selon le ministre français, qui a vu les journalistes après son entretien avec M. Barroso, la France et la Commission seraient d'accord sur le fait que l'agriculture est « un acteur stratégique ». Sur la crise du lait, Barroso aurait jugé « très importante » la communication que doit faire le 22 juillet prochain Mariann Fischer Boel, la commissaire à l'Agriculture, sur l'analyse du secteur et les formules possibles pour stabiliser le marché du lait et des produits laitiers. Sur ce texte, la France attend des « propositions concrètes », a dit M. Le Maire. Une lettre commune franco-allemande a été envoyée à Mme Fischer Boel pour demander des mesures supplémentaires en faveur des producteurs de lait.
Dans son entretien avec M. Barroso, le ministre français de l'Agriculture a insisté sur: 1) la nécessité d'une régulation de la production agricole, comme cela a été fait récemment pour les secteurs financiers: « Ce sera le fil rouge de la France pour la renégociation de la PAC après 2013 », a déclaré à la presse Bruno Le Maire. Il a rappelé que le revenu agricole en France et ailleurs a connu des hauts et des bas « inacceptables » (en France, le revenu agricole a baissé de 20% en 2008). Il faut donc une régulation afin de garantir un revenu stable et décent (pas seulement pour le lait) ; 2) la nécessité d'une transparence sur les prix (avec notamment la mise en place d'un observatoire des prix à l'échelle européenne): aux dires de M. le Maire, M. Barroso se serait montré favorable à « des progrès » dans ce domaine de la transparence ; 3) l'importance de mettre l'innovation et l'investissement au cœur de l'agro-alimentaire et de l'agro-industrie.
Les quotas laitiers sont-ils vraiment la solution à la crise, s'est interrogé le ministre français. Avant de répondre: « Je ne crois pas ». Il a répété qu'il faut une régulation de la production qui garantisse un revenu stable et décent et qu'il n'y a pas de formule magique. Il faut, selon lui, un mécanisme de régulation de la production, « mais pas forcément les quotas ». Depuis deux ans, les quotas laitiers augmentent mécaniquement de 1% chaque année avant leur disparition pure et simple prévue fin mars 2015. Pour de nombreux producteurs, cette augmentation des quotas entraîne une surproduction et explique la chute des prix actuelle.
Lettre franco-allemande sur le lait et l'avenir de la PAC. Bruno Le Maire et son homologue allemande, Ilse Aigner, ont adressé, jeudi 2 juillet ; une lettre commune à Mariann Fischer Boel pour lui demander d'envisager des mesures supplémentaires en faveur des producteurs de lait. Les deux ministres allemand et français, qui se sont rencontrés jeudi à Stuttgart, rappellent que le 22 juillet la Commission doit remettre « une analyse approfondie du marché, indiquant les formules possibles pour stabiliser le marché des produits laitiers » (conformément aux conclusions du dernier Conseil européen). La France et l'Allemagne demandent que ce rapport « ne ferme pas la porte à un gel éventuel de l'augmentation des quotas laitiers prévue pour 2010 ». Cette demande n'est pas nouvelle et elle est pour le moment rejetée par la Commission et plusieurs pays de l'UE. « En tout état de cause, de nouvelles formes de régulation à l'échelle européenne seront nécessaires pour que le secteur laitier ne dépende pas uniquement des seules règles du marché », ajoutent, dans leur lettre, Mme Aigner et M. Le Maire.
Par ailleurs, s'agissant de mesures immédiates, la France et l'Allemagne se réjouissent de l'intention de la Commission de proposer au Conseil une extension de la période d'intervention pour le beurre et la poudre de lait, « et nous souhaitons qu'elle soit d'une durée adaptée à la gravité de la conjoncture », lit-on dans le courrier adressé à la commissaire. Ces deux pays préconisent aussi: - de revaloriser les restitutions aux exportations pour les fromages et d'abaisser le prix minimum des fromages pouvant bénéficier de restitutions ; - d'entamer une réflexion globale sur la volatilité des marchés, ainsi que sur l'organisation des filières, par exemple dans le cadre de relations contractuelles ; - d'examiner les modalités d'une communication sur les lieux de production, respectueuse de la bonne information du consommateur.
Le ministère français de l'Agriculture a, par ailleurs, annoncé la mise en place d'un groupe de travail franco-allemand « pour préparer l'avenir de la PAC après 2013 ». Les premières réunions débuteront en septembre. Enfin, les cabinets des deux ministres ont décidé de s'échanger un fonctionnaire pour mettre en place « une relation franco-allemande forte et étroite au service de l'agriculture européenne ». (L.C.)