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Bulletin Quotidien Europe N° 9935
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) ue/euromed

Relance incertaine des activités de l'UpM dès mardi 7 juillet, mais dans un contexte bien embrumé

Bruxelles 03/07/2009 (Agence Europe) - Deux réunions dans le cadre de l'UpM (Union pour la Méditerranée) auront lieu le même jour, mardi 7 juillet à Bruxelles, qui devraient amorcer la relance des activités mises en veilleuse depuis le début de l'année, après l'invasion de Gaza, fin 2008. Mais rien ne serait joué avant lundi, jour d'une réunion de concertation inter-arabe. De cette réunion de coordination du groupe arabe seul, dépendent pratiquement les deux réunions du 7 juillet.

La première réunion sera celle des hauts fonctionnaires (ambassadeurs pour la plupart) chargés du suivi du processus EuroMed qui ne se sont rencontrés qu'une seule fois depuis 2008, plus pour écouter M. Solana expliquer le point de vue de l'UE sur la crise israélo-palestinienne que pour des délibérations formelles. Cette réunion permettra d'examiner si les conditions de reprise sont réunies. Elle donnera aussi l'occasion, en marge, d'un examen du fonctionnement de la fondation culturelle Anna Lindt dont le Conseil des gouverneurs est formé des mêmes hauts fonctionnaires. La deuxième réunion regroupera les ministres de l'Économie et des Finances. Elle sera axée sur deux points: l'impact de la crise financière et la mise en œuvre de l'instrument financier FEMIP (Facilité euroméditerranéenne d'investissement et de partenariat) géré par la BEI. La conférence devrait préciser les décisions annoncées pour une révision de la FEMIP dans le contexte nouveau de l'UpM dont la BEI célébrera en même temps, le 13 juillet, le 1er anniversaire. Le professeur Jean-Louis Reiffers, président du Comité scientifique du FEMISE (Forum Euro-Méditerranéen des Instituts de Sciences Économiques), sera présent à cette conférence qui doit discuter des plans pour une étude sur les effets de la crise économique dans les pays méditerranéens.

Des espoirs de reprise sont nettement affichés malgré l'embrouillamini institutionnel qui affecte la mise en place des structures et du cadre de travail de l'UpM. En dépit de quelques appels, plus ou moins discrets, à en revoir l'architecture (venant du Maroc, notamment), la nouvelle « organisation régionale » euroméditerranéenne serait pleinement sur les rails, même si chacun des pays participants paraît lui donner un contenu et une finalité différents. Les lignes de partage ne sont pas nettes et elles traversent aussi bien le côté européen qu'arabe comme aussi l'ensemble des pays partenaires (La Turquie, notamment, qui est, à la fois, soucieuse de ne favoriser aucune option qui puisse faire de l'UpM une alternative à son adhésion à l'UE, tout en veillant à ne pas être absente des rouages nouveaux qui se dessinent au titre du secrétariat et en replaçant le tout dans le contexte des rapports avec Chypre).

Des avis sont même émis hors de la zone, comme celui du président sénégalais Abdulaye Wade pour qui l'UpM ne servira qu'à « couper » les Nords-Africains de l'Afrique subsaharienne. Un point de vue similaire à celui exprimé par le « guide » libyen Kadhafi. Ce souci africain - qui plaide pour une approche « continentale » medafricaine - n'est pas pris à la légère puisqu'un des anciens ministres français à la Coopération, Olivier Stirn, a été chargé, au sein de l'équipe qui gère l'UpM à Paris, d'imaginer un schéma permettant de « jeter des passerelles » entre les politiques eurafricaines et euroméditerranéennes.

« Le bébé est né mais nous ne cessons pas de débattre de sa conception et des caractéristiques à lui donner », résume un haut fonctionnaire européen. Un autre, d'une autre institution, nous répond: « Vous n'avez pas compris ? Nous sommes alors deux. Attendons ».

On peut encore s'interroger sur ce que sera l'attitude de la Présidence suédoise, en exercice à la tête de l'UpM depuis seulement 3 jours. Celle-ci avait revendiqué haut et fort qu'elle ne souhaitait pas céder ses prérogatives, y compris à la tête de l'UpM, contrairement à la Présidence tchèque (EUROPE n° 9932) et à ce qu'envisage l'Espagne pour le prochain semestre. Mais cette forte détermination s'est vite heurtée à une double réalité: la ferme volonté de la France de demeurer co-présidente de l'UpM envers et contre tout et achever un mandat de 2 ans et donc échapper à la règle de rotation en usage dans l'UE, et, aussi, la crainte de la Suède de disperser ses faibles « ressources humaines » toutes mobilisées dans l'accomplissement de son mandat européen. Une solution paraît se dessiner et qui devrait être formalisée lors du voyage du président Sarkozy à Stockholm en cette fin de semaine ; un partage à 50/50. Une « co-co-présidence », selon un de nos interlocuteurs européens. La Suède co-présidera les réunions à caractère politique dont les rencontres entre les hauts fonctionnaires, la France tout le reste, en particulier les réunions sectorielles et techniques comme celle qui a eu lieu fin juin à Paris sur le développement durable, considérée comme un « succès » mais dont nul ne s'aventure à tirer des conclusions politiques sur la relance du dialogue, même si un ministre israélien y a côtoyé des ministres arabes (maghrébins, jordaniens, syriens, etc.). Sauf à Paris, où une intense campagne médiatique a fait de cette rencontre la fin du problème israélo-arabe qui bloquait l'UpM. Mais pour les pays arabes, rien ne serait encore joué alors qu'existe une décision de la Ligue arabe de ne participer qu'aux réunions « techniques » en s'abstenant d'être présente, à toute rencontre politique, dont celle des hauts fonctionnaires, mardi 7 juillet à Bruxelles. Mais d'une ambassade à une autre, les lectures de la décision de la Ligue ne sont pas identiques et certaines se posaient encore la question, vendredi, si leur ministre des Finances devait venir à Bruxelles mercredi. Du côté européen, faute d'avoir à décider qui est aux commandes, la lettre d'invitation aux ministres de l'Économie et des Finances est signée par tous: Suède, France, Égypte, Commission européenne en l'occurrence Joaquin Almunia, et le président de la BEI.

Le « jeu français » paraît intriguer. Des sources concordantes, au sein des différentes institutions européennes, ne comprennent pas les motivations qui poussent Paris et Madrid à se liguer pour une mainmise sur la conduite de l'UpM. « Il n'y a pas de partage possible entre deux États membres seuls », c'est aux 27 dans leur ensemble de dire ce qu'il en est, fait-on observer. D'autant plus, que ce jeu n'aurait plus de sens dès l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne puisque ce sera le « Monsieur politique étrangère » qui prendra place dans le fauteuil de co-président euroméditerranéen. À moins que la manœuvre des deux capitales (l'Italie, autre État membre riverain important, ne serait plus impliquée dans cette stratégie) ne soit conçue pour favoriser l'émergence d'une Union euroméditerranéenne plutôt intergouvernementale. Cette option apparaît en toile de fond des débats qui ont lieu pour la mise en place du futur secrétariat général de l'UpM qui sera installé à Barcelone. Demeurent non réglées les questions sur son rôle et ses attributions, les compétences du secrétaire général et des 5 ou 6 secrétaires généraux adjoints (la Turquie est émue de voir que le promesse d'un 6ème poste faite par Bernard Kouchner à la ministérielle de Marseille en novembre s'est dissipée et insiste pour que l'engagement soit respecté, provoquant une demande similaire de Chypre). Dans ce « montage », il restera - et c'est ce qui ramène au débat sur la conception institutionnelle ou intergouvernementale de l'UpM - à définir le rôle de la Commission européenne. (F.B.)

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