Bruxelles, 03/07/2009 (Agence Europe) - Malgré la crise économique et financière et une réduction des budgets en Europe, l'industrie aérospatiale et de la défense a réussi à « se défendre», a déclaré, jeudi 2 juillet, le président de l'ASD (Association des Industries aérospatiales et de défense en Europe) Allan Cook. Celui qui est aussi directeur exécutif de Cobham a fait le point sur les résultats du secteur pour l'année 2008. Le secteur a enregistré une croissance de 2,5% par rapport à l'année précédente, malgré les difficultés de l'industrie aéronautique civile, la plus touchée par la crise, mais dont les résultats ont été contrebalancés par les commandes militaires. Cette position « relativement forte » de l'industrie aérospatiale et de défense par rapport à d'autres secteurs pourrait se maintenir en 2009, même s'il est encore trop tôt, selon M. Cook, pour préciser à combien s'élèvera la croissance du secteur dans le contexte de contraction des marchés financiers. Faisant appel au nouveau Parlement européen et aux instances communautaires, M. Cook a mis en avant l'importance de l'investissement dans la recherche et le développement (11% des revenus de l'industrie sont affectés à la R&D dans le secteur qu'il représente) et l'importance du secteur - en particulier ses petites et moyennes entreprises - qui pourrait devenir le levier de la relance économique. « Nos industries sont des moyens stratégiques pour l'Europe. (…) Investir dans notre secteur (…) nous aidera à continuer à fournir des emplois hautement qualifiés, de l'innovation technologique et des performances environnementales », a estimé M. Cook.
Résultats. Dans son ensemble, le secteur aérospatial et de la défense a enregistré un chiffre d'affaires de 136,9 milliards d'euros en 2008, soit 2,5% de plus que l'année précédente. L'emploi a aussi connu une légère hausse (0,3%), le nombre de personnes occupées passant de 642 100 en 2007 à 644 100 l'année suivante. Selon M. Cook, ces bons résultats sont dus à une croissance élevée au cours du premier semestre 2008, le deuxième étant marqué par un ralentissement significatif, en particulier dans le secteur manufacturier civil. Le secteur aéronautique civil a été le plus touché par la détérioration des économies mondiales, qui a eu un impact considérable sur l'aviation d'affaires (le carnet de commandes est vide) et sur les compagnies aériennes pénalisées par les baisses du trafic et la hausse des prix du carburant. Selon l'IATA (Association des transporteurs aériens internationaux), les revenus des compagnies aériennes peuvent se contracter de plus de 80 milliards de dollars (soit 15% de moins qu'en 2008) et les pertes combinées du secteur sont susceptibles de s'élever à 9 milliards de dollars à la fin de l'année, ce qui aurait un impact considérable sur les nouvelles commandes. Le budget destiné aux acquisitions de nouveaux avions prévu pour cette année (environ 1000 Airbus et Boeing) pourrait diminuer de 10 à 20 milliards de dollars. Les mauvais résultats de l'industrie aéronautique civile ont toutefois été contrebalancés par les commandes de l'aéronautique de défense passées en particulier par les pays tiers (Inde, Brésil, Corée du Sud, Singapour, Émirats arabes unis et Arabie Saoudite). Ceci a permis à l'ensemble du secteur aéronautique (civil et militaire) d'enregistrer une croissance de près de 3% (+2,7%), avec en même temps une contraction de l'emploi de 1,2%. Le chiffre d'affaires global des compagnies spécialisées dans la défense terrestre et dans le secteur naval s'est accru de 6,5% (31 milliards d'euros en 2008) et le taux d'emploi de 4%, alors que le secteur spatial a connu une croissance de 9,7%, surtout grâce au développement du marché des satellites. M. Cook est resté prudent quant aux résultats de l'année en cours, qui peuvent être altérés par « les taux de croissance en baisse » et « les réductions de financement ». « Nous restons vigilants en particulier sur la situation de nos petites et moyennes entreprises. Préserver la chaîne d'approvisionnement (…) est crucial pour assurer que notre industrie soit pleinement opérationnelle lorsque l'économie et la demande mondiale commenceront à croître de nouveau », a-t-il déclaré. Clean Sky. L'ASD a salué la volonté de la Commission européenne de faire progresser la mise en place du programme (un programme de recherche visant à développer des technologies d'aviation propre) auquel le secteur aéronautique contribue à hauteur de 800 000 euros (50% du budget total). Critiquée par l'industrie il y a trois mois encore, notamment pour la rigidité des procédures et le manque de couverture financière, la Commission est parvenue, selon M. Cook, à rassurer le secteur. Elle a notamment créé en son sein un groupe ad hoc chargé de faciliter et d'accélérer la prise de décision dans le cadre du programme. Eric Dautriat, directeur exécutif de Safran, a été nommé à la tête de ce groupe qui devrait devenir opérationnel dès cet automne. « Il est encore trop tôt pour dire que ces mesures sont suffisantes, mais nous avons remarqué la bonne volonté de la Commission européenne », a indiqué le secrétaire général de l'ASD, François Gayet, présent aussi à la conférence. M. Cook a pour sa part rappelé l'objectif que s'est fixé l'industrie dans le cadre du Conseil sur la recherche aéronautique en Europe (ACCRE), à savoir réduire les émissions de gaz à effet de serre et le bruit de 50% d'ici 2020. Coopération transatlantique. Le dialogue entre les industries européennes et américaines semble être sur la bonne voie. La dernière réunion à haut niveau était organisée le 16 juin, en marge du salon aéronautique du Bourget, sous le patronat de l'ASD et de l'AIA (American Aerospace Industries Association). Les deux associations y ont appelé le gouvernement américain et l'UE à éviter d'adopter des mesures protectionnistes. Était en particulier visé le nouveau projet de loi sur les inspections de sécurité voté en mai par la Chambre américaine des représentants, projet qui impose des inspections régulières (deux fois par an) et obligatoires des entreprises de maintenance européennes chargées de l'entretien d'avions américains (EUROPE n° 9910). À l'instar de la Commission européenne, qui a demandé des explications à la partie américaine à l'occasion de la reprise des négociations sur la deuxième étape de l'accord « open skies », l'ASD estime que le projet susmentionné peut remettre en question l'accord conclu entre les États-Unis et l'UE sur la sécurité de l'aviation (BASA). Concrètement, la loi remettra en question le principe de la reconnaissance mutuelle des certificats de sécurité garanti par l'accord et, de ce fait, remettra en question l'ensemble du système qui vise entre autres à éviter le double emploi (et le dédoublement des coûts) en matière de sécurité de l'aviation. Selon l'industrie, en cas d'adoption du projet de loi, la Commission n'hésiterait pas à rendre la pareille au secteur américain et à imposer des mesures similaires à l'égard de 1250 entreprises américaines chargées de l'entretien d'aéronefs européens (contre 450 entreprises européennes spécialisées dans ce domaine). Les deux associations travaillent aussi conjointement sur l'élaboration des bonnes pratiques visant à prévenir la corruption et assurer la transparence dans le secteur. (A.By.)