Pas de réponse définitive. Il n'arrive pas souvent qu'un homme politique expérimenté et de valeur indiscutable soit à première vue aussi embarrassé et hésitant devant les questions des journalistes que l'a été Martin Schulz pendant sa conférence de presse de jeudi (voir notre bulletin d'hier). Une partie de la presse voulait connaître la position du groupe parlementaire Alliance progressiste des socialistes et des démocrates face à la candidature de M. Barroso à la présidence de la Commission européenne, quelle que soit la date du vote ; le président de ce groupe répondait de façon claire et explicite contre un vote ce mois-ci, mais il ne s'engageait pas sur une position socialiste définitive en cas de vote à l'automne.
M. Schulz insistait sur le fait que « pour le moment, le souci est d'éviter le vote en juillet », qui serait pour les socialistes inacceptable ; dans ce cas, ils voteraient contre à l'unanimité. Et il soulignait qu'il n'existe même pas de décision formelle du Conseil européen désignant M. Barroso comme son candidat.
Mais une partie de la presse, à la chasse de gros titres ou par conviction, réclamait une prise de position définitive sur la personne. M. Schulz s'efforçait d'expliquer que son groupe politique réclamait que le président futur de la Commission présente d'abord un programme et que ce programme reprenne les éléments essentiels du Manifeste socialiste: on n'élit pas un président de la Commission pour cinq ans sans savoir ce qu'il entend faire. Mais la question devenait pressante en prenant cette forme: « Voulez-vous un changement de programme ou de personne ? Quel est votre candidat ? » Le président socialiste a alors rappelé quelques principes démocratiques essentiels. À son avis, M. Barroso n'est pas la personne appropriée ; mais d'autres ne sont pas de cet avis. Les chefs de gouvernement l'ont retenu à l'unanimité, y compris ceux qui sont socialistes, et le groupe parlementaire le plus nombreux issu des élections le soutient: « J'en prends note, je respecte leur opinion ». Souhaiterait-il un autre candidat issu du même parti européen majoritaire ? Ce n'est pas au Parlement d'éventuellement le désigner mais au Conseil européen. Ce qui serait inacceptable, ce serait que le président de la Commission soit nommé par une majorité parlementaire incluant les eurosceptiques en tant qu'élément indispensable, et qu'il ne présente pas au préalable un programme.
Autres exigences. À propos de certaines rumeurs selon lesquelles son groupe ne serait pas unanime, M. Schulz a réaffirmé qu'il est unanime contre le vote en juillet, et il a ajouté que le nouveau président de la Commission devra aussi indiquer ses orientations sur le choix des commissaires, les vice-présidents et les portefeuilles qui pourraient revenir à des socialistes. Il a aussi réclamé la clarté à propos du traité qui serait appliqué: celui de Nice ou celui de Lisbonne ? Si c'est Lisbonne, il faudra alors s'occuper des deux autres nominations que ce traité implique: le président « durable » du Conseil européen et le Haut représentant qui serait en même temps vice-président de la Commission et président du Conseil « Relations extérieures ». On le voit, la situation comporte bien des éléments et il est impossible de répondre par un oui ou un non les couvrant tous. Pour le moment, un seul point est définitif pour les socialistes: si on vote en juillet, c'est non.
Libéraux plus flexibles ? Je rappelle que la position du groupe libéral (ADLE) semble plus nuancée: les conditions ne sont pas réunies pour qu'il puisse s'exprimer en juillet sur le président de la Commission, mais il estime que d'ici le 14 juillet les choses peuvent encore évoluer (voir notre bulletin n° 9933). Cette rubrique reviendra sur les perspectives de l'action européenne de Guy Verhofstadt.
La présidence du Conseil accepte d'attendre. Pour justifier son appui à un vote immédiat du Parlement sur le président de la Commission, le nouveau président du Conseil européen Fredrik Reinfeldt avait fait valoir l'opportunité d'avoir à ses côtés un président de la Commission clairement et définitivement désigné, avec lequel son gouvernement pourrait coopérer en pleine légitimité démocratique. C'était un souhait raisonnable, vu l'ampleur des décisions et initiatives qui attendent l'UE dans le semestre qui vient de commencer.
Toutefois, ce vendredi même, M. Reinfeldt a annoncé, après un entretien avec Nicolas Sarkozy, qu'il renonçait à cette position: l'opportunité politique et surtout le souci d'éviter que le président de la Commission soit approuvé par un seul groupe politique appuyé par les eurosceptiques, l'ont amené à modifier sa position: il renonce à préconiser un vote immédiat (voir la page suivante, avec aussi les remarques de M. Sarkozy). Il reste à souhaiter que le souci d'efficacité invoqué par la Présidence suédoise ne soit pas négligé, et que l'urgence d'une désignation soit reconnue, pour le bon fonctionnement de l'UE durant ce semestre.
(F.R.)