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Bulletin Quotidien Europe N° 9893
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Importance et significations des deux prochains sommets sur l'énergie

Dans le secteur de l'énergie, tout bouge très vite. Le Traité de Lisbonne prévoit explicitement une politique énergétique européenne commune: s'il était en vigueur, tout serait plus simple et plus clair. Mais les citoyens qui ont pris l'effroyable responsabilité de bloquer ce Traité n'empêchent pas les progrès de la coopération européenne en ce domaine, malgré le vide juridique partiel, tant les institutions de l'UE et la plupart des responsables politiques des États membres sont conscients de l'exigence d'agir en commun.

Deux réunions très significatives se dérouleront en mai: les 21 et 22 mai en Sibérie le Sommet UE/Russie ; auparavant, le 8 mai à Prague, le Sommet du « Corridor sud gazier » responsable des trois projets de gazoducs méridionaux, élément essentiel pour l'approvisionnement énergétique européen de l'avenir. Les débats porteront en partie sur les mêmes projets et stratégies. L'Europe s'efforce de diversifier ses sources d'approvisionnement énergétique et leurs parcours, afin de ne pas dépendre excessivement du passage par le territoire russe. Les autorités de Moscou répondent par une double stratégie: conserver autant que possible l'exclusivité territoriale pour la fourniture à l'UE non seulement du gaz d'origine russe mais aussi d'autres zones ou pays de l'ancienne URSS ; acheter à cette fin à ces pays de production le gaz destiné au marché européen afin de s'occuper ensuite elle-même de le vendre à l'UE. Opérations colossales et de longue durée.

L'avantage de la Russie. La Russie a sur l'UE un avantage colossal: l'unité de son pouvoir de décision, car tout dépend du Kremlin, de M. Poutine et de M. Medvedev. Dans l'UE, par contre, il n'existe pas (pas encore ?) de politique commune et certains États membres jouent parfois un « jeu national » d'accords bilatéraux avec Moscou. C'est à la lumière de cette situation qu'il faut évaluer les grandes manœuvres en cours et la préparation quelque peu agitée des deux Sommets cités.

Incertitudes. Le Sommet de Prague sur les trois corridors méridionaux est encore entouré de bien des incertitudes. Du côté de l'UE, y participeront le Premier ministre tchèque M. Topolánek, président (encore pour quelques jours) du Conseil européen, le président de la Commission M. Barroso et le Haut représentant M. Solana, auxquels s'ajouteraient en tant qu'observateurs les ambassadeurs des États membres à Prague. Du côté des pays tiers, il y aura les pays membres officiels de ce club: Turquie, Géorgie, Azerbaïdjan, Kazakhstan et Turkménistan. S'y ajouteront, paraît-il, en tant qu'observateurs, l'Égypte, l'Iraq et l'Ouzbékistan. La présidence a invité aussi trois observateurs supplémentaires de premier plan: la Russie, l'Ukraine et les États-Unis d'Amérique. Seront-ils tous effectivement présents ? On le saura bientôt.

L'objectif est de donner une nouvelle impulsion aux trois projets qui visent à consolider et élargir les fournitures du gaz originaire de cette zone démesurée: projet Nabucco, bien connu ; projet ITGI (interconnexion Azerbaïdjan-Turquie-Grèce- Italie, plus la Bulgarie comme candidate) ; projet South Stream, système de gazoducs destiné à unir la Russie et l'UE à travers la mer Noire. Les deux premiers ont le statut de projets d'intérêt européen, car ils comportent de nouvelles sources d'approvisionnement ; ce statut implique un certain niveau de financement communautaire. Le South Stream y aspire. Il est le fruit d'un accord entre Gazprom et ENI (Italie) auquel se sont associées des entreprises de plusieurs autres pays concernés, États membres de l'UE ou pays candidats: Autriche, Grèce, Hongrie, Bulgarie, Croatie, Serbie.

Les problèmes de « Nabucco ». Le projet le plus ancien et le plus ambitieux, Nabucco, est aussi le plus problématique: pour être économiquement viable, il doit être approvisionné aussi par l'Iraq et l'Iran, en plus des fournisseurs déjà acquis. Sa réalisation est donc liée non seulement aux évolutions politiques du Kurdistan iraquien mais aussi aux relations de l'Iran avec l'Occident. Sans oublier les efforts déjà cités de la Russie pour acheter elle-même le gaz d'une partie de la région concernée, pour le réexporter elle-même vers l'UE. Il paraît que les négociations de Moscou avec Azerbaïdjan, Turkménistan et Kazakhstan progressent.

On le voit, le Sommet de Prague sur les corridors méridionaux se présente comme très compliqué.

Un Sommet qui promet. Le Sommet UE-Russie est précédé, ce jeudi même à Moscou, par la réunion du Conseil permanent paritaire « énergie » (voir les pages suivantes de ce bulletin). Entre-temps, M. Medvedev a annoncé un projet alternatif de charte internationale de l'énergie, en confirmant que son pays ne ratifiera jamais le texte actuel (voir notre bulletin n° 9886) et le ministre des Affaires étrangères, M. Lavrov, a fait le point sur la situation vue du côté russe (voir notre bulletin n° 9892). Si l'on ajoute les aspects de politique étrangère pure (missiles, Géorgie, etc.), il est permis de prévoir deux journées assez agitées. (F.R.)

 

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