Prague, 06/04/2009 (Agence Europe) - L'inquiétude quant à l'impact effectif de la crise financière et économique mondiale sur les pays les plus pauvres était tangible à l'ouverture de la dix-septième Assemblée parlementaire paritaire (APP), qui s'est ouverte lundi 6 avril à Prague. Réunis au lendemain d'un sommet du G20 dont tous ont loué l'empressement et la capacité à mobiliser des fonds considérables quand sont menacées les économies et les acquis sociaux des pays riches, les 78 députés européens et leurs collègues des pays ACP (Afrique Caraïbe, Pacifique) ont, comme la Présidence tchèque de l'UE qui les accueille, souligné l'importance du partenariat pour le développement qu'incarne l'accord de Cotonou pour aider les pays ACP à faire face au triple défi que constitue l'impact de cette crise mondiale, couplé à l'impact de la crise alimentaire et à celui du changement climatique, l'une et l'autre de ces préoccupations devant faire l'objet de résolutions qui seront votées jeudi 9 avril. Urgence oblige, le rôle de l'accord de Cotonou dans la réponse à la crise alimentaire et financière sera le thème d'une résolution d'urgence, et les conséquences sociales et environnementales du changement climatique, celui d'une simple résolution.
Jan Kohout, ministre adjoint des Affaires étrangères tchèque chargé du Développement, s'est réjoui que les élus des pays ACP et de l'UE se rencontrent « à Prague, au carrefour de l'Europe, pour soutenir la coopération au titre de l'accord de Cotonou ». Convaincu qu'« une coopération renforcée est nécessaire à l'heure de la crise mondiale », il a plaidé pour que la révision de l'accord de Cotonou qui débutera en mai serve cet objectif. Chantre du libéralisme, le Premier ministre tchèque Mirek Topolánek, a rappelé combien « il importe que dans un convoi, le plus lent puisse également suivre ». Et d'ajouter: « Nous souhaitons la libéralisation et que tous participent au commerce mondial et à ses avantages. Nous sommes tous concernés par la crise économique et financière (…) un marché global et transparent est le moyen de nous orienter vers une prospérité commune (…) Nous n'allons pas abandonner nos partenaires ACP ». En tant que président du Conseil européen, il s'est engagé à ce que les moyens financiers suffisants puissent accompagner la mise en œuvre des accords de partenariat économique (APE) en négociation, « pour que nous puissions conclure rapidement des APE avec toutes les régions ».
Wilkie Rasmussen, parlementaire des îles Cook et coprésident de l'APP, a mis en exergue l'importance du politique dans la prise en charge des défis. Selon lui, cette crise apporte « potentiellement la preuve de ce que nous pouvons réaliser quand il y a une volonté politique forte de s'attaquer aux problèmes du monde ». La crise financière actuelle se préparait depuis deux ans mais, quand la digue a cédé, la rapidité avec laquelle le monde développé a réagi et réuni les liquidités nécessaires a été impressionnante, note M. Rasmussen. Il déplore cependant que pour d'autres crises « aussi importantes », on n'a pas vu ce degré d'urgence et de détermination à s'attaquer aux problèmes. En témoignent « la poignée de pays » qui ont tenu leur promesse de porter leur aide au développement à 1% de leur PNB, et le peu d'empressement à « s'entendre rapidement sur des objectifs climatiques qui pourraient préserver les générations futures » alors même que certains experts chiffrent le coût estimé de ce phénomène à 3,6 % du PNB mondial, et que le coût de seulement quatre impacts (les dommages consécutifs aux cyclones, les destructions de biens, les coûts énergétiques et les coûts de l'eau) pourrait représenter 1,8% du PNB des États-Unis ou près de 1,9 milliard de dollars jusqu'à la fin du siècle. Sans parler des objectifs du millénaire pour le développement dont la réalisation à l'horizon 2015 nécessite entre 40 et 60 milliards de dollars US par an, « une fraction du montant considérable mobilisé dans les paquets financiers de relance dans les pays développés », souligne M. Rasmussen, convaincu que « la stabilité financière globale à long terme appelle la création et l'expansion des opportunités d'investissement et de développement économique dans les pays moins développés aussi ».
Glenys Kinnock (travailliste britannique), qui, après 15 ans d'engagement pour la cause ACP, coprésidait sa dernière Assemblée parlementaire paritaire, s'est dite choquée par un constat: « Si l'on veut une action urgente, il faut une crise massive des riches. Les crises des pauvres qui ont fait des millions de morts au cours des décennies passées et en feront encore des millions ne semblent pas susciter le même sens de l'urgence ».
Les pays ACP n'ont clairement pas été épargnés par la crise économique. Ils ne doivent donc pas être en marge des efforts qui sont entrepris pour en réduire les effets, a-t-elle fait valoir. Et de citer, à l'appui de son propos la chute de 50 % des recettes du diamant en Afrique centrale, un quart des emplois perdus dans l'industrie du cuivre en Zambie, le choc subi par le tourisme aux Seychelles, la réduction de 14% des transferts d'argent effectués par les émigrants de la Jamaïque vers leur pays d'origine, le déclin de 60% des exportations de thé kenyan depuis septembre 2008.
Mme Kinnock reconnaît l'effort colossal fourni par le G20, et rend hommage à Gordon Brown qui s'est battu « pour qu'on n'oublie pas les pays en développement ». Mais relativise-t-elle, « une chose est sûre: les 50 milliards de dollars pour les pays pauvres, ce n'est certainement pas assez pour compenser leur perte de croissance de 750 milliards de dollars pour la seule année 2009 ». Mme Kinnock se dit en outre inquiète à l'idée que ces fonds seront des prêts plutôt que des dons, et que tout le processus sera contrôlé par le FMI. « Après tout, c'est le FMI et la Banque mondiale qui ont été la cheville ouvrière du Consensus de Washington et de son credo dans les marchés ouverts et la discipline fiscale », souligne-t-elle.
S'agissant du changement climatique, Mme Kinnock a appelé à la mobilisation de fonds d'adaptation qui soient rendus « disponibles, accessible, et qui soient de l'argent frais, pas du recyclage d'anciennes ressources ».
Quant aux APE, qui feront eux aussi, l'objet d'une résolution de l'APP, Mme Kinnock se réjouit que la Commissaire au Commerce Catherine Ashton fasse preuve d'une nouvelle flexibilité qui pourra se traduire - espère-t-elle - « dans une disponibilité concrète à réduire la pression sur les pays ACP ». Étant donné que la Commission continue d'affirmer qu'aucun changement ne peut être apporté aux textes légaux des APE avant leur signature, la coprésidente suggère aux pays et régions ACP qui continuent à négocier, « de chercher à obtenir des assurances écrites, fortes et sans équivoque, de Mme Ashton et du président Barroso, que ce qui a été convenu dans les négociations sera honoré ». Cela vaut notamment pour l'APE négocié avec la SADC, a expliqué Mme Kinnock à la presse, en précisant que deux options pourraient être envisagées: soit un engagement écrit de M. Barroso sur la liste des points qui ont été discutés, soit une annexe aux accords intérimaires qui contiendrait une déclaration des deux parties. En tout état de cause, il faut que les pays ACP aient suffisamment de temps pour se mettre d'accord avec l'UE sur les derniers points litigieux, et éviter le risque que Catherine Ashton « qui a inauguré un changement de style, de ton, mais aussi de substance des accords, ne soit remplacée par un autre Commissaire au Commerce », explique la coprésidente. (A.N.)