Felipe Gonzalez, qui a joué dans les affaires européennes le rôle qu'on sait et préside actuellement le groupe de sages qui réfléchit sur l'avenir de l'Europe, a prononcé la phrase que j'attendais depuis longtemps d'une personnalité de premier plan. La voici: les pays qui ne sont pas prêts à participer à une intégration européenne plus poussée « n'ont qu'à quitter l'Union ». Et il a rappelé que le Traité de Lisbonne contient une clause de sortie. L'aspect positif de cette position est double. D'abord, elle ne contient aucun élément de critique et encore moins de condamnation à l'égard de qui ne souhaite pas que l'intégration européenne soit approfondie. Je n'admets pas le recours à des termes blessants ou méprisants à l'égard des eurosceptiques (sauf lorsqu'ils utilisent les mensonges): leur opinion est légitime. Le peuple norvégien avait le droit de rejeter l'adhésion: il n'est pas devenu moins respectable pour autant. Les refus britannique, danois et suédois d'entrer dans la zone euro n'entachent en rien l'estime et souvent l'admiration que leurs citoyens méritent. Mais ils ne peuvent pas s'opposer à ce que d'autres peuples aient une opinion différente de l'avenir de l'Europe, et qu'ils s'efforcent de la concrétiser. D'autant plus qu'il existe plusieurs degrés d'éloignement de la construction européenne. La Norvège ne fait pas partie de l'UE, et ceci n'empêche pas une collaboration étroite et efficace. Les autres pays cités ont préféré ne pas participer à l'euro, et ne peuvent évidemment pas intervenir dans les délibérations de l'Eurogroupe ni dans les décisions de la Banque centrale européenne ; s'ils sont satisfaits de leur choix, tant mieux pour eux. La réalisation dont on discute actuellement est le Traité de Lisbonne. Il n'est obligatoire pour personne. Mais qui n'en veut pas, ne doit pas entraver le chemin de ceux qui estiment que ce traité est nécessaire. D'ailleurs, ils ne le pourraient pas. Leur refus compliquerait et retarderait la marche, mais il ne la bloquera pas. C'est le deuxième aspect positif de la phrase de Felipe Gonzalez. (F.R.)