Bruxelles, 11/02/2009 (Agence Europe) - L'avenir du Traité de Lisbonne, qui attend toujours sa ratification en Irlande et en République tchèque, semble encore plus incertain après les deux jours de plaidoiries que la Cour constitutionnelle allemande a tenus les 10 et 11 février dans le cadre d'une plainte déposée par plusieurs opposants au texte. Les plaignants (un groupe très hétéroclite comprenant aussi bien un député conservateur bavarois que le parti de gauche radicale « Linke ») demandent à la plus haute juridiction de vérifier si le nouveau traité est conforme à la loi fondamentale allemande, notamment si le transfert de souveraineté prévu par le traité ne prive pas le parlement allemand de ses prérogatives. Le Bundestag et le Bundesrat ont depuis longtemps approuvé le Traité de Lisbonne mais le président de la République, Horst Köhler, attend le verdict de la Cour - attendu pour le début de l'été - avant de signer la loi de ratification. Mardi, devant les juges, les représentants du gouvernement allemand (le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, et le ministre de l'Intérieur, Wolfgang Schäuble) ont défendu le traité. « Les États membres demeurent maîtres des traités (…) On ne peut parler le moins du monde d'un dépouillement des compétences du Bundestag, ni aujourd'hui, ni demain avec le Traité de Lisbonne », a notamment argué M. Schäuble. Selon la presse allemande, les juges ne semblent pas avoir été entièrement convaincus. Au cours des plaidoiries de mardi, plusieurs juges se seraient montrés « très sceptiques » quant à l'ampleur des compétences nationales que le Traité de Lisbonne transfère à l'UE, notamment dans le domaine de la coopération policière et judiciaire en matière pénale. La loi fondamentale allemande (article 146) impose la tenue d'un référendum au cas où un nouvel ordre constitutionnel voudrait la remplacer. La Cour constitutionnelle pourrait donc éventuellement décider que le Traité de Lisbonne devra être approuvé en Allemagne par voie de référendum, conclut la Süddeutsche Zeitung. L'eurodéputé allemand Werner Langen (PPE-DE) estime, en revanche, qu'il n'y a « aucune raison de paniquer ». Pour chaque grand texte européen, comme le Traité de Maastricht ou le projet de Constitution européenne en 2005, la Cour constitutionnelle allemande a été saisie. « Or, jusqu'ici, les verdicts de la Cour ont toujours été très favorables à l'intégration européenne de l'Allemagne. Je ne vois pas pourquoi ce ne devrait pas être le cas cette fois-ci », affirme M. Langen. (H.B.)