Évolution chinoise positive, mais … Lorsqu'on parle de vigilance nécessaire en matière commerciale (voir cette rubrique d'hier), le premier réflexe est de penser à la Chine. C'est en partie logique, car les produits chinois sont de loin les plus visibles aussi bien pour leur quantité que pour le volume d'infractions qu'on leur reproche. Il faut toutefois reconnaître que l'attitude des autorités de Pékin a changé et continue à évoluer: elles collaborent de plus en plus, dans la guerre aux contrefaçons et aux autres illégalités, et les tribunaux répriment durement certains fraudeurs (deux condamnations à mort, qui seront sans doute exécutées, dans l'affaire du lait pour enfants contenant de la mélamine). La Chine a en même temps relancé ses relations avec l'UE et plusieurs projets ou programmes de coopération ont été annoncés.
Une enquête instructive. Mais les points noirs subsistent. La Chine continue à subordonner ses relations avec l'UE à des conditions politiques injustifiées. Le Sommet UE-Chine de décembre dernier a été annulé parce que M. Sarkozy avait rencontré le Dalaï-lama, et pour la même raison l'étape de Paris a été biffée de la tournée européenne du premier ministre chinois. Deuxième point noir, plus substantiel: la présence persistante d'un volume impressionnant de produits chinois illicites et d'infractions. Les enquêtes journalistiques sur le terrain le prouvent. La dernière dont j'ai eu connaissance a été effectuée dans la zone portuaire du Havre et a été publiée la semaine dernière par l'un des principaux hebdomadaires français (Le Nouvel Observateur). Les conteneurs en provenance de Chine dans ce port se comptent par centaines de milliers par an. Impossible de les inspecter tous ; le contrôle physique ne dépasse pas les 3% du total.
C'est plus que suffisant pour que les douaniers fassent des découvertes déconcertantes: colorants interdits dans des sauces, arachides contenant un cancérigène, résidus d'antibiotiques dans le miel, pulpe de poisson avariée destinée à une entreprise cosmétique. Et les cigarettes ? Un conteneur indiquant chaises de plage contenait des caisses de fausses cigarettes Marlboro. La fraude au fisc est ici imposante (« plus rentable que le trafic de stupéfiants, et moins risqué », ont indiqué les douaniers), mais s'y ajoute le risque sanitaire: « Si vous saviez les horreurs qu'on retrouve dedans: antigel, goudron… ». L'affaire des canapés et des chaussures contenant du DMF (diméthyle fumarate, qui évite les moisissures) est connue parce que l'ensemble de la presse en avait amplement parlé. Le DMF provoque eczéma, brûlures et même infections pulmonaires ; dans l'UE, il va être entièrement interdit. Il reste à découvrir les produits chinois qui en contiennent… Plusieurs procès sont en cours ou annoncés contre les distributeurs.
Complicités européennes. Certaines contrefaçons sont encore plus dangereuses: celles des médicaments en particulier. Mais les commerçants et distributeurs européens sont souvent coresponsables. Les douaniers ont indiqué que des poulets chinois sont étiquetés comme brésiliens pour contourner l'embargo grippe aviaire, et ils ont cité un cas de lapins contenant un antibiotique (interdit en Europe) transformés en paupiettes et distribués dans des cantines scolaires (la justice est intervenue contre le distributeur français). Pour plusieurs jouets, un importateur fabriquait lui-même à la chaîne les étiquettes origine européenne !
L'auteur de l'enquête a interrogé la commissaire européenne Meglena Kuneva, chargée de la protection des consommateurs, qui a dénoncé les irrégularités et a en même temps reconnu l'esprit coopératif des autorités chinoises « qui ont déjà retiré à 701 entreprises l'autorisation d'exporter ». Mais les entreprises changent facilement de nom et d'identité sociale…
Il reste beaucoup à faire, et la vigilance demeure indispensable. Exiger le respect des règles et bloquer les marchandises illégales n'est pas du protectionnisme. Au contraire, les efforts et la rigueur doivent être encore intensifiés, et l'UE doit réclamer parallèlement la réciprocité dans l'ouverture des marchés. Le grand commerce et certains distributeurs qui profitent largement des importations à très bas prix défendent leurs intérêts, c'est normal, et les entreprises qui ont largement délocalisé leur production hors de l'UE en font parfois de même. C'est ainsi qu'une campagne contre le prétendu protectionnisme de l'UE est en cours, et les inspirateurs sont toujours les mêmes. Mais en même temps, des entreprises européennes commencent à regretter certaines délocalisations et font marche arrière, évolution qui méritera un commentaire spécifique.
Le Parlement européen bouge. Par ailleurs, l'orientation du Parlement européen semble évoluer. Le rapport de Mme Corien Wortmann-Kool, approuvé par une large majorité de la commission du commerce international (voir notre bulletin n° 9825), insiste sur la réciprocité, la guerre à la contrefaçon, la protection de la propriété intellectuelle. Nous attendons avec intérêt le prochain débat en session plénière.
(F.R.)