Bruxelles, 18/07/2008 (Agence Europe) - La proposition de Pascal Lamy, directeur général de l'OMC, de réduire les droits de douane imposés par l'UE aux importations de bananes, comme base de négociation dans le cadre du cycle de Doha pour le développement (EUROPE n° 8706), provoque l'indignation et l'inquiétude du groupe des 78 États ACP (Afrique/Caraïbe/Pacifique) liés à l'Union par l'accord de Cotonou.
Et pour cause, le groupe ACP déplore que M. Lamy, dans sa mission de bons offices, n'ait pas associé les pays ACP producteurs de bananes à cette proposition de compromis, préjudiciable aux préférences dont jouissent les pays ACP concernés (bénéficiaires, au titre du régime communautaire d'importation de banane en vigueur depuis janvier 2006, d'un contingent tarifaire annuel de 775 000 tonnes à droits nuls) par rapport aux producteurs latino-américains de « banane dollar », soumis à des droits de douane de 176 euros par tonne (qui se verraient ramenés à 116 euros à l'horizon 2015).
Dans un communiqué publié jeudi 17 juillet, le groupe des pays ACP met en garde contre les conséquences potentiellement dévastatrices d'une telle option pour les pays ACP producteurs et appellent à une solution équitable pour tous. Les États ACP estiment qu'en consacrant « une érosion inacceptable du droit de douane », un tel accord «condamne, de manière irréversible et à court terme, les productions de bananes des pays ACP et favorise davantage et abusivement les pays producteurs d'Amérique Latine qui représentent déjà 80 % des importations communautaires, au détriment des productions ACP et communautaires » (en provenance des régions ultrapériphériques).
« Si la réduction envisagée était appliqué en l'état, elle condamnerait l'industrie bananière des pays ACP avec pour corollaire des effets néfastes sur leurs économies, dans la mesure où la banane constitue un de leurs principaux vecteurs de développement et un puissant facteur d'intégration régionale et de lutte contre la pauvreté. Dans les circonstances actuelles, un tel accord ruinerait toutes les chances des pays ACP de participer activement au système commercial multilatéral comme les y incitent fortement les institutions financières multilatérales comme le FMI et la Banque mondiale », souligne le communiqué.
Le groupe ACP juge qu'en l'état, « une telle mesure ne pourrait que remettre en question et vider de leur substance, les accords de partenariat économique (APE) », en cours de négociation entre l'UE et des régions ACP, « en même temps qu'elle amènerait les pays ACP à s'interroger sur la finalité du cycle de Doha ». Partant, « les pays ACP estiment que, par-delà les considérations purement juridiques, il est impératif de rechercher une solution équitable en prenant en compte les intérêts de toutes les parties ». (A.N.)