Chantilly, 11/07/2008 (Agence Europe) - Réunis de manière informelle vendredi 11 juillet à Chantilly, sous la présidence du ministre français du Travail, des Relations sociales, de la Famille et de la Solidarité, Xavier Bertrand, les ministres de l'Emploi et des Affaires sociales de l'UE des 27 ont entamé leur journée par un petit déjeuner de travail avec le commissaire compétent Vladimir Spidla sur le thème « Une idée pour l'Europe sociale ».
D'après la secrétaire d'État française à la Famille, Nadine Morano, l'objectif de cette session de travail est de « sortir des idées concrètes et de les exprimer ». On a senti la volonté des ministres de construire une Europe avec des objectifs concrets et lisibles pour les concitoyens, a constaté Mme Morano. Le fait que l'Europe « semble » éloignée des citoyens a suscité des réactions parmi la classe politique. Ainsi, la ministre grecque a évoqué la nécessité de mieux communiquer et de faire comprendre aux citoyens européens que l'on vit aujourd'hui dans un espace à la fois de paix, où le taux de chômage est en moyenne bas et dans un territoire de prospérité. Le ministre irlandais s'est exprimé sur le « non » irlandais au traité, demandant de bien faire attention au fait que « l'Irlande n'est pas au banc de l'Europe mais est bien aux côtés de l'Europe ». D'une enquête menée sur le pourquoi de ce vote négatif, il ressort que ce sont « des données locales qui ont amené ce vote négatif mais également les inquiétudes sur le tarif de l'essence ». « En Irlande, il y a une vraie volonté de construire l'Europe », a affirmé le ministre irlandais.
Au cours de la matinée, les ministres ont discuté de l'idée d'une « Europe concrète » et d'une Europe sociale et sur les moyens et les outils pour rapprocher l'Europe des citoyens. Ils ont évoqué avec les partenaires sociaux et les représentants de la plate-forme sociale les discussions sur les orientations pour les mois à venir (voir autre nouvelle). Les ministres européens ont ensuite participé à des tables rondes thématiques: la première sur la mondialisation et les changements climatiques. Xavier Bertrand a estimé que la méthode de travail de la France dans ce domaine est « claire: elle repose sur le dialogue social avec les partenaires sociaux et sur le dialogue avec les membres de la société civile qui doit être demain « le moteur de l'Europe sociale ». « Sur tous ces sujets, nous continuerons à travailler main dans la main et notre porte sera toujours ouverte à toute proposition qui consiste en avancée concrète pour les citoyens en matière d'Europe sociale », a assuré Nadine Morano.
Au cours de la seconde table ronde, consacrée à la démographie, les ministres ont débattu des « bonnes pratiques ». La ministre allemande de la Famille, Ursula von der Leyen, a dit travailler à la rédaction d'un document intitulé « Échanger pour mieux apprendre ensemble et avancer ensemble ». La nécessité de concilier vie familiale et vie professionnelle a été évoquée, de même que le temps de travail des femmes. « Rien qu'en France, 40% des femmes arrêtent de travailler parce qu'elles ne trouvent pas de garderies d'enfants », a noté Mme Morano en ajoutant qu'il faut une bonne conciliation vie professionnelle-vie privée « avec des objectifs chiffrés, c'est essentiel ».
Le Haut commissaire aux solidarités actives et à la lutte contre la pauvreté, Martin Hirsch, a insisté sur l'inclusion active « qui est la manière européenne de pouvoir concilier deux choses: à la fois l'activité comme étant le socle des revenus, et à la fois une dimension de solidarité et d'intégration de celles et ceux qui sont les plus vulnérables ». C'est un concept qui repose sur trois choses, expliqué M. Hirsch: le principe d'un revenu minimum, le principe de l'accès au travail (y compris de celles et ceux qui en sont le plus éloignés) et le principe de l'organisation des services sociaux (au service des populations les plus vulnérables). Au cours de l'échange de vues de la matinée, plusieurs pays ont demandé que la priorité soit donnée aux enfants pauvres et ou aux travailleurs pauvres. Tous les pays de l'UE s'accordent à dire qu'augmenter la part d'activité dans la population d'âge actif est tout à fait fondamental. Nadine Morano a parlé d'objectifs chiffrés pour les enfants pauvres et promis de travailler durant la Présidence française pour que les pays qui sont très avancés en matière d'objectifs chiffrés (sur la réduction de la pauvreté, des travailleurs pauvres ou sur les populations défavorisées) puissent les mettre sur la table, a indiqué Martin Hirsch. Il a insisté sur l'importance de « parler méthode, c'est-à-dire du choix de bonnes pratiques » et de tester des solutions pour alimenter les politiques sociales. Il a annoncé deux rendez-vous: - pour la première fois, les ministres des 27 en charge de la pauvreté se réuniront à la mi-octobre pour discuter d'inclusion active ; - le lancement, fin novembre, d'un réseau européen d'expérimentation sociale avec l'aide de la Commission. Enfin, le consultant Bernard Brunhes a présenté son document « Un agenda social pour une Europe compétitive et solidaire », qui a servi de base aux travaux de cette réunion informelle de Chantilly. (G.B.)