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Bulletin Quotidien Europe N° 9702
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) ue/mÉditerranÉe

Le Sommet de Paris du 13 juillet, entre relance et refondation du processus de Barcelone

Bruxelles, 11/07/2008 (Agence Europe) - Le président français Nicolas Sarkozy compte réunir, dimanche 13 juillet à Paris, les chefs d'État ou de gouvernement de 43 pays de l'UE et du pourtour méditerranéen, y compris les Balkans et Monaco. La Serbie et la Macédoine sont finalement exclues car non riverains, mais le Monténégro, la Bosnie, la Croatie et l'Albanie figurent parmi les invités à la table en tant que membres de plein droit. A priori, tous les invités seront présents, sauf - avec certitude - Kadhafi, qui voit dans le projet d'Union pour la Méditerranée une machine de guerre contre les « solidarités » arabes et africaines. Le souverain jordanien ne sera pas présent, retenu par ses obligations prioritaires vis-à-vis de Washington. Le président syrien Bashar el Assad sera heureux de sortir de la marginalité où il a été placé pour son rôle au Liban, au point que l'accord d'association demeure remisé dans les tiroirs. Le Premier ministre turc entretient le doute et paraît ne pas vouloir s'impliquer outre mesure dans un projet qui avait été, au départ, présenté comme une alternative à son adhésion. Le Premier ministre israélien, les présidents tunisien, mauritanien, libanais et égyptien paraissent les plus sûrs. Tunis espère obtenir le siège du secrétariat dont l'instauration est reportée à de meilleures échéances. Hosni Moubarak est promis à la charge de premier « coprésident » de l'UpM, pratiquement désigné par son homologue français. Les autres pays de la rive sud avaient renâclé à cette première entorse au principe de la codécision et de « l'ownership » dont le président Sarkozy avait lui-même fait l'argument principal en faveur de son projet. Ils ont dû céder au rite du consensus, d'usage au sein de la Ligue arabe, notamment parce qu'aucun des autres chefs d'État n'aurait pu assumer ce rôle qui oblige à parler directement au chef du gouvernement israélien. La Turquie avait, elle aussi, manifesté un début de mauvaise humeur mais elle a cédé vraisemblablement plus par désintérêt que par conviction. Pour le reste, il faudra attendre de constater les présences à Paris même. L'Élysée paraît cependant avoir la certitude que presque tous seront au rendez-vous, y compris le roi du Maroc, mais des rumeurs laissent envisager plutôt la venue de son frère ou du Premier ministre. Le Maroc a été soucieux de distinguer son propre rôle et, dans le cadre de l'UpM, il compte obtenir le poste de secrétaire général. Le coup d'éclat est venu du président algérien qui avait tiré à boulets rouges sur l'UpM. Son revirement spectaculaire, annoncé à Toyako, en marge du G8, est sans doute dû à la promesse qu'il n'y aura pas de « photo de famille » en compagnie d'Ehud Olmert.

La confusion sur la liste des présents couvre aussi la dénomination officielle, qui ne laisse pas deviner s'il s'agit d'une nouvelle institution paritaire ou d'un « Barcelone+ ». Le choix d'une telle dénomination a été le point focal des derniers marchandages sur le contenu de la déclaration finale, qui a été négociée lors de sessions au niveau de hauts fonctionnaires convoquées à un rythme intensif au cours des dernières semaines. Une ultime réunion est envisagée à Paris la veille du sommet. Dans la matinée du 13 juillet, les ministres des Affaires étrangères mettront la dernière main à ce texte dont la tonalité générale - mis à part une liste de projets qui seront mis à l'étude - renforce le sentiment que le grand rendez-vous de Paris ne sera qu'une « coquille vide », selon un journal algérien, une simple « messe », selon un autre media. Plusieurs sources témoignent que la négociation du texte a peu porté sur des questions de fond et a été focalisée sur la question de la dénomination et sur le chapitre lié au processus de paix, deux sujets en fait liés. Des pays arabes s'étaient montrés réticents au terme « Union » l'estimant peu approprié dans un cadre impliquant Israël. Ils se sont finalement rangés à l'avis commun et ont accepté ce que des érudits ont baptisé le « binomen ». Ce nom à deux volets - « processus de Barcelone: Union pour la Méditerranée » - a été l'innovation majeure produite par le Conseil européen de mars qui avait avalisé, dans un texte d'une grande concision, le projet français pour en faire une initiative communautaire dont la mise en forme - l'enterrement, disaient alors clairement des ambassadeurs maghrébins déçus de voir le projet d'origine « dénaturé » - revenait à la Commission européenne. La solution trouvée par le Conseil européen a montré qu'elle était le fruit d'un compromis laborieux résultant de l'abandon progressif par l'Élysée de ses prétentions initiales, entre le discours de Toulon, en février 2007, en pleine campagne électorale, les tractations crispées avec une Allemagne ouvertement hostile, et la déclaration tripartite de Rome (France, Italie et Espagne), le 20 décembre 2007. Le président français avait dû admettre à la demande de la chancelière allemande la nécessité d'inclure dans son projet tous les États membres de l'UE et non pas seulement les pays riverains. Il avait déjà accepté à Rome d'en modifier le label: l'Union « pour » la Méditerranée remplaçait celui, ambigu, d'Union méditerranéenne. L'Espagne et l'Italie ont joué un rôle crucial dans cette évolution de l'initiative française. Ces deux pays, sans doute aussi la Grèce et, avec plus de tiédeur, les autres pays riverains (le Portugal et Malte), ont affiché un enthousiasme embarrassé. Heureux que la région ait été ainsi replacée au cœur du débat européen, ils n'approuvaient pas pour autant la mise à l'écart des pays du Nord de l'UE. Pratiquement, tous les États membres reconnaissaient la nécessité de donner un second souffle au processus de Barcelone qui, en quatorze ans, a perdu de sa vigueur, victime à la fois du blocage du processus de paix et de méthodes de travail desquelles les dimensions importantes de parité et de coresponsabilité étaient absentes. Les défaillances du processus euroméditerranéen ont précisément motivé l'initiative du président Sarkozy, qui a lui aussi parfois omis de consulter ses partenaires potentiels. Cela lui a été reproché au départ par des dirigeants de la rive sud qui ont aussi regretté qu'il ait lui-même choisi le coprésident de l'autre camp, au mépris de la parité. L'essentiel est finalement, selon la formule employée par un des hauts fonctionnaires, que tout le monde a « fait contre mauvaise fortune bon cœur », convaincus que cela n'ira pas plus loin que le 14 juillet. La Commission européenne s'est visiblement inscrite dès le départ dans cette logique en optant non pas pour la confrontation directe avec un projet qui visait à la dessaisir de ses prérogatives dans le cadre du processus de Barcelone, mais pour son accompagnement visant à «l'adoucir » graduellement pour le réduire à sa plus simple expression: une rencontre diplomatique, loin de l'ambition première d'un sommet fondateur d'une Union nouvelle.

Le projet de déclaration finale le signifie avec netteté en n'étant plus qu'un catalogue de « bonnes intentions ». Il comporte l'énoncé de principes déjà affirmés à Barcelone il y a quatorze ans, y compris un chapitre - âprement marchandé - sur la question du Moyen-Orient. La primauté de la sécurité d'Israël et du lien puissant qui la relie à l'Europe en est l'axe central. L'UE y rappelle aussi avec force son engagement pour une solution négociée et la fin du calvaire (économique surtout) des Palestiniens. Au plan économique général, les principaux objectifs de la coopération déjà engagée (zone de libre-échange à partir de 2010, appui aux intégrations régionales, dialogue politique et droits de l'Homme, etc.) y sont confirmés. Une liste de projets est présentée et sera étudiée par les structures conjointes à mettre en place. Elle couvre la dépollution de la Méditerranée, des autoroutes maritimes et terrestres, les énergies alternatives (en particulier le solaire), des programmes de protection civile, l'éducation, la recherche et l'université, et un encadrement de l'activité des entreprises. Les deux points encore ouverts concernent le choix des coprésidents et la création d'un secrétariat et d'un Comité conjoint permanent basé à Bruxelles. Hosni Moubarak est assuré d'obtenir un mandat de 2 ans, malgré certaines réserves, turques notamment, qui ont depuis été levées. Pour le coprésident européen, qui sera de toute manière le locataire de l'Elysée - en tant qu'initiateur de l'UpM et président en exercice de l'UE - la durée du mandat semble avoir été limitée aux six mois de sa présidence européenne, conformément aux traités. Sur le secrétariat, le jeu reste ouvert. Tunis et Rabat sont en concurrence pour le siège de cette structure dont le mandat serait limité à l'administration des projets communs. Mais le pilotage général du processus sera confié au Comité conjoint qui ne serait qu'un avatar de l'actuel Comité de suivi ou, officiellement, le « Comité EuroMed ». (F.B.)

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